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            En ce jeudi 6 septembre 2001, le jeune Sanders rentrait en moyenne section de maternelle. Loïc était bien content de retrouver le chemin des écoliers. Il s’était facilement fait au monde extérieur et profitait de tout ce qu’il découvrait.

 

            Il avait le sourire aux lèvres quand sa mère le déposa devant la grille de l’établissement et se fut presque en oubliant de dire au revoir à Martine que Loïc pénétra dans la cour de l’école. Il y avait tout un tas d’élèves, certains avec leur père ou leur mère et d’autres seuls.

 

            Il remarqua tout de suite un groupe d’enfants qui semblait discuter. Il s’approcha d’eux dans l’espoir de pouvoir leur parler et ainsi de se faire des amis. Par contre le groupe ne voulait apparemment pas lui parler car dès que Loïc fut suffisamment à distance pour entendre ce qu’ils pouvaient se dire, les enfants s’éloignèrent pour se poster dans un coin hors de portée d’oreille du jeune Sanders le laissant seul pratiquement au milieu de la cour.

 

            Loin de le désarçonner, mais faisant toutefois revenir sa timidité, Loïc se mit ni trop loin ni trop près des autres élèves. Il avait cependant gardé un sourire de façade. Il attendait maintenant la sonnerie de début des cours.

 

            A huit heures trente précise, celle-ci retentit et tout le monde se mit en rang pour rentrer en classe. Martine avait donné des consignes précises à son fils. Alors dès que Loïc fut assis à sa place, il ouvrit son petit cartable pour en sortir une enveloppe cachetée. Il attendit que l’instituteur eut fini de faire l’appel pour se manifester.

 

            " Monsieur s’il vous plaît ! Dit Loïc en levant poliment le doigt.

            - Oui Loïc ! Qui y a-t-il ?

            - Ma maman m’a donné une lettre à remettre à mon instituteur.

            - Très bien alors viens me la donner.

            - Oui monsieur."

 

            Loïc se leva alors et se dirigea vers le bureau de l’enseignant en tenant fermement la lettre. L’instituteur était âgé d’environ trente ans. Grand et musclé, il impressionnait beaucoup ses élèves. Son teint mat associé à des cheveux bruns et des yeux marron renforçaient cette impression de puissance.

 

            Arrivé devant le bureau, Loïc tendit l’enveloppe que l’enseignant ouvrit aussitôt pour lire attentivement la lettre qu’elle renfermait. Quand ce fut fait, il invita Loïc à retourner s’asseoir tout en lui disant de lui signaler immédiatement s’il ne se sentait pas bien. Ce que le jeune Sanders lui promit de faire.

 

            Dès que Loïc fut de nouveau à sa place, l’instituteur put commencer son cours. Toutefois, avant de réellement l’entamer, il tenait à faire une annonce à tous ses élèves.

 

            " Les enfants, commença l’enseignant, je suis Grégory Bachard et je serai votre instituteur pour toute cette année scolaire.

            - Bonjour monsieur Bachard ! Répondirent en chœur tous les élèves.

            - Avant de commencer la classe je voulais vous parler de quelque chose de très important. Je suppose que vous savez déjà tous de quoi je veux parler, mais j'y tiens absolument. Ce sujet est très important puisqu'il s'agit de la pédophilie. Quelqu’un veut peut-être dire quelque chose avant que je ne commence.

            Mais personne ne leva le doigt.

            Je tiens à vous le dire, il existe partout en France, et même à l’étranger, des individus qui sont malades, car je le répète la pédophilie est une maladie, et qui profitent de la faiblesse des enfants pour leur faire des choses qui ne sont absolument pas bien du tout et interdites par la loi. Si un jour, une personne vous demande de faire quelque chose qui vous semble bizarre, ou pas normal, ou même si cette personne essaie de toucher l'un d'entre vous à un endroit qui ne vous plaît pas, il ne faut surtout pas avoir honte de le dire à vos parents. Ces personnes sont malades et elles ont besoins d'être soignées, alors il ne faut pas hésiter à dire la vérité à vos parents. Ou alors, si vous n'osez pas le dire à vos parents, vous pouvez toujours le dire au téléphone. Le numéro est gratuit. Je vais le noter au tableau. Il y restera tout au long l'année scolaire. Il s'agit du : 119. Ce numéro est très facile à retenir et a spécialement été mis en place pour vous les enfants.

            Maintenant que ceci est dit, nous pouvons commencer le premier cours. Celui-ci va consister à me parler de vous pour que chacun puisse connaître les autres."

 

            Chaque élève parla alors de lui quand se fut son tour. Tout le monde écouta sans faire le moindre bruit. Quand tous les élèves, au nombre de trente deux dans cette classe de moyenne section de maternelle, furent passés, il était déjà l’heure de la récréation du matin.

 

            Tous les élèves sortirent donc dans la cour pour s’amuser avec les jeux de plein air qui s’y trouvait. Grégory surveilla plus attentivement Loïc pour prévenir tout problème. En effet, dans le courrier que lui avait transmis le fils Sanders, la mère de ce dernier avait bien précisé que son enfant ne devait subir aucune angoisse ou stress trop important car il était sujet à faire des crises d’asthme dans ces cas là.

 

            A la fin de la récréation, chacun reprit sa place dans la classe et l’enseignant leur demanda de faire un dessin de ce qui représentait la chose la plus importante à leurs yeux. La plupart firent un dessin de leurs parents ou de leur maison.

 

            A midi, quand Loïc retrouva sa mère devant la grille de l’école, il était aussi souriant que le matin et il était même pressé de lui dire ce qu’il avait fait durant cette première matinée. Martine écouta attentivement tout ce que lui raconta son fils et fut ravie que tout ce soit bien passé pour lui.

 

            Il en fut ainsi durant pratiquement une semaine. Seulement un choc failli lui faire avoir une importante crise si sa mère n’avait su la prévenir à temps et lui administrer les médicaments adéquat. En effet, à peine cinq jours après la reprise des cours, en ce 11 septembre 2001 des flashes spéciaux apparurent sur toutes les chaînes de télévision de France et même du monde.

 

            A 15 heures trente, heure française, deux avions détournés par des terroristes venaient de s’écraser dans les tours jumelles du World Trade Center qui abritaient des centaines de bureaux. Personne ne savait encore s’il y avait des survivants. Les aéroports des états de New-York, Washington DC et de Virginie furent immédiatement fermés, suivis quelques heures plus tard de tous les aéroports des Etats-Unis.

 

            Ce fut surtout quand Loïc fut chez lui que le stress se manifesta le plus. En effet, en allumant la télévision pour regarder ses dessins animés, il tomba malencontreusement sur une chaîne d’information montrant en boucle l’attentat terroriste. Il vit des images qui le choquèrent et firent monter considérablement son taux de stress. Ce qu’il vit était d’une extrême violence. En effet, la chaîne d’information diffusait en boucle les deux avions s’écraser dans les tours jumelles provoquant des explosions et de grands jets de flamme. La crise d’asthme fut inévitable.

 

            Par chance madame Sanders qui venait d’entrer dans le salon au même moment changea aussitôt de chaîne et voyant son fils commencer à suffoquer pris aussitôt la Ventoline qu’elle enleva de la poche avant gauche du pantalon du garçonnet et lui fit prendre plusieurs bouffées.

 

            Visiblement ce n’était pas suffisant, heureusement après son passage au CHU de Bordeaux les docteurs N’Guyen et Valenberg avaient prescrit au jeune Sanders différents médicaments pour traiter rapidement des crises plus grave. Martine alla donc chercher ces médicaments et les donna à son fils qui retrouva presque aussitôt une respiration tout à fait normale et pour permettre à Loïc de retrouver son calme, elle alluma le magnétoscope et mit une cassette vidéo de dessins animés pour permettre au jeune Sanders de chasser les images terrifiantes qu’il venait de voir.

 

            Le lendemain, dans la cour d’école tout le monde ne parlait plus que de l’attentat du World Trade Center. Chacun avait son opinion, malgré que le jeune âge des enfants, et ce n’était pas fait pour que Loïc se sente au mieux. Il dut avoir recours plusieurs fois de sa Ventoline dans la journée.

 

            Toutefois, les jours passants, les cours reprirent normalement et le stress de Loïc baissant tout autant. Durant ces premiers mois en moyenne section de maternelle, le jeune Sanders réussit même à se faire un ami. Il s’agissait d’un garçon de presque cinq ans qui s’appelait Stéphane Thérant. Cet enfant avait la même taille que Loïc. Il était brun avec des yeux bleus. Un sourire d’ange qui plaisait beaucoup au fils Sanders.

 

            Les deux enfants ne se quittaient pratiquement plus. Les seuls moments où on pouvait les voir l’un sans l’autre c’était quand chacun était chez ses parents. Leur amitié se renforça au cours des semaines et des mois qui suivirent la rentrée scolaire.

 

            Cependant l’attentat du 11 septembre 2001 n’était que le prélude de ce qui allait suivre puisque depuis le début de la rentrée scolaire, de nombreuses, mais peu importantes, secousses sismiques furent ressenties dans toute la région Aquitaine, ce qui rendait Loïc anxieux et, de ce fait, l’obligeait à souvent utiliser sa Ventoline. Mais la journée la plus dure était à venir.

 

            C'était le jeudi 21 mars 2002. Il était neuf heures vingt-quatre du matin. Tout à coup la terre se mit à trembler. Les enfants étaient terrorisés. Les élèves et le personnel enseignant couraient en tout sens. L’instituteur, qui s’occupait de la classe de Loïc rassembla ses élèves en même pas dix minutes et, tant bien que mal, les fit sortir de la classe. A l'extérieur du bâtiment, tout avait été dévastée. Même une partie de l’édifice, qui abritait la maternelle et l’école primaire, s'était complètement effondré sous le mouvement du sol sans faire, heureusement, aucune victime.

 

            Ce tremblement de terre, qui avait été mesuré à 6,9 sur l'échelle ouverte de Richter, avait détruit les trois quarts de la ville de Bordeaux. Les sismologues enregistrèrent un phénomène exceptionnel. Trois épicentres avaient été localisés : Le premier au sud de Bordeaux, le second en plein centre de Bayonne et le troisième à la limite entre la Gironde et la Dordogne. Ce sont les ondes de choc de ces trois épicentres qui furent à l’origine de tous les dégâts, tant humains que matériels, de toute la région aquitaine. Le maire déclencha aussitôt un plan d’urgence et l'Etat, vu l’ampleur des dégâts sur l’ensemble du sud-ouest, déclara toute la zone en état de catastrophe naturelle et débloqua immédiatement une enveloppe exceptionnelle de 160 millions d’Euros.

 

            Cet important tremblement de terre eut un impact important sur la santé de Loïc. Lorsque les premières secousses se firent ressentir, le niveau de stress de l’enfant monta au maximum et la crise d’arriva de façon flamboyante. La Ventoline eut, cette fois-ci, aucun effet sur le fils Sanders.

 

            En voyant la difficulté flagrante qu’avait son élève à respirer, Grégory se rapprocha de lui et essaya de le réconforter du mieux qu’il put pour faire baisser son niveau de stress.

 

            Ce fut peine perdue et avant que Loïc ne plonge irrémédiablement dans le coma, l’instituteur appela l’infirmière pour que des secours arrivent le plus rapidement possible. En attendant, l’enseignant essaya de maintenir le jeune Sanders éveillé.

 

            Au bout de dix minutes, une ambulance du SAMU et une autre des pompiers arrivèrent, tant bien que mal, avec tout le matériel nécessaire pour aider le garçonnet à aller mieux. Les services de secours se rendirent rapidement compte que la seule solution s’était de transporter Loïc le plus rapidement possible à l’hôpital. Ce fut pénible pour tout le monde. Le violent tremblement de terre qui secouait la ville rendait la circulation difficile et l’ambulance eut beaucoup de mal à se frayer un chemin parmi tous les débris qui s’écroulaient sur la chaussée.

 

            L’état de Loïc empirait de minutes en minutes. A l’arrivée à l’hôpital, il avait plongé dans le coma. Malgré les secousses, les médecins tentèrent l’impossible pour le réveiller. Ils y parvinrent au moment même où un plan d’évacuation des malades était mis en place pour qu’ils soient en sécurité. Loïc fut alors transporté par hélicoptère vers l’hôpital universitaire Dupuytren de Limoges. Il séjourna dans cette ville durant toute la durée des travaux de Bordeaux.

 

            Le maire de Bordeaux, ainsi que tous les maires de la région Aquitaine décidèrent aussi de fermer les écoles et les boutiques afin que tout le monde puisse être dans un maximum de sécurité. De ce fait, Loïc se retrouva chez lui pendant près de deux mois, le temps aux ouvriers de rétablir certaines lignes ferroviaires et routières.

 


 

 

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