22 Quentin s’approchait du disc-jockey lorsqu’il remarqua dans un coin sombre de la salle où avait été installée la sonorisation, un jeune homme triste. Il s’approcha de lui et s’aperçut qu’il le connaissait pour l’avoir déjà vu fréquenter les lieux de rencontre que lui-même côtoyait. Une fois qu’il fut en face de lui, il vit que le jeune homme avait l’air plus que triste. Alors, sans même lui demander son autorisation, Quentin vint s’asseoir à ses côtés et commença à lui parler. " Bonsoir, je m’appelle Quentin. - Moi c’est Loïc, répondit ce dernier en tendant une main faible et tremblotante. - On dirait que ça n’a pas l’air d’aller bien fort. Est-ce que je me trompe ? - Non, ça ne va même pas du tout. En fait, il se trouve que j’ai quelques problèmes personnels. - Tu veux en parler ? Si tu le désires, je suis là. Je peux être un excellent confident ! - Eh bien voilà ! J’ai l’impression d’avoir fait la plus grosse bêtise de ma vie. Cette après-midi, j’ai avoué mon homosexualité à mes parents et ils l’ont fort mal pris, car ils espéraient bien qu’un jour j’aie des enfants qui porteraient notre nom de famille. Tu comprends, j’ai seulement dix-huit ans, je suis fils unique et par-dessus le marché je suis pédé. Tu penses bien qu’en combinant le tout, les choses n’allaient pas aller en s’arrangeant. Alors, sans réfléchir un seul instant, ils m’ont foutu à la porte manu militari. Si bien que maintenant, je me retrouve à la rue sans endroit où dormir et ce n’est pas le peu de monde que je rencontre sur les lieux de drague, que je vais pouvoir me trouver un toit. - Ecoutes Loïc, il est vrai que l’on ne rencontre pas grand monde sur les lieux de drague, car je suis aussi un gay qui fréquente assidûment ce genre d’endroit. Mes parents ont eux aussi appris, en début de soirée, que je suis homosexuel, mais contrairement aux tiens, eux l’ont fort bien pris, et malgré mes vingt ans, ils m’aiment toujours autant. Cette différence de comportement vient peut-être des milieux opposés dans lesquels nous vivons ! ... Si tu veux, après la fête, tu pourras venir dormir chez mes parents. Mais attention, en tout bien tout honneur ! S’il doit se passer quelque chose entre nous, il se passera quelque chose, sinon, dans le cas contraire, ce ne sera pas grave, et ce n’est pas pour autant que je te mettrai dehors dès demain matin. Je ne suis pas de ces gens qui abordent un mec pour le cul et le jettent de chez lui sitôt après avoir tiré son coup. - Je te remercie Quentin, tu es un mec génial. Et c’est avec plaisir que je t’accompagnerai après la soirée. - Je ne sais pas encore ! Ca m’a l’air trop beau pour être vrai. - C’est comme tu veux. Je te laisse toute la soirée pour y réfléchir." Durant toute la nuit, ils restèrent ensemble à parler et à danser, mais aussi pour éviter de se perdre de vue lorsque Quentin partirait. A la fin de la fête, qui se termina vers trois heures du matin, Loïc alla retrouver Quentin et lui dit qu’il était d’accord pour venir habiter chez ses parents pendant quelque temps. Ils rentrèrent alors immédiatement à la villa des parents de Quentin. Ils se couchèrent dans le lit de ce dernier et ne se réveillèrent qu’en début d’après-midi. Une fois levés, ils se ruèrent dans la cuisine où ils dévalisèrent le réfrigérateur. Lorsqu’ils eurent fini leur repas, ils allèrent dans le salon où se trouvaient les parents de Quentin, qui regardaient tranquillement la télévision. Il leur présenta Loïc et leur dit qu’il était sans toit après qu’il eut avoué à ses parents qu’il était homosexuel. Le père, extrêmement choqué que Loïc ait été jeté à la rue par ses propres parents, accepta immédiatement qu’il reste loger chez eux. D’ailleurs, renchérit madame Villars, il pouvait y rester aussi longtemps qu’il le désirerait. En disant cela, elle eut une étincelle dans les yeux, comme si elle pensait que Loïc et Quentin étaient faits l’un pour l’autre et que c’était le destin qui les avait réunis. * * * A l’autre bout de la ville, chez les Sanders, la mère de Loïc commençait à avoir des remords quant à son attitude envers son unique fils. Mais elle se posait également un bon nombre de questions dont elle fit part à son époux. " Dis-moi, commença la mère de Loïc en parler à son mari, ne crois-tu pas que nous avons été un peu trop sévères avec Loïc ? Après tout, s’il se sent bien ainsi et si ça lui permet de trouver le bonheur, pourquoi pas ? - Tu rigoles ou quoi ? Répliqua le père sur un ton sec. Tu crois que c’est à dix-huit ans que l’on sait ce que l’on préfère ! Et puis de toute façon il n’y a jamais eu de pédé dans ma famille et il n’y en aura jamais. - Tu ne crois pas que tu exagères un peu quand même ? Et puis qui te dit qu’il n’y en a pas d’homosexuels dans ta famille puisque tu n’en connais même pas la moitié depuis que tu as cessé toute relation avec celle-ci. Et tu penses peut-être que tu as fait mieux lorsque tu as demandé ma main en mariage à mon père, n’oublies pas qu’à l’époque tu n’avais que seize ans. - Ne sois pas si arrogante avec moi, n’oublies pas toi non plus que je suis ton mari et que tu me dois le respect. Et il ne faut pas tout mélanger. Il y a beaucoup de différence entre moi et ce morveux de Loïc. - Je te prierais d’être un peu plus poli lorsque tu parles de notre enfant. Et puis-je savoir qu’elles sont ces différences ? Demanda Martine sur un ton excédé. - La première, c’est que moi, à son âge, je ne couchais pas avec des garçons, la deuxième c’est qu’il ne faut pas confondre les époques ! - Justement ! A propos d’époque, je te ferai signaler qu’à la nôtre, la tolérance n’était pas tout à fait de mise. Rappelles-toi la réaction de mon père lorsque tu lui as annoncé ta volonté de te marier avec moi. Tandis que maintenant... - Justement ! Aboya le père. Il serait peut-être temps de resserrer les boulons à ce niveau-là, car je trouve qu’il y a un peu trop de laissé allé et tout ça à cause de ces politiciens de merde. - Mais alors tu es un macho et un antisémite ? - Pas du tout ! C’est simplement... - Simplement que tu voudrais que ton fils soit "normal", qu’il se marie avec une fille et qu’il ait des enfants pour perpétuer ton nom de famille, dit Martine, à présent complètement excédé, en coupant la parole à son mari - Parfaitement ! Et tant qu’il n’aura pas changé, je ne voudrai pas le voir, répliqua le père tout aussi furieux." La discussion devenait de plus en plus houleuse entre Martine et Dominique. Le père de Loïc, complètement hors de lui par les propos que sa femme osait lui tenir, sortit de la maison en claquant violemment la porte. * * * Loïc, comme par intuition, demanda s’il pouvait aller vidéophoner chez ses parents. Après accord immédiat de Bernard, il décrocha le combiné et composa le numéro désiré. A peine deux sonneries plus tard, sa mère décrocha et vit avec émerveillement le visage de son fils. Elle commença par s’excuser pour le comportement qu’elle avait eu la veille, car elle avait tant espéré pouvoir devenir grand-mère, et lui apprit que son père ne voulait plus le voir tant qu’il serait homosexuel. De son côté, Loïc apprit à sa mère que pour le moment il allait rester chez Quentin et qu’il passerait récupérer quelques affaires un peu plus tard dans la journée. Dix-sept heures venaient de retentir à la pendule du salon. Ce fut l’heure à laquelle Quentin décida d’aller se promener avec Loïc afin de lui changer les esprits. Tout au long de la balade, ils ne cessèrent de s’envoyer des sourires et de se regarder amoureusement. De plus, si on les regardait d’un peu plus près, on aurait presque pu croire qu’il s’agissait de deux frères tellement la ressemblance était frappante et que leurs manières étaient identiques. Les deux jeunes finirent leur promenade vers dix-neuf heures. Ils en avaient profité pour aller récupérer des affaires chez les parents de Loïc. Ils arrivèrent juste au moment où il fallait passer à table. Durant tout le dîner, ils ne cessèrent de se faire les yeux doux ou à se faire de grands sourires en coin. Le repas se termina tard, et à l’issue tous les convives allèrent se coucher. Mais ce soir-là n’allait pas être un soir comme tous les autres pour Quentin et Loïc. |
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