12 En ce jeudi 11 septembre 2007, c'était un grand moment pour le jeune Loïc. Il entrait enfin dans la cour des grands, comme il ne cessait de le répéter à ses parents. Le collège dans lequel il pénétra très tôt en ce jeudi matin, lui semblait immense. Il n'arrivait pas encore à s'imaginer qu'il devenait maintenant un adolescent et qu'il devait à présent tout faire pour réussir au mieux ses études afin de trouver un travail qui lui plairait. Mais la rentrée en classe de sixième n'allait pas être sans poser quelques problèmes chez les parents de Loïc. " Je veux que Loïc me succède à la tête de l'entreprise de production mécanique que j'ai repris et qui fonctionne bien maintenant. - Mais tu ne te rends pas compte que ce métier ne plaît sûrement pas à Loïc, répliqua Martine Sanders. - Je me moque éperdument de ce que ce morveux aime ou n'aime pas. Il prendra ma place à la tête de l'entreprise et il n'en sera pas autrement. Je n'ai pas fait tous ses efforts pour maintenir cette société à la surface pour la voir partir en fumée lorsque je serai à la retraite. - Tu ne penses pas qu'il faut tout de même en parler avec Loïc. Il a quand même son mot à dire dans cette affaire. - Il n'a rien à dire. Ce sera comme ça et pas autrement. Ou il fait ce que je lui dis, ou il n'aura jamais l'occasion de pouvoir aller bien loin dans ses études." La voix montait de plus en plus au domicile de la famille Sanders. Et avant que cela n'éclate en dispute conjugale, ce qui devenait de plus en plus fréquent, Martine décida de sortir pour aller faire quelques achats pour le repas du soir. Madame Sanders n’aimait pas ces discussions stériles où son mari menaçait leur fils de telle ou telle représailles. Elle se désolait de savoir Loïc contraint d’obéir à son père. Martine aimait Dominique malgré tout et jamais elle n’aurait songé à se séparer de lui. * * * Pendant ce temps-là, Loïc suivait avec assiduité les cours qu'il avait en ce début d'après-midi. Ce fut d'ailleurs durant l'un de ces cours, qu'il se rendit compte que les sentiments qu'il avait éprouvé étant enfant pour son copain Valentin remontaient à la surface à chaque fois que Loïc regardait en direction de l'un de ses nouveaux camarades de classe qui se trouvait juste en face de lui. Cependant, contrairement à la première fois qu'il avait éprouvé ce genre de sentiments, il n'essaya même pas de les refouler, il les laissa même plutôt le submerger jusqu'à en oublier le cours qu'il était en train de suivre pour le plonger dans une profonde béatitude. A la fin de la journée, sur le chemin qui le ramenait chez ses parents, il essaya de comprendre pourquoi il se sentait plus attiré par les garçons que par les filles. N'ayant pas trouvé de réponse avant d'arriver au domicile, il fit en sorte de mettre cette question de côté afin que ses parents ne puissent lire le désarroi qui se lisait maintenant sur le visage du jeune Loïc. Après le dîner, Loïc ne chercha même pas à comprendre ce qui s'y était dit. Il n'avait seulement saisi que quelques mots. Il se rappelait juste qu'il était question de l'entreprise de sa succession à la tête de celle-ci. Il avait naturellement acquiescé à tout ce que pouvait dire son père, même s'il n'était pas forcément d'accord avec lui. Il préférait avoir l'esprit ailleurs. Il savait depuis longtemps qu’il ne fallait de toute façon pas le contredire au risque de le faire mettre en colère et de l’entendre crier pendant plusieurs jours pour des raisons toutes plus ridicules les unes des autres jusqu’à ce qu’il se calme de lui-même. Le soir, lorsque Loïc eut fini de faire ses devoirs et qu'il se fut couché, il ne cessa de penser à tout ce qui s'était passé autour de lui durant cette journée. Toutefois une seule chose retint plus particulièrement son attention. Il s'agissait des sentiments qu'il avait éprouvés pour le camarade de classe qui se trouvait juste en face de lui lors du cours d'anglais. A bien y réfléchir, il se rappela qu'il ne savait même pas son prénom. Il se dit alors qu'il devint remédier à cela le plus rapidement possible. Tout ce dont il se rappelait c'était son visage, qu'il aurait presque pu dessiner les yeux fermés, et qu'il était un peu plus âgé que lui. L'adolescent avait un visage ovale, les yeux bleus, la peau mat avec des cheveux châtains clair mi-long. Loïc se souvenait aussi qu'il portait un anneau à l'oreille gauche. Il ressemblait à une racaille mais en plus sympathique. Durant la nuit, les rêves de Loïc tournèrent tous autour de lui et de ce camarade de classe. Au petit matin, après de nombreux réveils qui le mirent dans un état émotionnel très grand si bien qu’il dut utiliser plusieurs fois sa Ventoline pour éviter toute crise, Loïc se leva avec une mine toutefois fort joyeuse. Ce fut d'ailleurs au moment de son levé qu'il décida que le jour même il irait rencontrer le jeune garçon qui le troublait temps et qu'il apprendrait tout ce qu'il désirait sur cet adolescent. Au cours du copieux petit-déjeuner qu'il prit, il se dit qu'il essaierait par tous les moyens de vaincre sa timidité de plus en plus grandissante pour aller parler à son camarade de classe. Deux heures de cours venaient de passer, lorsque la sonnerie annonçant la récréation retentit. Aussitôt qu'il fut à l'extérieur du bâtiment, Loïc se dit que c'était le moment ou jamais et il se dirigea vers celui qui le perturbait après l’avoir cherché un petit moment dans la cours. " Bonjour ! Depuis hier je souhaite te voir seul pour que nous puissions devenir amis et discuter ensemble, dit le jeune Sanders en se mettant à côté de son camarade de classe et devenant aussi rouge qu’une tomate. - J'avais remarqué les regards insistant que tu m'as lancés pendant le cours d'anglais. Tu me regardais si intensément que je n'ai pas pu finir de suivre le cours de monsieur Findley, lui répondit l’adolescent en souriant. - Je te prie de bien vouloir m'en excuser. Il se trouve que tu me fascines. Et c'est justement cette fascination qui m'inquiète quelque peu. - Mais il ne faut pas. Je suis ravi de voir que quelqu'un soit en admiration devant moi. Mais il me semble, avant tout, que nous avons oublié un point essentiel. - Je ne vois pas ce que nous avons pu oublier. - Il se trouve que nous ne connaissons pas le prénom de l'autre. - C'est tout à fait vrai ce que tu dis là. Mon prénom est Loïc. - Moi, je m'appelle Julien. - Comme la récréation va bientôt se terminer, dit Julien en consultant sa montre, je te propose que nous reparlions au moment du déjeuner. - Pas de problème ! En attendant, je serais très heureux de venir m'installer à côté de toi, si tu es d'accord. - Bien sûr que je suis d'accord. Je suis même enchanté de cette proposition." A peine Julien eut-il fini sa phrase que la sonnerie annonçant la fin de la récréation retentit. Et à peine entrés dans la classe pour suivre un cours de physique, que Julien et Loïc s'assirent l'un à côté de l'autre. Ils étaient assis dans le fond de la classe pour pouvoir discuter plus facilement si le cours qu'ils allaient avoir ne leur plaisait pas. Pendant le reste de la matinée, ils furent attentifs à ce que leur disaient les professeurs de mathématiques et de physique qu'ils eurent juste avant d'aller déjeuner, dans la même salle de classe et avec le même professeur. Et lorsque l'heure du déjeuner arriva enfin, les deux adolescents furent les premiers à se présenter devant la cafétéria du collège. Après que les deux jeunes garçons eurent pris leur repas sur leur plateau, ils allèrent s'installer dans un coin tranquille de la cafétéria pour qu'ils puissent parler sans être trop dérangés. " Dis-moi une petite chose Loïc, commença Julien. Quelles sont les raisons de ta fascination pour moi ? - Je ne saurais dire exactement, mais depuis hier il se trouve que chaque fois que je te vois, j'ai l'impression de voir en toi quelqu'un que je cherche depuis longtemps. - C'est à ce point là. Je dois dire que ta présence ne m'est pas désagréable non plus. Mais puis-je savoir ton âge, s'il te plaît ? - Naturellement ! J'ai un peu plus de dix ans et demi. Et toi quel âge as-tu ? - Oh ! Je suis un tout petit peu plus vieux que toi puisque je vais avoir treize ans au mois de décembre. Le 28, pour être plus exact. - Et que penses-tu de ce que je ressens pour toi. Je te demande ça, car il se trouve en fait que ce n'est pas la première fois que je ressens ce genre de sentiment pour un autre garçon. - Je voudrais te rassurer à propos de tes sentiments pour les garçons. Il se trouve que j'ai également ressenti ce genre de sentiment pour des copains de classe dans mon précédent collège. Je pense donc que tu n'as pas à te tracasser pour ça. - Oui, peut-être ! Mais ce ne sont pas des sentiments ordinaires que je ressens pour les garçons. Quand j'étais à l'école primaire, je suis carrément tombé amoureux de l'un de mes copains de classe qui est décédé maintenant et qui s'appelait Valentin. Enfin tout du moins je suppose que c'était de l'amour que je ressentais pour lui, car je me sentais vraiment très attiré par lui, plus que pour un simple copain. Tu comprends ce que je veux dire. - Je comprends parfaitement. Et je pense donc que tu es homosexuel, mais il ne faut surtout pas t'inquiéter. Contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent encore, ce n'est absolument pas une maladie, il faudra juste que tu acceptes ta situation particulière. Mais il faut que tu saches aussi que tu ne m'es pas indifférent non plus. Je suis un peu plus vieux que toi et je dois dire que j'ai assez vite accepté que j'étais différent des autres garçons de mon âge. Et si tu as besoin de soutien dans cette épreuve difficile, je serai toujours pour là pour toi. Je crois bien que je t'aime, dit Julien dans le creux de l'oreille de Loïc au moment où il se leva pour aller déposer son plateau. - Moi aussi, dit aussi Loïc à l'oreille de Julien. - Puisque nous avons fini de manger, je propose que nous allions continuer notre discussion dans un endroit plus tranquille. - Parfait ! Je te suis." En sortant de la cafétéria, leurs mains se frôlèrent un instant faisant surgir un bref moment un sentiment étrange au plus profond de leur cœur qui se mirent soudainement à battre plus vite et faire instantanément rougir Loïc. Dès qu'ils purent se retrouver dans un lieu calme et à l'abri des bruits des jeux et de la musique, ils se prirent la main et approchèrent leur visage l'un de l'autre et s'embrassèrent tendrement sur la bouche. Au contact de leurs lèvres, une étrange sensation de bien-être s'empara d'eux. A ce moment-là, ils surent qu'ils venaient de franchir un pas décisif dans leur vie d'adolescent. Ils venaient de se révéler leur homosexualité et ils n'en avaient aucune honte, tout au contraire. Ils étaient heureux de se découvrir un amour hors norme et ils étaient également fiers de ce qu'ils vivaient pour le moment. Malgré tout Loïc se posa soudainement une multitude de questions et notamment la plus importante à ses yeux : "Comment vais-je annoncer ça à mes parents ?" En fin d'après-midi, après avoir passé tous les cours l’un à côté de l’autre et se tenant parfois discrètement par la main, au moment où Loïc et Julien allaient rentrer chacun de son côté, ils se regardèrent dans les yeux en franchissant la grille du collège en signe d'amour et de se dire "je t'aime" sans prononcer un seul mot. Ils étaient si heureux de s'être découvert un amour différent mais si sincère. Durant la nuit, les deux adolescents, chacun dans leur lit, repensèrent à ce moment où, la main dans la main, ils s'embrassèrent sur la bouche, signifiant par la-même la naissance de leur amour. A l'évocation de ce merveilleux souvenir, Loïc eut du mal à s'endormir. Lorsqu'enfin il réussit à sombrer dans le sommeil du juste, il était presque déjà l'heure de se lever. Le sourire aux lèvres, il ne dormit que deux heures mais qui furent tout de même réparateurs. De son côté Julien ne dormit pas beaucoup non plus. Il pensait à Loïc et à leur amour naissant. Il songeait à ce que diraient les autres s'ils venaient à découvrir qu'il aimait un autre garçon. Cependant il ne s'en inquiétait pas trop pour le moment. Il était heureux et c’était l’essentiel pour lui pour le moment. |
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