20 En ce lundi 08 octobre 2013, la deuxième année de faculté commençait pour Quentin. Il fréquentait aussi depuis peu une discothèque homosexuelle dont il avait connu l'adresse en draguant un jeune homme dans le parc qui se trouvait non loin de l’appartement qu'il s'était acheté et également proche de la discothèque. Quentin voyait moins Nicolaï, car ce dernier venait de faire la connaissance, dans le parc lui aussi, d'un jeune homme âgé de vingt ans. Ils avaient l'air de bien s'entendre. Mais Nicolaï restait tout de même le copain et ami de Quentin. Il existait toujours une forte attirance entre les deux jeunes gens. De son côté, le fils Villars préférait les rencontres d'un soir même si une relation stable l’aurait bien arrangé. Car même s’il n’aimait pas trop la solitude, et qui le pesait, il avait du mal à oublier Yoann son premier grand amour ainsi que ses relations plus courtes avec François et Nicolaï. Cependant, à chaque fois qu'il se rendait sur le lieu de rencontre, il y voyait un adolescent de quinze ou seize ans, semblait-il d’après son physique, qui lui plaisait bien. Mais celui-ci ne semblait pas faire attention à lui et comme Quentin était plutôt du genre timide, il n'osait pas aller vers lui afin de faire sa connaissance. Il avait peur de tomber sur un hétéro casseur de pédé. Il savait par les dires de certains habitués de l’endroit, qu’il y avait parfois beaucoup d’agressions dans ce lieu. Même maintenant que le mariage gay était officiellement possible, il existait toujours des personnes réfractaires à ce que deux hommes puissent s’aimaient, coucher ensemble et s’unir. La montée de l’extrême droite au tout début du vingt et unième siècle y était sûrement pour quelque chose. Seulement, il ne fallait pas trop qu'il sorte, car il devait penser à la fin de l'année scolaire et les examens qu'il allait passer. Donc, dans cette perspective, il se rendit moins dans le parc pour se concentrer sur ses études. Les seuls moments qu'il s'accordait pour se rendre sur le lieu de rencontre, c'était les week-ends et les différentes vacances qu'il avait. Ce fut d'ailleurs au cours d'une de ces vacances, le vendredi 07 février 2014, que Quentin rencontra un garçon de son âge. Quentin venait tout juste d'arriver sur le lieu de rencontre lorsque l'autre jeune homme s'approcha de lui. " Bonsoir ! Dis-moi, tu n'aurais pas une cigarette ? Dit le jeune homme avec un fort accent des pays de l'Est. - Non ! Je suis désolé mais je ne fume pas. - Tant pis ! Dis moi tu ne voudrais pas discuter un peu avec moi, car je ne connais personne et tu as l'air assez sympa. - Je te remercie pour ton compliment et c'est avec plaisir que je t'écouterai. Tu m’as l’air sympathique aussi. - Pouvons-nous nous asseoir sur le banc qui se trouve juste là, dit le jeune homme en montrant le banc en question. - Oui bien sûr ! Je te suis." Ils se dirigèrent donc vers l’emplacement que lui avait indiqué le jeune et qui était vraiment proche puisqu’ils y arrivèrent en seulement quelques pas. Lorsqu'ils furent assis, ils reprirent leur conversation. Le garçon qui accompagnait Quentin faisait facilement plus jeune que son âge. Il allait cependant sur ses vingt et un ans. Un visage fin, une taille longiligne mais musclée, il avait tout pour plaire. Ses cheveux châtains clairs et ses yeux bleus ciels lui donnaient encore plus l’air d’un ange au regard de Quentin. " Tout d'abord, je crois qu'il serait bien que nous nous présentions. Moi je m'appelle Boris Gordenkov. - Gordenkov comme le danseur étoile ?! - Oui, tout à fait ! Mais ne le dis pas trop fort, car je ne voudrais pas que des personnes mal attentionnées me repèrent. Il faut dire que je fais souvent la une des journaux depuis que j'ai décroché ma place de danseur étoile. Il est vrai que je suis un des plus jeunes danseurs étoiles du pays car même si je suis arrivé en France qu’il y a six ans je me sens français à part entière et je fais de gros efforts pour apprendre mais ce n’est pas toujours évident. C’est une langue très compliquée. - Tu te débrouilles très bien pour l’instant Boris. Sinon, pour ma part je me prénomme Quentin Villars. - Tu ne serais pas le fils de Bernard Villars, l’industriel mondialement connu, celui qui a contribué à la reconstruction et à la modernisation de la ville après le tremblement de terre ? - Je vois que tu connais bien notre famille et les actions qu'elle a faites même s’il est vrai que les "exploits" de mon père sont mondialement reconnus. Mais tout comme toi je ne voudrais pas que des petits plaisantins me reconnaissent même si c'est pour un tout autre motif que le-tien. - Ah bon ! De quoi as-tu peur alors ? - Je ne voudrais tout simplement pas que mes parents soient au courant de mon homosexualité. J'attends d'avoir suffisamment de courage pour le leur annoncer moi-même. - Tu as tout de même bien de la chance d'avoir encore tes parents. Moi qui ai perdu les miens il y a à peine un an et qui me manque terriblement, surtout parce que je n'ai pas eu le temps de leur dire que j'aime les garçons. Pourtant je voulais le faire à ma majorité que j’ai eu deux mois à peine après leur accident de voiture. - C'est donc bien ce que j'avais deviné. Que dirais-tu si on allait dans un endroit plus tranquille ? - Je dirais que c'est une bonne idée. Seulement je ne connais pratiquement aucun endroit tranquille par ici. Je suis encore nouveau sur la région. - Ne t'inquiètes surtout pas pour ça, je me charge de tout. Tu verras, tu ne regretteras pas d'avoir fait ma connaissance. - Si tu le dis, alors je te suis, affirma Boris faisant entièrement confiance en Quentin." Ils se levèrent du banc et marchèrent vers l'extérieur du parc. Le jeune Gordenkov suivant aveuglement le fils Villars. Quand ils furent sortis, Boris regarda Quentin d'un œil légèrement inquiet. Quand celui-ci s'en aperçut, il le rassura en lui disant qu'ils allaient chez lui. En lui disant cela, Boris fut tranquillisé, mais il ne put empêcher son cœur de battre toujours aussi vite. Une certaine appréhension restait tout de même ancrée en lui. Il avait peur que Quentin, sous ses airs angéliques et sympathique, ne soit en fait qu’un casseur de pédé supplémentaire ou pire. Lorsqu'ils arrivèrent en bas du bâtiment, Quentin composa le code d'entrée de l'immeuble et ils montèrent jusqu'au troisième étage de la résidence, Quentin sortit une clé digitale et la passa sur un lecteur optique situé sur la porte de l'appartement. A l'intérieur, une fois débarrassés de leur blouson, Quentin proposa à Boris de s'installer dans le canapé et lui offrit à boire. " Dis-moi Boris, tu veux boire quelque chose ? - Pourquoi pas ! Qu'est-ce que tu as à boire ? - Alors..., fit Quentin en ouvrant la porte de son réfrigérateur. J'ai du jus d'orange, du coca, du jus de fruits multivitaminé, du lait et de l'eau. - Je prendrais bien un verre de jus d'orange. - OK ! Alors ça en fera deux. Sinon, de quel pays es-tu originaire ? - Toute ma famille vient d'Ukraine. Même si je suis né en France j'ai vécu principalement à Kiev. Ce n’est que lorsque mes parents ont été obligés de partir que nous sommes tous les trois venus nous installer dans le pays qui m’a vu naître. - Mais tu parles ta langue maternelle ? Tiens voilà ton verre, dit Quentin en tendant le verre, qu’il tenait de sa main gauche, à Boris. - Merci ! Je parle ma langue maternelle puisque mon père ne parlait absolument pas un seul mot de français. Ce que je regrette s'est de ne pas être retourné en Ukraine depuis plus de trois ans maintenant. Même mes parents, pourtant attachés à leur pays natal, n’ont pas voulu être enterrés là-bas. Comme je t’ai dit mes parents ont été obligés de fuir le pays. Mon père avait un poste important au gouvernement ukrainien mais après la crise financière de 2008 il recevait de nombreuses lettres de menaces. Nous lorsque la voiture de fonction que nous avions a explosé tuant notre chauffeur. - J’en suis vraiment navré que tu aies dû quitter l’Ukraine après ce genre d’événement. Ma famille aussi a subi de plein fouet la crise financière. Mes parents ont même été obligé de fermer plusieurs usines et petites structures tout en faisant en sorte que chaque employé puisse retrouver du travail soit dans une autre entreprises du groupe Villars soit dans d’autres groupes concurrent ou alliés à celui de mon père. Sinon s'il n'y que ça pour te faire plaisir, je peux organiser ça pour les prochaines vacances. Je demanderai à mon père de me laisser le jet pour le voyage et comme ça, il ne nous restera plus qu'à choisir la date, faire nos bagages et partir pour l’Ukraine. - D'accord ! Ca marche comme ça. Puisque tu parles de vacances, je suppose que tu dois être étudiant. - Oui, je suis étudiant en droit commercial. J'ai entamé ma deuxième année. - Ce sont des études très dures que tu fais. Tu as beaucoup de courage. - C'est plus par plaisir que par courage que je fais ces études-ci. - Je me doute bien, dit Boris en commençant à caresser la cuisse de Quentin. - Je vois que tu es bien décidé, affirma celui-ci en posant sa main gauche sur celle de son comparse alors je te propose que l'on aille dans ma chambre. - OK ! Allons-y ! Ca fait un petit moment que j’espère toucher ton corps et t'embrasser, dit Boris tout en commençant à rougir. - Ne sois pas si impatient. Mais c'est vrai que j'attends cet instant depuis un moment aussi, finit par dire Quentin tout en prenant la main de Boris et en le dirigeant vers sa chambre." Ils se levèrent aussitôt et se dirigèrent vers la chambre en se tenant par la main. A peine la porte fut-elle franchie et fermée, que les deux jeunes hommes se déshabillèrent et s'allongèrent sur le lit. Tout en s'embrassant longuement, ils se caressèrent. En un rien de temps, ils se retrouvèrent nus et firent l'amour une partie de la nuit. Lorsqu'ils se réveillèrent le lendemain matin, Boris dit à Quentin qu'il devait partir du fait qu’il avait un entraînement de danse deux heures plus tard. Mais avant qu'il ne s'en aille, il dit à Quentin qu'il souhaitait le revoir, car il avait beaucoup apprécié sa présence. Quentin en fut ravi et lui répondit qu'il serait heureux de le revoir aussi. Alors il lui fixa rendez-vous pour le soir même vers vingt heures. Boris accepta bien volontiers ce rendez-vous et partit sans oublier d’embrasser passionnément Quentin sur la bouche. Comme le jeune Villars n’avait pas cours ce matin là, il en profita pour sortir. Lors de sa promenade en ville, Quentin vit Nicolaï. Alors pendant qu’ils faisaient ensemble leurs courses, il lui parla de sa rencontre avec Boris. Nicolaï fut ravi pour son meilleur ami et lui souhaita tout le bonheur possible avec le danseur. A son tour, il parla de sa vie sentimentale avec Julien Martin, le jeune homme qu’il avait rencontré dans le parc, un charmant garçon de vingt et un ans, blond comme les blés et avec un sourire narquois qui faisait ressortir ses yeux bleus-gris. Cela faisait quatre mois qu’ils sortaient ensemble et Nicolaï envisageait de le faire emménager chez lui. Toutefois, il hésitait encore un peu, car il ne savait pas s’il pouvait suffisamment avoir confiance en Julien même si ce dernier montrait beaucoup d’affection envers Nicolaï. Il le trouvait un peu immature et finalement il savait peu de choses sur son nouveau compagnon. Il le sentait aussi volage. Nicolaï aurait bien demandé si la société de détectives privés du père de Quentin aurait pu faire une enquête sur lui mais finalement il ne l’avait pas fait. Il le fera lui-même quand il habitera avec Julien. Comme ils arrivaient à la caisse, ils durent arrêter là la conversation qu’ils avaient afin d’éviter que tout le monde entende ce qu’ils se disaient. Une fois leurs achats payés, et comme ils prenaient des chemins différents, ils se promirent de s’appeler. Durant toute la journée, Quentin réfléchit à ce qu'il pourrait faire avec Boris le soir venu, mais également ce qu'il allait dire à ses parents sur le fait qu'il ne dormirait pas à la villa le soir. Ce qui était le cas presque chaque soir depuis qu'il avait acheté son appartement. C’était compliqué à chaque fois de trouver une excuse valable sans que ses parents puissent se douter qu’il avait maintenant son propre logement. Son besoin de recherches constantes pour ses études de droit fut une excuse toute trouvée et qu’il utilisait également régulièrement. Ce ne fut que lorsque Boris sonna à l'interphone de l'immeuble, alors qu’il n’était pas encore vingt heures, qu'il trouva ce qu'ils feraient tous deux. Et juste avant il avait trouvé quel mensonge raconter, cette fois-ci, à ses parents à qui il vidéophona depuis l'appartement après qu’il eut déverrouillé la porte d’accès à l’immeuble et laissé entrer son nouveau compagnon y pénétrer. " Salut Boris ! Montes je t'ouvre la porte de l'immeuble. - OK ! J'arrive ! - D'accord ! La porte de l'appartement sera ouverte, tu n'auras plus qu'à entrer et la refermer." Pendant que Boris montait les escaliers de cet immeuble sans ascenseur, Quentin décrocha le combiné du vidéophone. Tout en composant le numéro de la villa, il essaya de peaufiner l’excuse qu’il allait leur donner. Il avait fait en sorte que son numéro soit constamment caché de ses interlocuteurs pour que personne ne puisse trouver la trace de l’appartement qu’il occupait. Même Mathilde, pourtant confidente de son frère, ne connaissait pas son numéro de vidéophone. Quentin dut attendre à peine quelques secondes pour voir le visage de sa mère apparaître sur l’écran. " Bonsoir maman ! Je suis encore à la fac je dois faire des recherches pour une étude de cas à rendre après les vacances. - D’accord ! Tu rentreras dormir ? - Je ne sais pas encore. Tout dépendra du temps que je mettrai à trouver ce que je veux. De toute façon je ne suis pas seul sur cette étude de cas donc au pire j’irai dormir chez un collègue d’étude. - Très bien ! J’espère que l’on se verra demain tout de même. Il ne faudrait pas que tes études, aussi importantes soient-elles, te coupent de ta famille. Ca fait déjà quelques jours que l’on ne fait que te croiser. - Oui je sais maman mais je veux obtenir mes examens. Je le dois à Damien. - Oui mon grand je sais la promesse que tu t’es fait mais n’en fait pas trop non plus. Il faut que tu dormes et que tu te nourrisses correctement aussi pour réussir. - D’accord maman ! Bon j’y retourne à bientôt. Bisous. " Deux minutes plus tard, au moment ou Quentin raccrochait le combiné, Boris se retrouva dans l'appartement du fils Villars et à côté de celui-ci. Après un long baiser, Quentin emmena Boris dans la salle à manger où un succulent dîner les attendait. Une fois que ce dernier fut terminé, Quentin proposa d'aller au cinéma. Boris en fut enchanté, car cela faisait déjà un long moment qu'il n'avait pas mis les pieds dans une salle de cinéma. Alors, sans plus attendre, ils prirent leur blouson, et partirent pour le multiplex situé non loin de l’appartement. Arrivés sur place, plantés devant les affiches qui tournaient en continue, Quentin laissa Boris choisir le film qu'il désirait voir. Il sélectionna un film traitant de l'homosexualité. Il voulait voir comment été traité un sujet aussi délicat que celui-ci, même si le sujet était régulièrement traité depuis le début des années quatre-vingt-dix avec plus ou moins d'humour mais bien souvent au désavantage de la communauté gay même si depuis une quinzaine d’années de gros efforts avaient été fait à ce niveau là. Après la séance, pleinement satisfait du film qu’ils avaient vu, ils retournèrent à l'appartement tout en poursuivant leur discussion autour film. Une fois que Quentin eut fermé la porte, Boris, qui voulait absolument tout connaître du milieu gay, demanda à Quentin s'il connaissait des endroits où les homosexuels se rencontraient. Alors Quentin lui proposa de faire la "tournée des grands ducs". Boris était arrivé sur Bordeaux que depuis le début de cette année 2013 après avoir obtenu son poste de danseur étoile à l’opéra de la ville. Il ne connaissait donc personne dans cette grande ville hormis Quentin et étant d’un naturel timide, il n’avait pas encore osé franchir le seuil des établissements gays de Bordeaux. De retour à l'extérieur, ils commencèrent leur visite du milieu. En premier, ils allèrent dans le bar que Quentin fréquentait le plus. Il s’agissait d’un petit bar très sympathique et familial qui se situait dans une petite rue piétonne du centre ville de Bordeaux. Il était à environ cinq cents mètres de la discothèque et de l’appartement de Quentin. Ensuite ils partirent pour la discothèque où quasiment tout le monde le connaissait maintenant. D’ailleurs tous ceux qui le connaissaient se moquaient éperdument qu’il fût le fils de la plus illustre famille de Bordeaux. Tout ce qu’ils voyaient c’était un jeune homme plein de vie qui mettait une très bonne ambiance dans l’établissement. Lorsque Boris voulut repartir, vers quatre heures du matin, Quentin lui proposa de venir coucher chez lui. Boris accepta immédiatement. Sur le chemin qui les menait jusqu'à l'appartement, Boris avoua quelque chose de très important à Quentin. Cela lui tenait particulièrement à cœur et il voulait le partager avec son ami. " Quentin, j'ai un aveu à te faire. - De quoi s'agit-il ? - Voilà, tu es en fait le premier garçon avec qui je sors. Jusqu'à maintenant, je n'étais pas sûr que j'aime vraiment les mecs. Et grâce à toi, je sais que je suis homo et surtout que je t'aime. Je ne te dis pas ça parce que tu as été le premier à me faire l'amour, mais c'est ce que je ressens au plus profond de moi. Si je n’avais pas ressenti cette attirance quand on a discuté hier soir sur le banc je ne t’aurais jamais accompagné jusque chez toi. - Je te remercie de me faire confiance. Je dois te dire que je t'aime aussi, et même si j'ai plus d'expérience que toi, je dois t'avouer, qu'il n'y a aucun autre mec qui ait su m'apporter autant de satisfaction que toi, à part bien sûr le premier mec avec qui je suis sorti et qui s'appelle Yoann. D'ailleurs, si je t'ai proposé de venir coucher dans mon appartement, c'est que je tiens à toi et que je souhaite sincèrement que nous partagerons un jour ensemble ce grand logement. Je t’aime aussi et j’aimerais bien que l’on sorte officiellement ensemble. - Moi aussi je veux être ton petit ami et ce sera avec grand plaisir que j'habiterai avec toi." Comme ils arrivaient aux abords de l'immeuble, ils se turent et ils gravirent les marches en silence. Ce ne fut qu'une fois dans l'appartement, qu'ils reparlèrent de nouveau. D'ailleurs, ils ne parlèrent que pour se susurrer de tendres mots d'amour. Durant les jours et les semaines qui suivirent, ceux-ci furent sublimes pour les deux jeunes hommes. Ils s'aimaient tous les jours un peu plus que le jour d'avant. Et lorsque les vacances de Pâques arrivèrent enfin, Quentin vidéophona à Boris, qui logeait maintenant dans l'appartement de Quentin, plutôt que d’aller constamment à l’hôtel, pour lui signaler de préparer les bagages, car ils partaient le lendemain pour l'Ukraine. Le fait que Boris soit chez lui permettait à Quentin d’avoir toujours quelqu’un sur place pour surveiller l’appartement, et donc pour lui de dormir un peu plus régulièrement à la villa, mais cela permettait aussi à Boris de se sentir en confiance et encore plus heureux. Boris n’était pas seulement le gardien de son appartement, il était aussi celui de sont cœur et de son secret. Le jeune Villars venait également régulièrement à son appartement pour voir celui qu’il aimait et pour passer de tendres moments de complicité partagée. Le mercredi 16 avril 2014, ce fut donc le départ pour l'Ukraine, pays totalement inconnu pour Quentin et oublié pour Boris. Et après seulement quatre heures de vol, ils atterrirent sur l'aéroport de Kiev. Dès que le contrôle des bagages fut passé, ils rejoignirent le véhicule qui les attendait à l'extérieur de l'aéroport. La limousine familiale les déposa devant l'hôtel le plus luxueux qui appartenait à Bernard Villars par l’intermédiaire de son groupe Villars Europe Entreprises. Ils furent tous deux logés dans la plus grande suite qui leur avait été retenue par la secrétaire personnelle de Bernard Villars pour toute la durée de leur séjour dans la capitale. Il s’agissait en effet de la suite présidentielle généralement réservée à Bernard Villars quand il venait faire un voyage d’affaires dans le pays. Ils avaient également à leur service une dizaine d'employés de l'hôtel qui leur servait également de guide. Tout le personnel avait été soigneusement sélectionné par la directrice de l'hôtel. Quentin remarqua l’excès de zèle dont elle avait fait preuve pour que Boris et lui se sentent à leur aise. Il n’y avait aucun doute possible qu’elle faisait tout ça parce qu’il s’agissait du fils de son patron et donc par conséquent, un jour peut-être, son nouveau supérieur. La sécurité fut même renforcée dans tout l’établissement hôtelier et en ville sur les ordres même de monsieur Villars père. Quentin demanda que l'on ne les dérange pas avant dix heures du matin, heure locale. Et, lorsque le garçon d'étage vint les réveiller, celui-ci leur dit que leur guide les attendait à la réception et qu'ils pouvaient partir avec lui quand ils le désireraient. Alors Boris demanda au garçon de faire monter le guide, car ils avaient certaines choses à voir avec lui. L’employé se retira et communiqua le désir du danseur étoile à l’homme qui attendait tranquillement dans le salon de l’hôtel. Le guide s’appelait Youri Charchenko. Il était le fils d’immigrés russes. Il avait vingt-cinq ans et connaissait tous les moindres recoins de Kiev. Son teint mat s’accordait avec sa chevelure brune et ses yeux noirs. Il était de stature moyenne mais fortement musclée. C’était sur ordre de Bernard Villars qu’il fut engagé parmi plusieurs postulants car il voulait que son fils soit protégé à tout moment puisque ce dernier refusait maintenant d’avoir des gardes du corps. Bernard Villars tenait particulièrement à ce que son fils soit en sécurité surtout à l’étranger où il ne pourrait pas intervenir aussi rapidement que s’il était en France. Quand le guide fut dans la suite, Boris lui demanda en ukrainien s'il connaissait des endroits où les homosexuels se rencontraient, soit dans la capitale, soit à l'extérieur. Le guide un peu surpris au début, leur répondit qu'il ne connaissait pas beaucoup d'endroits puisque lui était hétérosexuel, mais qu'il ferait son maximum pour les satisfaire. Puis, ils préparèrent leur journée en commençant par la visite des musées et des alentours de la capitale. Pour le repas de midi, le guide leur conseilla un excellent restaurant qui était un lieu de rassemblement gay dans la capitale ukrainienne. Il s’agissait du seul établissement homosexuel qu’il connaissait à ce moment-là. Pour le restant de la journée, Quentin pensa qu'ils verraient tous les trois ensembles lors du déjeuner. Et pour le soir, le guide dit qu'il se renseignerait pour connaître les meilleurs endroits pour danser et boire. Après toutes les explications de Youri sur les différents endroits et musées de la ville, Boris regarda Quentin qui sembla satisfait du programme journalier qu’ils avaient eu. Les deux jeunes gens laissèrent leur guide vaquer à ses occupations, après le dîner, le temps pour Boris et Quentin d’aller faire la fête dans une des discothèques indiquée par Youri, d’où ils ne ressortir qu’à l’aube, mais ils n’allèrent pas se coucher. Alors, après le petit-déjeuner, Quentin et Boris retrouvèrent le guide dans le hall de l'hôtel et ils purent ainsi partir à la découverte du reste de Kiev et de ses environs. Pendant tout le séjour les deux
garçons s'amusèrent comme des petits fous et ce fut à regret qu'ils regagnèrent
Durant les deux semaines qu’ils passèrent en Ukraine, ils ne dormirent que deux à trois heures par nuit. Au cours de leur périple dans la capitale, ils allèrent dans le quartier où avait habité la famille de Boris jusqu’à leur départ du pays. Ils firent même un passage au cimetière pour aller se recueillir sur la tombe des grands-parents jeune Gordenkov et ils allèrent même devant la maison que ses parents et lui avaient occupé durant de nombreuses années. Quand ils eurent récupéré de leur voyage en Ukraine, Boris remercia Quentin pour ce fantastique séjour dans son pays natal. Il était tellement content, qu'il ne savait pas comment il pouvait rembourser ce que Quentin avait fait pour lui. C'est alors qu'il sut qu'il devait participer au ballet qui devait avoir lieu au mois de juin à Bordeaux, à l'occasion de la fête de la musique. Et donc pour remercier Quentin d'avoir exaucé son vœu le plus cher, il lui offrit une entrée pour le ballet, ce qui toucha Quentin et il se fit un devoir d’assister à la représentation. Durant toute l'année scolaire qu'il restait pour Quentin, se fut un bonheur complet pour lui ainsi que pour Boris qui était très heureux d'avoir enfin sauté le pas dans les bras de Quentin et que cette aventure se soit aussi bien passée. Malheureusement, un soir, Boris alla voir Quentin pour lui annoncer une mauvaise nouvelle car même si c’était une occasion unique pour le jeune Gordenkov cela avait des conséquences sur son couple avec Quentin. " Quentin ! Je dois te dire que je vais partir. - Comment ça partir !? Tu vas aller où et pour combien de temps seras-tu parti ? - Hélas je ne sais pas du tout. Avec une dizaine d’autres danseurs et danseuses étoiles, nous allons faire le tour du monde avec le ballet que nous avons présenté pour la fête de la musique. Comme les dates de représentations de ce ballet ne sont pas encore toutes fixées, nous ne savons pas encore quand la tournée va se terminer. - Cela me rend triste, mais j’espère que ça te permettra de faire une grande carrière dans la danse. Je suivrai chacun de tes ballets qui passeront à la télévision et je conserverai chaque article qui te concernera. - Je te remercie et dès que j'aurai la possibilité de revenir sur Bordeaux, je ne manquerai pas de venir te voir. Et je vais également conserver tous les articles qui te concerneront ou qui concerneront ta famille. Cette séparation me rend vraiment triste. J’aurais tellement aimé rester plus longtemps ici avec toi. - Moi aussi cela me rend triste mais c’est une chance unique pour toi et qu’il faut saisir. Je t’aime Boris et rien ne pourra changer ça. Nous avons été unis durant toute cette année et pour moi ce fut de grands moments de joie que d’être en ta compagnie." Et ce fut sur une dernière nuit d'amour qu'ils se quittèrent. Mais à peine deux semaines après le départ de Boris et avec un succès à chacune de leur représentation, Quentin entendit une terrible nouvelle à la télévision. C’était le 08 juillet 2014, Quentin venait à peine de réussir son master de droit commercial, au cours d’une après-midi, à l’occasion d’un flash spécial. Les programmes de toutes les chaînes nationales furent interrompus pour annoncer la dépêche. " Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, veuillez nous excuser pour cette interruption momentanée de nos programmes, mais nous venons d'apprendre une terrible catastrophe aérienne. L'avion qui transportait les danseurs français, issus des différents corps de ballets de plus grands opéras de l'hexagone, s'est écrasé sur la piste de l'aéroport de Los Angeles alors que l'avion s'apprêtait à se rendre à Tel Aviv pour leur prochaine représentation. A l'heure où nous prenons l’antenne et selon les nouvelles de notre correspondant local, il n'y aurait aucun survivant. Lors de son décollage de la piste de l'aéroport, le pilote de l'avion avait remarqué un problème d'ordre mécanique. Voulant revenir sur la piste, il amorça un demi-tour et manqua de hauteur. C'est alors que l'avion explosa après s'être traîné sur plusieurs dizaines de mètres. On nous communique juste à l'instant la liste des victimes de cette catastrophe aérienne. Comme nous vous le disions au début de ce communiqué, il n'y a aucun survivant Les dix-huit danseurs et danseuses ainsi que les quatre membres d'équipage, le pilote, le copilote et le mécanicien de bord, soit un total vingt-cinq personnes, ont tous péri dans le crash de l'appareil affrété par une compagnie aérienne américaine. Le ministère des affaires étrangères à mis en place une cellule de crise et vous pouvez donc, dès maintenant, vidéophoner au numéro qui s'affiche en bas de votre écran et qui est le : 01 54 75 10 00. Vous saurez ainsi si une personne de votre entourage se trouvait à bord de l'appareil qui, je vous le rappelle, a fait vingt-cinq victimes. Le premier ministre français ainsi que le président des Etats-Unis, ont immédiatement demandé une enquête afin de connaître les circonstances exactes de cette catastrophe. Merci de votre attention, et nous ne manquerons pas d'intervenir de nouveau lorsque nous aurons de plus amples renseignements. En attendant, reprenons le cours de notre programme." Aussitôt qu'il eut noté le numéro du vidéophone, Quentin composa celui-ci afin de savoir si Boris se trouvait bien à bord de l'avion. Quand il eut confirmation de sa présence et donc de son décès, il fit tout pour que le corps et que les obsèques de Boris soient organisées au plus vite. Il fit rapatrier son corps en France par l'intermédiaire de la société de rapatriement funéraire de son père, après qu'il lui eut parlé pour quelle occasion c'était. Et dans le cimetière de Bordeaux, deux jours après le rapatriement, le jeune danseur eut le plus beau des enterrements que la ville eut pu connaître. Les funérailles du jeune homme eurent lieu le jour même de son anniversaire, le 12 juillet 2014. Il aurait dû avoir vingt-trois ans ce jour là. Lors de la cérémonie Quentin fit passer la musique d’un chanteur que Boris et lui appréciaient beaucoup et qui était mort lui aussi assez jeune. Il s’agissait de Grégory Lemarchal et se fut la chanson "De temps en temps" que tout le monde put entendre dans la cathédrale. Etrangement, Boris Gordenkov reposait dorénavant juste à côté de la tombe d'un autre ami de Quentin : Damien Daguet. Le danseur étoile était enterré avec ses parents. Sur les deux tombes se trouvait, sur une plaque en marbre rose, la même inscription : "A l'ami que j'ai su aider dans les moments difficiles mais qui m’a quitté beaucoup trop tôt. Adieu ! Que Dieu te protège là-haut dans les cieux." Un ange blanc avait été gravé à chaque extrémité de l’inscription. Mais il fallait que Quentin, bien qu’anéanti par cette disparition tragique, passe sur ce terrible événement et se concentre sur la prochaine année scolaire, même s'il avait perdu un garçon qu'il aimait beaucoup mais que le destin avait éloigné de lui pour toujours. Il se sentait étranger de son corps en ces moments durs. Il ne pensait plus qu’à travailler ses cours, même en cette période de vacances estivales. Plus rien d’autre ne comptait pour lui que ces instants d’évasion pour ne plus à avoir les visages de Yoann, toujours aux Etats-Unis, François, parti pour Toulouse, Damien et Boris, qui reposaient tous deux dans le cimetière de Bordeaux. Seul Nicolaï était à ses côtés et le soutenait aussi bien qu’il pouvait même si n’était pas toujours évident. Nicolaï avait peu connu Boris mais il savait que Quentin l’avait sincèrement aimé et cela le touchait de son savoir son ami triste. Il essayait donc de tout faire pour le rendre plus joyeux en le sortant le plus possible.
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