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            Malgré son repli sur lui-même, Damien avait réussi à passer dans la classe supérieure. Il allait toutefois mieux. Les vacances qu’ils avaient passées ensemble lui avaient fait beaucoup de bien et il était ravi de les avoir passées en compagnie de son meilleur et seul ami. Mais c'était déjà la rentrée scolaire. Il ne restait plus qu’un an aux deux garçons avant d'entrer, comme ils disaient si souvent, dans la cour des grands. L'instituteur qu'ils eurent en cours moyen deuxième année, commença à leur expliquer ce que serait le collège pour des enfants comme eux. C'était un rythme de travail plus soutenu avec plus de matières et de livres à apprendre.

 

            Tout ce que pouvait dire l'instituteur intéressait fortement les deux gamins qui, pour cette année scolaire, étaient de nouveau assis l'un à côté de l'autre, comme au bon vieux temps. Quentin était ravi de retrouver Damien assis à côté de lui. Il avait tant de fois espéré cette situation au cours de l’année scolaire précédente.

 

            Quentin et Damien étaient fascinés par le collège. Ils s'imaginaient déjà dans la cour de l'établissement en courant dans tous les sens et parler avec de nouveaux copains de classe. Pourtant, d'après ce que leur disait l'instituteur, le collège n'était pas l'école primaire et que pour passer dans la classe supérieure, il fallait travailler très dur et que les matières étudiées devaient être sues par cœur. Elles étaient plus nombreuses et elles seraient déterminantes pour le choix de leurs études futures et de leur emploi à venir. Ceci ne fit pas peur à Quentin, mais Damien sembla plus préoccupé. Lorsque Quentin le remarqua, il lui glissa quelques mots à l'oreille.

 

            " Il ne faut pas t'inquiéter Damien. Je t'aiderai dans les matières où tu auras des problèmes. Comme je l’ai toujours fait jusqu’à maintenant. Notre entrée au collège ne changera en rien ma volonté de t’aider de mon mieux.

            - Oui, mais si nous ne sommes pas dans la même classe, comment on fera ? Tu sais très bien que je suis complètement perdu si tu n’es pas à côté de moi. Tu es la seule personne qui me permet de ne pas sombrer.

            - Là ça risque d'être autre chose. Mais je pense que la façon de travailler ne doit pas être trop différente d'une classe à l'autre. Donc...

            - Dites donc jeunes gens, intervint l'instituteur, il n'y a pas de messes basses dans ma classe. Si vous avez quelque chose à dire faites en profiter toute la classe sinon silence. Et je vous demanderais donc d'écouter ce que je dis plutôt que de parler entre vous si ce que vous vous dites n’intéresse pas toute la classe.

            - Pardon monsieur, répondirent en chœur les deux garçons en rougissant.

            - On est désolé et je crois que ça n’intéressera personne dans la classe, ajouta Quentin."

 

            C’était le premier jour de classe et déjà ils s’étaient fait remarquer. Tous les élèves s’étaient retournés sur eux lorsque le maître d’école les avait sermonnés. Une fois que le professeur des écoles eut fini son aperçu du collège aux enfants, il leur demanda de sortir leur cahier et il commença son premier cours.

 

            Les premiers mois du cours moyen deuxième année des deux enfants furent décisifs. Ils se concentrèrent sur les matières où ils avaient le plus de difficultés. Les autres matières furent un peu délaissées, mais ils obtenaient tout de même d’excellents résultats.

 

            Au fil des jours et des mois, la perspective de se voir au collège ravissait de plus en plus le jeune Quentin. Damien, quant à lui, angoissait de plus en plus. Il avait peur des conséquences qu'auraient sur lui d'arriver au collège. Mais il avait surtout peur d'être confronté aux adolescents les plus redoutables, lui le brillant élève de classe primaire. Il se demandait aussi s’il arriverait à garder cette place de meilleur de classe, qu’il partageait d’ailleurs avec Quentin, lorsqu’il serait au collège.

 

            Mais sa question demeura sans réponse jusqu'aux vacances d'été. Ce ne fut que pendant ces vacances qu'il réussit à avoir sa réponse. Alors qu'il se trouvait au bord de la mer avec Quentin, ils firent la connaissance d’un de ces collégiens qui étaient bons dans toutes les matières. L’adolescent s’appelait Dimitri Bogossian et il était l’unique enfant de l’ambassadeur d’Arménie en France. Bien que les parents de Quentin connaissent beaucoup de hautes personnalités ils n’avaient encore jamais eu l’occasion de rencontrer le père de Dimitri. D’ailleurs Quentin et Damien s’aperçurent tout de suite de la présence de deux gardes du corps situés un peu plus loin. Les deux enfants aussi ne se déplaçaient jamais sans leurs gardes du corps, Quentin dû au fait de la position sociale de ses parents et Damien c’était suite au drame de la mort de son père et après la conclusion de l’enquête Bernard Villars avait continué, à ses frais, à assurer la protection de l’enfant.

 

            Dimitri était un jeune adolescent de treize ans déjà grand pour son âge puisqu’il mesurait près d’un mètre soixante-dix. Il avait la peau mate, des cheveux mi-longs châtain et des yeux d’un bleu azur. C’était un adolescent athlétique. On pouvait voir ses muscles abdominaux commencer à se dessiner.

 

            Quentin et Damien discutèrent un moment avec lui.

 

            " Tu sais Damien lorsque tu arrives dans un autre monde, tel qu’est celui du collège, il est très difficile de faire admettre que l'on peut être meilleur que les autres élèves de la classe, dit Dimitri dans un excellent français.

            - Oui ! Mais cela peut amener à avoir des problèmes avec ceux qui ont plus de difficultés à comprendre les cours, lui répondit Quentin.

            - C'est indéniable ! Mais il ne faut pas avoir peur de tout ça. Les plus dangereux ce sont ceux qui sont aussi bon que toi. Ils ne veulent qu'une seule chose : être les meilleurs. C'est pour ça que la compétition avec eux est inévitable.

            - Alors si je comprends bien ce que tu me dis Dimitri, ce sont ceux qui sont aussi bon que moi qui peuvent m'être nuisible, intervint Damien.

            - Tout à fait, parce que ceux qui sont moins bons que toi viendront plus te voir pour te demander des conseils dans telle ou telle matière plutôt que pour te chercher des emmerdes. Il y a toujours le problème des petits durs. Ceux-là il faut s’en méfier plus que tout. Ils essaieront, soit de devenir copains avec toi pour que tu fasses leurs devoirs, soit de te menacer de te casser la gueule si tu ne fais pas ce qu’ils demandent. Dans tous les cas, les petites frappes sont à classer dans les personnes à éviter à tout prix.

            - Je fais quoi dans le cas où l’un d’eux veuille me forcer à lui obéir, demanda Damien.

            - Une seule chose ! Tu leur tiens tête au risque de te faire casser la gueule et tu essaies de te mettre dans la poche un gars suffisamment bon et costaud pour devenir son copain et qui te défendras en cas de problème et t’aideras à tenir tête aux crapules.

            - D’accord ! Si je résume la situation, je serai perpétuellement en compétition avec les meilleurs de la classe et je risque à tout moment de me faire casser la figure par les caïds du collège si je ne fais pas ce qu’ils veulent. Je crois que les quelques années que je vais passer au collège risquent de ne pas être roses tous les jours.

            - Au pire vous faires comme moi et en cas de problème faites appel à vos gardes du corps car j’ai constaté que vous en aviez vous aussi. On ne peut pas vraiment dire que la discrétion soit leur point fort, dit Dimitri en éclatant de rire. En tout cas c’est un moyen infaillible pour ne pas se faire emmerder par les caïds du collège, conclut-il en faisant un clin d’œil à Quentin et Damien."

 

            A cette nouvelle, Damien se sentit légèrement mieux, malgré une angoisse qui montait en lui avec tout ce qu’il venait d’apprendre de Dimitri Bogossian. Damien passa de merveilleuses vacances d'été en compagnie de Quentin et Dimitri. Ils s’amusèrent tous les trois comme des petits fous. Damien et Quentin allaient se baigner et s’amuser comme des enfants qu’ils étaient ou plutôt qu’ils voulaient encore être pour le reste de ces vacances.

 

            L’avant dernière semaine de vacances, Damien et Quentin passèrent leurs journées dans les grands magasins afin de faire leurs achats pour leur rentrée au collège. Pendant qu’ils achetaient classeurs, feuilles, cahiers et crayons, Damien se dit qu’il devait s’acharner à être le meilleur collégien de sa classe. Quentin, quant à lui, pensait qu’il verrait  bien le moment venu.

 

            La dernière semaine, Damien et Quentin étaient tout excités à l’idée de se retrouver au collège. Ils ne tenaient plus en place une seconde. Ils s’imaginèrent déjà être, tous deux, les terreurs intellectuelles de leur classe et ainsi s’attirer les faveurs de toutes les plus jolies filles du collège. Ils avaient hâtes de se retrouver dans la cour des grands et jouer avec tous leurs nouveaux copains qu’ils se feraient lorsqu’ils arriveraient en classe de sixième.

 

            Quentin s’aperçut que durant toute cette dernière année d’école primaire, et même pendant les vacances scolaires, Damien n’avait pas pensé un seul instant aux différents drames qui l’avaient frappé. Il respirait la joie de vivre et semblait très heureux. Damien était littéralement métamorphosé. Mais Quentin se demandait tout de même si ce n’était pas qu’une façade et que derrière son meilleur ami soit encore plus renfermé que jamais.

 

            Damien, quant à lui, savait parfaitement que ce n’était qu’une façade qu’il montrait vis-à-vis de ses amis et de sa famille car intérieurement il était plus triste que jamais. Non seulement il allait quitter le monde de l’enfance pour celui de l’adolescence puis de l’âge adulte, mais aussi il se rappelait tous les drames qu’il avait déjà vécu et il souhaitait ne pas en vivre d’autres.

 

            Et puis il y avait cette entrée au collège qui le terrifiait tant et la peur d’être séparé de son seul grand ami, Quentin. Une peur qui lui faisait penser que peut-être ce qu’il ressentait pour le jeune Villars était plus qu’une simple et grande amitié. Un sentiment sur lequel il n’arrivait pas encore à mettre de nom mais dont il soupçonnait l’idée finale et qui le terrifiait un peu malgré tout. Damien était encore fragile mentalement après tous les événements dramatiques qui lui étaient arrivés.

 


 

 

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