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            Quentin avait franchi pour la première fois les grilles de l'école maternelle depuis déjà une semaine. Il semblait bien se faire au fait qu'il était entouré de garçonnets et de fillettes qu'il ne connaissait absolument pas.

 

            Durant cette semaine, il réussit même à devenir copain avec six autres jeunes enfants. Quentin était un petit garçon très extraverti qui avait déjà un caractère de meneur. Les sept bambins s'amusaient comme des petits diables qu'ils étaient. Dès qu'il y avait une bêtise à faire, ils n’étaient jamais très loin et étaient toujours prêts à la faire ou à en fomenter une, au grand damne de l’ensemble du personnel enseignant qui était sans cesse en train de les réprimander, à leur courir après ou de les chercher partout où ils étaient susceptibles de pouvoir se cacher. Mais le petit groupe se moquait bien de tout ce que pouvait dire les instituteurs.

 

            Comme c’était un petit garçon très intelligent pour son âge, Quentin compris très vite que ce qu'il faisait n'était pas bien. Sa mère lui avait fait un peu la morale à ce sujet un après-midi où il avait encore fait des bêtises Ceci, deux autres membres de leur groupe le comprirent également. Il semblerait qu’une discussion avec leurs parents respectifs en soit la raison. Après donc trois mois de classe, du groupe de départ, il n’en restait plus que trois : Damien Daguet, dont le père était toujours en déplacement mais personne ne savait exactement ce qu’il faisait comme travail et la mère travaillait comme secrétaire dans un petit garage, Benjamin Tranchet, fils d’un père haut fonctionnaire, il occupait un poste important au sein de la délégation régionale du ministère de la défense et la mère aidait les enfants atteints d’autisme et Quentin Villars.

 

            Damien  Daguet était un garçonnet blond un peu grassouillet avec toujours le sourire aux lèvres même lorsqu’il faisait des bêtises. Son regard bleu lui donnait l’air d’un ange. Quant à Benjamin il s’agissait d’un gamin aux cheveux châtains filiforme et déjà grand pour son âge. Ses yeux noisette semblaient toujours tristes.

 

            Alors ces trois enfants se détachèrent des autres membres du groupe plus turbulents et devinrent, du jour au lendemain, de vrais petits anges, à la surprise générale du corps enseignant, qui ne savait plus trop comment réagir face à ce revirement de situation, ni des parents de chacun des enfants qui n’y comprenaient plus grand chose non plus même si les trois familles pensaient que la discussion qu’ils avaient eu avec leur propre fils y était pour quelque chose.

 

            " Quel revirement de situation de la part de Quentin, dit Nicole lors d’une réunion de parents d’élèves avec l’institutrice.

            - Moi non plus je n’arrive pas à m’expliquer ce qui arrive, répliqua l’enseignante.

            - Il ne faut jamais négliger l’intelligence d’un enfant, affirma la mère de Benjamin qui exerçait le métier de pédopsychiatre.

            - Vous avez raison, intervint la mère de Damien. Et j’ai pu constater ce changement de comportement depuis qu’il ne restait plus qu’avec le petit Benjamin et Quentin.

            - Qu’en pensez-vous mademoiselle Lavroca ? Demandèrent ensemble les trois mères de famille concernées à l’institutrice.

            - Il est vrai que ce changement est apparu au moment où ils se sont séparés de Christophe, Nicolas, Valentin et Bruno qui, de leur côté, continuent toujours à faire autant de bêtises.

            - Est-ce de notre faute s’ils ne veulent pas obéir à ce que nous leur disons, intervint la mère de Nicolas.

            - Tout à fait ! Votre rôle est d’éduquer votre enfant afin qu’il soit le plus juste et le plus correct possible, répliqua la pédopsychiatre.

            - Nous n’avons pas que ça à faire, nous avons aussi notre travail, cingla la mère de Christophe, une nouvelle riche se croyant au-dessus des petites gens parce que son époux avait fait fortune en très peu de temps en créant une start up qui fabriquait des logiciels informatiques pour l’aéronautique. Il s’agissait d’une femme d’une trentaine d’années blonde coupé au carré de taille moyenne et légèrement replète. Elle portait un tailleur d’un rose criard assorti à une jupe toute aussi rose et elle avait dans les pieds des escarpins rouges vifs.

            - Moi aussi j’ai un travail et autrement plus important que le votre, tempêta Nicole, puisqu’il me semble que vous ne faites qu’assister aux réunions du conseil d’administration de la société de votre mari, et mon fils écoute ce que je lui dis. Alors au lieu de prendre vos grands airs de bourgeoise coincée vous feriez mieux d’éduquer votre rejeton.

            - Allons Nicole, nous faisons parti du même milieu...

            - Certainement pas, coupa madame Villars furieuse. Et pour vous ce n’est pas Nicole ou madame, mais madame la baronne de Villebon-Villars, je vous prie. Le jour où votre nom sera aussi prestigieux et aussi valeureux que celui de ma famille ou de celle de mon époux, alors nous serons approximativement du même milieu mais en attendant je vous prie de me considérer comme supérieur, et de loin, à votre niveau social.

            - Mais, mais … Comment osez-vous ? Mon niveau social est aussi prestigieux que le votre et je vous prierai de ne pas me considérer comme inférieure au votre parce que mon mari a fait fortune en peu de temps.

            - Allons mesdames, un peu de retenue, intervinrent simultanément l’institutrice et la mère de Valentin, madame Satori qui était professeur de français au collège."

 

            Cette femme était d’une stature assez grande et fine et elle n’avait pas encore trente ans. Elle était vêtue d’un tailleur bleu marine assorti à un pantalon noir et elle était chaussée d’une paire de chaussure à talon de couleur bleue foncée. Sa chevelure était rousse et longue.

 

            La réunion resta houleuse pendant plus d’une heure. Il y avait le clan des bons enfants représenté par les mères de Quentin, Benjamin et Damien et celui des mauvais enfants dont les mères de Bruno, Valentin, Christophe et Nicolas faisaient parties. Chaque camp renvoyait la faute à l’autre concernant l’éducation, le comportement ou l’attitude des enfants que ce soit en classe ou à l’extérieur de l’établissement. Les autres mères et les quelques pères présents se contentaient de compter les points ou d’affirmer les points de vue des deux camps. La pauvre institutrice, quant à elle, essayait tant bien que mal de calmer les esprits. Elle avait parfois l’impression de se retrouver face à ses élèves. Ce fut ainsi pendant toute la durée de la réunion des parents d’élèves avec l’institutrice. Elle fut ravie de voir celle-ci se terminer vers dix-huit heures trente.

 

            A son retour à la villa, Nicole était tellement remontée contre madame Delborde, la mère de Christophe, qu’il lui fallu plusieurs heures de relaxation dans le jacuzzi après un bon repas et un bon bain chaud moussant pour pouvoir se calmer et enfin aller rejoindre son époux dans le lit conjugal où, dès qu’elle fut couchée, elle s’endormit tout de suite d’un sommeil serein.

 

            Pendant toute cette première année scolaire, Quentin et ses deux camarades de classe devinrent de vrais copains et de ce fait ils étaient inséparables. Ce fut ce surnom qui leur fut attribué par leurs autres camarades de classe et ils étaient les têtes de turc des quatre élèves qui n’arrêtaient pas de faire bêtise sur bêtise.

 

            En milieu d’année, le groupe des quatre mauvais garçons passa à trois puisque le jeune Bruno dû quitter l’établissement après le décès de ses parents dans un accident de la circulation. Il partit en Bretagne, région où habitait ses grands-parents maternelles seule famille qu’il lui restait puisque son père était fils unique, tout comme sa mère, et qu’il avait lui même perdu ses parents alors qu’il était assez jeune.

 

            Quentin, Damien et Benjamin étaient tellement inséparables, que durant toutes les vacances d'été, ils se virent tous les jours. Par la même occasion, les parents des trois bambins en profitèrent pour faire plus amples connaissances et devinrent eux aussi amis. Seulement, à la mi-juillet l’une des familles apprit qu’elle devait bientôt partir.

 

            En effet, le jeune Benjamin était non seulement le fils d’une pédopsychiatre de grand renom, mais aussi d’un haut fonctionnaire de grande envergure, celui-ci fut nommé diplomate. Celui-ci était muté aux Pays-Bas pour une période de trois ans. Il passa ainsi du statut de fonctionnaire du ministère de la défense à celui de haut-fonctionnaire de l’état. C’était pour lui une reconnaissance de son travail accompli au sein du ministère.

 

            Comme Benjamin et ses parents ne devaient partir que fin août pour Amsterdam, il restait encore un mois et demi aux trois enfants pour s’amuser comme des petits diables dans l’immense propriété des parents de Quentin où il y avait un superbe terrain de tennis ainsi que deux piscines dont une était couverte.

 

            Mais les jours passèrent très vite et ce fut le moment du grand départ pour Benjamin et ses parents. Les trois familles partirent en direction de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Ils s’installèrent dans la salle d’attente puisqu’ils avaient réussi à arriver avec une confortable avance ce qui leur permit de se reposer un peu de permettre à leurs trois enfants de jouer ensemble une dernière fois. Puis se fut l’appel pour l’embarquement. Au moment de se séparer Quentin et Damien donnèrent chacun un cadeau à Benjamin, que celui-ci mit dans ses bagages car il ne devait pas les ouvrir avant son arrivée à Amsterdam. Les cadeaux renfermaient ses souvenirs de la France, des dessins que Quentin et Damien avait fait ainsi que des bonbons et diverses choses utiles pour Benjamin et qui avaient été offert par les parents des deux autres. Les trois enfants se promirent de s’écrire dès qu’ils le pourraient, ou plutôt de se téléphoner, puisqu’ils ne savaient pas encore  lire, ni écrire, mais en attendant de rester en contact, ils se serrèrent tous les trois la main avec le sourire aux lèvres mais des larmes dans les yeux et le cœur serré de devoir se séparer aussi rapidement.

 

            Le petit Benjamin alla ensuite rejoindre ses parents, qui l’attendait devant la porte d’embarquement, et tous les trois franchir le seuil de la porte pour prendre l’avion qui les emmenaient à Amsterdam. Damien et Quentin restèrent dans l’aéroport jusqu’au moment où ils virent l’avion, dans lequel était leur ami, décoller.

 


 

 

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