3 Voila une semaine que Quentin était né. C'était un bébé très joyeux qui aimait beaucoup rire et s'amuser. Cependant, c'était également un gros dormeur et deux à trois biberons par jour lui suffisaient amplement au plus grand bonheur de sa mère et de sa nourrice. Le bébé grandissait merveilleusement bien et il faisait le bonheur de ses parents. Comme tous les jeunes enfants, il chahutait et faisait des bêtises que Bernard et Nicole Villars lui passait facilement. Pour aider ses parents, Mathilde surveillait son frère chaque fois que les parents voulaient s’occuper un peu plus d’eux-mêmes mais elle ne restait jamais vraiment seule puisque Magalie Thorn était rarement loin. A l'âge de sept mois, il sut se traîner à quatre pattes. A partir de ce moment-là, il était absolument impossible, à Bernard et Nicole, ainsi qu'à sa sœur Mathilde et la nourrice, de pouvoir le maintenir à un endroit ou de lui dire de rester en place plus de cinq minutes. Il fallait toujours que Quentin parte en exploration. Il était un bambin continuellement désireux de découvrir le monde qui l’entourait. Tout au long des journées, il gambadait dans les couloirs de la villa ou jouait. Il se reposait toutefois de temps en temps pour prendre ses biberons. Mais lors de ses rares moments de repos, du fait qu'il dépensait beaucoup d'énergie en assez peu de temps, il dormait. Et c’était dans ces moments là que la famille Villars en profitait pour se détendre malheureusement, au grand damne de tout le monde, ces moments de repos étaient de trop courte durée. Quand Quentin sut enfin marcher et parler, vers l'âge de dix ou douze mois, tout de suite, il alla se réfugier dans la penderie de Nicole pour y essayer ses vêtements et ses chaussures. Un jour, alors âgé de dix-huit mois, ce charmant garçon rondouillard, châtain aux yeux bleus fut surpris en flagrant délit par Nicole en train d’essayer ses chaussures, ses bijoux et son rouge à lèvres, comme il avait déjà pu voir sa mère faire. Elle commença alors à se poser de nombreuses questions au sujet de son fils. Pour avoir des réponses claires et précises à ses multiples interrogations, elle alla voir, en compagnie de Quentin, un pédopsychiatre pour qu'il puisse lui expliquer le comportement qu'avait Quentin. Lorsqu'elle réussit à avoir le numéro d'un bon psychologue pour enfant, elle lui téléphona pour qu'il lui fixe un rendez-vous le plus rapidement possible. "Cabinet du docteur Franklin, que puis-je pour vous, dit la secrétaire en décrochant. - Bonjour ! J'aurais aimé avoir un rendez-vous avec le docteur Franklin, car je trouve que mon fils a un comportement étrange. - Très bien ! Je peux vous proposer demain à quatorze heures trente. - Parfait ! - Puis-je avoir votre nom, s'il vous plaît ? - Villars ! Prénom Nicole et mon fils c'est Quentin. - Je vous remercie madame Villars. Alors à demain quatorze heures trente, proposa la secrétaire en consultant l’agenda du médecin. - A demain à votre cabinet. Excusez-moi madame, pourrais-je toutefois avoir votre adresse, car je n'ai réussi à obtenir que votre numéro de téléphone. - Bien sûr ! Le cabinet se trouve dans la rue Aristide Briand au numéro 35. - Je vous remercie beaucoup. Au revoir ! - Au revoir madame Villars. A demain !" Toute la journée et une partie de la soirée, Nicole essaya de comprendre, avec Bernard, le comportement de Quentin. Mais ils n’y arrivèrent pas. Ils ne pourraient avoir de véritable réponse à toutes leurs question qu'une fois que Nicole aura vu le docteur Franklin, même si la nourrice de leurs deux enfants leurs avait dit de ne pas s’inquiéter car c’était un phénomène tout à fait normal pour un enfant de son âge. Le lendemain, Nicole alla à la tour Villars pour s’occuper de son groupe, pour la matinée. Puis, vers midi, elle retourna à la villa où elle déjeuna en compagnie de ses deux enfants et de la nourrice. Puis elle resta seule avec son fils puisque Magalie avait emmené la petite Mathilde à l’école et qu’elle était allée faire des courses. Et, à quatorze heures, Nicole partit avec sa voiture, une BMW coupé sport couleur bleu marine, en compagnie de Quentin. Elle arriva comme prévu à quatorze heures trente au cabinet du docteur Franklin. Elle se présenta à l’accueil du cabinet auprès de la secrétaire qui avait pris son rendez-vous puis elle alla s’installer dans la salle d’attente mais comme il n'y avait personne le médecin les fit rentrer immédiatement dans son bureau. C’était un médecin de grande taille, la quarantaine, musclé. A le voir on pouvait constater qu’il entretenait son corps régulièrement. Il avait les cheveux châtains courts légèrement grisonnants sur les tempes. Ses yeux marron inspiraient la confiance. Une fois qu’ils furent installés autour du bureau en merisier, dans des fauteuils en cuir noir, ils entamèrent la discussion. " Bonjour docteur ! - Bonjour madame Villars. Et je suppose que nous avons là le jeune Quentin. - Oui monsieur ! Répondit le jeune Quentin. - Très bien madame Villars, quelles sont ces questions que vous vous posez au sujet de votre fils ? - Voilà ! Il se trouve que depuis quelques temps Quentin est sans cesse dans ma garde robe et essaie mes vêtements ainsi que mes chaussures. Il y a quelques jours je l’ai même surpris en train d’essayer mes bijoux et mon rouge à lèvres. Je voudrais donc savoir si mon fils est un enfant à part. - Très bien ! Par "à part" vous voudriez savoir si votre fils à des tendances homosexuelles ? - Oui docteur ! - Je vous répondrai seulement que le comportement de votre fils est tout à fait normal à ce stade-ci de sa vie. Je vous explique. La plupart des enfants, entre 0 et 3 ans cherchent à savoir à quel sexe ils appartiennent et essaient de s'identifier à leur maman. Passé cet âge, ils partent à la découverte de leur propre corps. Donc si vous voyez que votre fils essaie vos robes et vos chaussures, il faut le laisser faire et il ne faut surtout pas vous inquiéter, c'est un comportement tout à fait normal chez un enfant de l'âge de votre fils. Cependant, si après cet âge il continuait toujours à essayer votre garde robe, je vous conseillerai de me l'amener en consultation afin que je puisse voir où se situe exactement le problème identitaire. - Merci ! Merci beaucoup docteur, dit Nicole soulagée par la réponse que venait de lui faire le docteur Franklin. - Mais de rien madame ! C'est mon travail !" Pendant que Nicole Villars discutait avec le docteur Franklin, le jeune Quentin tranquillement en train de jouer dans un coin de la pièce avec les voitures et les poupées qui se trouvaient là, mais sous le regard attentif de sa maman et du médecin qui analysait ses moindre faits et gestes. Après ce court mais encourageant entretien avec le docteur Franklin, Nicole le remercia encore une fois et partit du cabinet, en compagnie de son fils, pour retourner à la villa, non sans oublier de régler la consultation. Le soir, durant le dîner, Bernard demanda à Nicole ce que lui avait dit le docteur Franklin à propos de Quentin. Il avait été anxieux toute la journée et cela s’était ressenti sur l’ensemble de son travail. " Que t'as dit le docteur pour Quentin, alors que toute la famille venait à peine de s’installer à table. - Quentin, d'après le pédopsychiatre, est un enfant tout à fait normal et son comportement est celui de tous les enfants de son âge, résuma Nicole. - Je me sens rassuré. Je pensais que Quentin était un enfant à part, qu'il ne serait jamais comme les autres enfants de son âge que nous voyons au jardin d'enfants lorsque nous allons le récupérer. - Maman, papa, il y a un problème avec Quentin, demanda Mathilde inquiète de la conversation qu’avaient ses parents. - Non pas du tout ma chérie. Quentin va très bien. Nous étions seulement un peu inquiets du comportement qu’il avait ces derniers temps mais j’ai été rassurée en allant voir un docteur pour Quentin, dit Nicole en regardant sa fille puis se retournant vers son époux, elle répondit à son interrogation. Non mon chéri ! Quentin est un enfant comme tous les autres, il est juste en train de chercher à savoir à quel sexe il appartient. Selon le docteur Franklin, la plupart des enfants ont ce genre de comportement entre 0 et 3 ans. - Tant mieux ! Je me voyais mal dire à nos amis que notre fils était un enfant qui ne correspondrait jamais aux mentalités et aux normalités françaises. D'ailleurs je me demande même si je leur aurais dit, car je ne pense pas qu'ils auraient été en mesure de comprendre. La plupart sont tellement coincés quand il s’agit de sexualité. Je sais que pour certains c’est un sujet tabou. - Lorsque l’on veut devenir une nourrice agréée, nous avons des cours de psychologie enfantine pour nous permettre de comprendre au mieux le comportement des enfants que nous aurons à garder et ainsi de réagir de la façon la plus adéquat. Même si ce ne sont que des cours théoriques que nous recevons dans ce domaine cela nous aide beaucoup dans notre travail. - Merci Magalie, répondit Nicole, j’aurais dû vous faire plus confiance. - Ce n’est pas grave madame. - Il faudra voir avec le temps, ajouta-t-elle à l’adresse de son époux, mais j’ai déjà pu constater que les mentalités commençaient à évoluer vis à vis de cette sexualité." Tout le restant du repas se passa en silence. Mais en leur fort intérieur, Bernard et Nicole redoutaient de devoir annoncer un jour ou l’autre, et à tous leurs amis, que leur unique fils est homosexuel. Cela semblait pourtant moins les gêner de ne pas devenir grands-parents. Le soir et la nuit se déroulèrent sans problème, malgré de fortes inquiétudes légèrement estompées, concernant leur unique fils. Lorsque Quentin eut atteint deux ans, Bernard et Nicole décidèrent qu'il était en âge d'aller à l'école maternelle. Après son inscription à l’école maternelle de Bruges, où ils avaient leur villa, ils attendirent avec impatience les premiers pas de Quentin dans un lieu inconnu avec d’autres enfants de son âge. Ce fut donc à la rentrée scolaire de septembre 1997 que le jeune Quentin pénétra pour la première fois dans une classe au milieu d’autres bambins qui pleuraient pour la plupart. Quentin avait alors deux ans et trois mois. A la grande surprise de sa mère, qui l’avait accompagnée, jusque devant les grilles de l’école pour sa première rentrée des classes, Quentin ne pleura pas. Il affichait même un léger sourire qui surprit quelque peu Nicole. Il était visiblement très heureux d’aller à l’école. C’était un enfant très éveillé pour son âge et sa mère était ravie qu’il aborde les études de cette façon. Cependant c’est elle qui se mit à pleurer en laissant son fils entre les mains des enseignants. Elle ne fut pas la seule à pleurer en laissant son enfant pénétrer dans l’enceinte de l’établissement scolaire. Pour beaucoup de parents c’était dur de voir que leur enfant avait finalement bien grandi et qu’il s’apprêtait à commencer une longue période d’études.
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