8 Le mardi 08 septembre 2003 était un grand moment pour le jeune Loïc. Il s’agissait en effet de sa rentrée en première année de classe élémentaire. Cette année scolaire allait être un tournant dans la vie du jeune garçon. Il allait dorénavant apprendre différentes matières. Ce fut en effet à ce moment là que Loïc fit la connaissance d'un garçon qui avait exactement les mêmes problèmes de santé que lui. Ce garçon était un enfant très intelligent pour son âge. Sa peau mate contrastait avec celle presque blanche de Loïc. De parents antillais, le nouvel ami du fils Sanders était né en métropole. Il avait les cheveux crépus et noirs et son regard tout aussi sombre reflétait malgré tout la gentillesse et la sympathie. Loïc s’était assis juste à côté de lui pour cette rentrée scolaire parce qu’il lui inspiré confiance. Ils n’échangèrent leurs premières paroles que lors de la première récréation de ce jour de rentrée. Le copain de Loïc s’appelait : " Salut ! Je m'appelle Valentin Dufour. Je suis tout nouveau dans cette ville, car mon médecin voulait que j'aille vivre au bord de la mer. Avant j'habitais à Paris et ce n'était pas un endroit fait pour moi, d'après le médecin, mais moi je m’y plaisais bien. En plus j’y avais pleins de copains. - Bonjour ! Moi c'est Loïc et j'habite ici depuis ma naissance et le climat d'ici me va parfaitement bien. Je peux savoir quelle maladie tu as ? - Bien sûr ! Je suis asthmatique. - Tout comme moi ! Est-ce que tu as été dans un centre spécialisé ? - Oui ! J'étais à - J'y étais également. Mais moi cela fait maintenant deux ans que j'en suis reparti. Qui était ton médecin là-bas ? - J'avais le docteur N'Guyen. Je me souviens qu'il avait dû s'absenter il y a deux ans pour justement venir ici de toute urgence. Tu sais pour quelle raison ? - Oui, je le sais. C'était pour moi. J'étais tombé dans le coma et le médecin qui s'occupait de moi à l'hôpital de Bordeaux l'avait contacté pour connaître mon dossier médical. J'avais fait une grosse crise d'asthme après avoir été angoissé toute la journée. C’est ce que le docteur m’a dit plus tard après que je me sois réveillé. - Alors le docteur N'Guyen était également ton médecin. Combien de temps es-tu resté là-bas ? - J'y suis resté trois ans. Et toi, combien de temps tu es resté ? - J'y suis resté plus longtemps que toi puisque je venais à peine de naître lorsque j'y suis rentré et que maintenant, à cinq ans, je suis de retour à l'extérieur. - Cinq ans, alors tu dois être le bébé qui était arrivé sous bulle et qui est resté pendant près de trois ans dans une chambre stérile. Je suis heureux de voir que tu es en pleine forme maintenant. - Je vois que tu connais bien mon passé. Et je serais ravi de devenir ton ami. - J'en serais également très heureux." Juste au moment où les deux enfants finissaient leur conversation, la sonnerie annonçant la fin de la récréation retentit. Durant toute la journée, les deux enfants ne cessèrent de se regarder l'un l'autre et de se faire concurrence dès que l'instituteur voulait un volontaire pour parler ou pour lire. Il était évident que chacun des deux chérubins voulait être le premier de la classe. Toutefois il ne s’agissait pas d’une lutte à proprement parlé mais plutôt d’une concurrence amicale. Tout au long des cours de cette rentrée scolaire ce fut ainsi et ils restèrent assis l’un à côté de l’autre. Mais une fois que la classe fut terminée, ils se retrouvèrent tous deux dans la rue pour rentrer chez leurs parents respectifs. Sur le chemin ils parlèrent puisqu’ils rentraient seuls chez eux. Le jeune Sanders apprit que son nouvel ami et lui avaient de nombreux points communs outre leur santé déficiente. C'est ainsi que Loïc sut que Valentin habitait non loin de chez lui et que son nouveau copain de classe n’avait plus son père qui était décédé dans un accident de voiture alors qu’il était un tout petit bébé. Les parents de ces deux enfants habitaient en plein centre de Bordeaux. Cela était plus pratique non seulement pour les parents de Loïc et Valentin, qui étaient à proximité de leur lieu de travail, mais également pour les deux enfants qui avaient leur école également en centre ville, à deux pas d’un centre commercial et ils pouvaient donc, sans crainte, rentrer chez eux à pieds. Le lendemain, dès qu'ils rentrèrent en classe, ils s'assirent de nouveau l'un à côté de l'autre et la concurrence qu'ils s'étaient fait la veille, avait totalement disparu pour laisser la place à une franche camaraderie. Durant toute l'année scolaire, les deux enfants ne se quittèrent pas un seul instant. Sauf lorsque Loïc dut être hospitalisé après avoir fait une légère crise d'asthme suite à un effort physique trop important ce qui entraîna une interdiction totale de tout sport. Même Valentin fut hospitalisé, mais pour une plus longue durée après avoir fait une violente crise d'asthme en plein milieu d'une leçon que leur faisait leur instituteur. Le jeune Dufour fut lui aussi dispensé de cours de sport. A part ces événements, à chaque récréation et même pendant les vacances scolaires ou lorsqu'ils rentraient chez eux, ils étaient toujours ensemble. Les deux enfants passèrent l’été ensemble également. Les parents de Loïc ayant autorisés leur fils à rester chez la mère de Valentin pendant pratiquement toute la durée de ces grandes vacances. Ils s’amusèrent, rirent et s’embêtèrent tout en veillant à ne pas dépasser les limites et en s’assurant de ne pas faire de crise d’asthme. Tout au long des vacances d’été, les liens entre Loïc et Valentin se renforcèrent de plus en plus. Et lors de la rentrée suivante, ils se retrouvèrent de nouveau dans la même classe et, comme l'année précédente, ils s'assirent l'un à côté de l'autre. Cependant avec cette nouvelle rentrée scolaire, et contrairement à sa première année en école élémentaire, Loïc ressentit un phénomène étrange se passer en lui lorsqu’il se trouvait en présence de son copain d’école. C’était comme s’il se sentait physiquement attiré par Valentin ce qu’il pensait être absurde. Toutefois, il fit en sorte de laisser paraître aucun de ces sentiments étranges qu’il essaya de refouler au plus profond de lui-même. Dans un premier temps il pensa qu’il s’agissait, tout au plus, d’une très forte amitié qui était en train de naître, et que pour éviter tout problème de santé, du fait il s’angoissait facilement lorsqu’il rencontrait un obstacle qu’il avait du mal à surmonter. Il préféra donc ne plus y penser. Mais, malgré toute sa volonté, Valentin, qui connaissait maintenant Loïc comme un frère, devina très vite que quelque chose n'allait pas chez son ami. Il souriait moins souvent et s'amusait moins lorsqu'il était en présence du jeune Dufour. Alors, un jour en allant en récréation, il lui demanda ce qui n'allait pas. " Ne t'inquiètes surtout pas Valentin. Je vais parfaitement bien. - Je vois bien que ce n'est pas le cas, puisque depuis près d'un mois, tu me regardes différemment, tu souris moins et tu ne t'amuses quasiment plus avec moi. J'ai fait quelque chose qui t'a déplu. - C'est vrai que je ris moins et que je m'amuse moins avec toi. Mais ça ne vient absolument pas de toi. C'est juste que je ne me sens pas très bien depuis quelque temps. - Je parierai plutôt le contraire et qu’en fait tu ne veux pas me dire que ça vient de moi ! Alors il vaut mieux que tu m'expliques tout avant que je ne le découvre par moi-même. - Très bien ! Je te dirai tout ce soir. Je demanderai à ma mère si je peux venir dormir chez toi. Comme je sais qu'elle ne me refuse rien, elle sera d'accord. De ton côté, je suppose que tu n'auras pas de difficulté à faire accepter ta mère à me laisser dormir chez toi ce soir. - Ma mère est psychologue je te rappelle et elle ne me croira peut-être pas facilement. Mais je ne pense pas que cela posera de problème. Alors je te dis à ce soir ! En espérant que ça ira mieux d'ici là." La journée se poursuivit dans un ton plutôt morose et Valentin s’inquiétait de plus en plus et se posait une multitude de questions. Toutefois il préféra attendre que Loïc lui dise, de lui-même, ce qui se passait avant de tirer des plans sur la comète. Donc tout au long de cette journée de cours, qui parut interminable pour Valentin, les deux enfants ne s’adressèrent pratiquement pas la parole même quand, une fois les cours terminés, ils regagnèrent ensemble leur domicile respectif. Après le succulent dîner chez ses parents, et comme promis, Loïc alla chez son copain Valentin après avoir préparé son sac d'école et quelques affaires pour dormir. Celui-ci l'attendait avec impatience sur le pas de la porte. Lorsqu'ils furent tous deux rentrés, ils allèrent dans la chambre de Valentin. Les deux enfants firent, comme à leur habitude, leurs devoirs pour le lendemain et une fois que ceux-ci furent terminés, Loïc alla s'asseoir sur le lit de son ami, tandis que Valentin resta assis sur sa chaise de bureau, et le jeune Sanders commença à raconter ce qu'il cachait à Valentin. " Tout a commencé juste après la rentrée des classes. Cela faisait trois heures que nous étions assis lorsque tout à coup je me suis mis à penser à nous deux. Je n'ai pas pour habitude de rêver les yeux ouverts, mais là, c'était plus fort que moi. Nous étions seuls dans un grand champ de fleurs. Nous courrions à en perdre haleine. Puis nous nous arrêtions et nous nous couchions l'un à côté de l'autre au beau milieu du champ. - Et ensuite ? - Ensuite, je ne sais pas puisque c'est à ce moment-là que je me suis réveillé et que j'ai essayé de refouler ce que je venais de rêver. - Mais pourquoi refouler ce si merveilleux rêve. Il n'y a aucune raison. - J'avais peur de ce que ce rêve pouvait dire. Je ne voulais pas connaître la suite de crainte que le beau rêve ne se transforme en cauchemar. - Je ne vois pas comment il pourrait se transformer en cauchemar puisque le champ de fleurs ne semble pas propice à faire un cauchemar. Et là, c'est le fils de la psychologue qui parle, affirma Valentin en riant. Mais, si tu veux, j’en parlerai à ma mère qui pourra certainement trouver une réponse à ton problème. - Je te remercie mais ce n'est pas tellement le fait que nous soyons dans un champ de fleurs qui me fait peur mais plutôt pourquoi on est tous les deux au milieu de tout ça. - Je vois où tu veux en venir. Je ne pense pas qu'il faut t'inquiéter pour tout ça. La présence de nous deux dans ce champs de fleurs signifie peut-être simplement que nous ne sommes pas assez proche et que notre amitié a besoin d'être renforcée par une plus grande complicité. - Tu as peut-être raison. Mais ce rêve me fait tout de même énormément peur. Surtout si ce que je pense devait devenir réalité alors ça serait vraiment terrible autant pour toi que pour moi. - Bah il ne faut plus que tu y penses. D'ailleurs pour te faire oublier encore plus vite ces mauvaises pensées, je te propose que l'on joue un petit peu à la console. J'ai d'ailleurs acheté il n'y a pas très longtemps un jeu dont tu me diras des nouvelles. - OK ! Alors va pour la console." Jusque vers vingt-deux heures trente, ils s'amusèrent à la console. Mais comme ils commençaient tous deux à être fatigués, ils éteignirent celle-ci, rangèrent le jeu dans sa boîte, puis ils se couchèrent dans le grand lit de Valentin où ils s'endormirent très rapidement après avoir éteint la lumière. Le lendemain matin, les deux enfants étaient en pleine forme et Loïc semblait même avoir complètement oublié le rêve qu'il avait fait et qu'il avait révélé à son ami Valentin. D’ailleurs les deux amis se reparlèrent comme avant en faisant totalement abstraction du souci de Loïc Durant toute la fin de l'année scolaire et les vacances, ils se retrouvèrent encore plus soudés et réussirent même à faire croire à leur famille qu'ils étaient inséparables. Cependant la rentrée en classe de cours moyen première année allait totalement changer le jeune Loïc. En effet, juste avant le retour en classe, le jeudi 24 août 2005, Valentin fit une violente crise d'asthme qui le plongea dans un profond coma duquel il ne dut jamais ressortir.
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