12 C'était enfin le grand jour pour Quentin et son ami Damien. Ils entraient, en ce lundi 05 septembre 2005, dans la cour des grands. Les deux jeunes adolescents, qu’ils allaient et qu’ils étaient pressés devenir maintenant, arrivèrent devant les grilles du collège. La limousine de Bernard Villars les déposa devant la grille de l’établissement. S’arrêta derrière celle-ci deux gros véhicules noirs d’où sortirent quatre hommes vêtus de costumes sombres. " Nous y voila, dit Quentin. - Oui ! Affirma Damien. Le collège où on va passer nos quatre prochaines années. - Tout à fait ! Et je peux même t’assurer que ça ne durera pas plus longtemps pour nous car on sera toujours présent l’un pour l’autre pour s’aider pour les cours. - Oui on le fera même si on n’est pas dans la même classe et c’est une promesse que je te fais. - Oui moi aussi je te fais cette promesse." Plusieurs centaines d’autres élèves, des classes de sixième et de cinquième puisque les quatrième et les troisième rentraient le lendemain, étaient déjà massés dans la cour de l'établissement scolaire, le collège de Cheverus. Beaucoup d’entre eux se connaissaient déjà et parlaient de leurs vacances. D’autres, moins timide que Quentin et Damien, commençaient à établir quelques contacts et faire plus amples connaissances avec des élèves, notamment avec les redoublants, qui seraient dans leur classe. Des pancartes avaient été posées à divers endroits de la cour afin que les élèves, en fonction de la feuille de rentrée qu'ils avaient reçue quelques jours auparavant du principal du collège, aillent dans la bonne classe. Quentin se retrouvait en sixième trois et Damien était en sixième un. Ils avaient voulu attendre la dernière minute pour regarder la lettre qui joignait la liste des fournitures scolaires. Ils ne voulaient pas être confrontés plus tôt à ce qu’ils constataient maintenant. Lorsque Damien se rendit compte qu'il ne serait pas dans la même classe que Quentin, il alla le voir l’air un peu effrayé et sans trop savoir comment réagir pour estomper ce stress de l’inconnu sans son meilleur ami. " Quentin, nous ne serons pas dans la même classe cette année. Je n’ai pas trop envi de me retrouver au milieu d’inconnu. - Ne t’inquiète pas tant que ça Damien, dit Quentin en essayant de rassurer son ami. Je suis sûr que tu vas te faire plein de nouveaux potes. J’ai envi que tu t’ouvres un peu plus aux autres. Il ne faut pas que tu restes enfermer dans ton cocon. - C’est plus facile à dire qu’à faire. Toi je te connais depuis longtemps. Les autres sont de parfaits inconnus pour moi. - Imagine toi que tu fais ta première rentrée des classes et qu’il faut que tu fasses la connaissance d’autres personnes. Comme tu l’as fait lorsque nous nous sommes connus à la maternelle. - Tu as peut-être raison. De toute façon nous pourrons toujours nous voir pendant les récréations. On pourra s'amuser comme lorsque nous étions à l’école primaire. - Oui, mais nous ne pourrons plus jouer à nos jeux de gamins. Nous sommes maintenant au collège et il va falloir nous comporter comme tous les ados qui apprennent ici. Les jeux de gamins s’est bien pour ceux qui sont à l’école primaire, mais plus pour nous. - Oui ça je le sais très bien Quentin. Il va donc falloir que nous ayons d'abord une période d'observation et d’adaptation afin de savoir quels sont les jeux auxquels ils s'amusent pour que nous ne passions plus pour des gamins ridicules et puis on s’est fait une promesse. - Oui et on va s’y tenir parce qu’on est les meilleurs amis et qu’on se séparera jamais. - On restera toujours ensemble parce que tu es mon ami et même plus tu es mon frère…" Mais au moment où Quentin allait rajouter quelque chose, la sonnerie annonçant la fin de la tranquillité retentit. Alors Damien alla rejoindre les élèves qui seraient dans la même classe que lui, des larmes commençaient à humidifier ses yeux mais il se retint de pleurer pour ne pas passer pour un gamin mais c’était aussi pour montrer à son ami qu’il était plus fort qu’il ne voulait le laisser croire, et Quentin ceux de sa classe. Ensuite, un professeur vint s'occuper de chacune des classes disposées tout autour de la cour de récréation et emmena leur classe vers leur salle. Quentin monta avec le reste de sa
classe au deuxième étage de l'établissement. Leur professeur principal était un
tout jeune enseignant qui donnait des cours pour la première fois. L’enseignant
était originaire de l’est de Pour faire connaissance avec ses élèves, comme faisaient tous les professeurs, il fit noter sur une demi-feuille, les noms, prénoms, date de naissance, ainsi que les adresses de chacun des élèves. En complément de cela, il demanda s'ils avaient des frères et/ou sœurs, la profession des parents et ce que les adolescents souhaitaient faire plus tard, si toutefois ils en avaient déjà une petite idée. Après dix minutes, quand tous les élèves eurent inscrit les renseignements demandés, le professeur ramassa les demi-feuilles et les consulta un instant afin de bien se familiariser avec chacun des élèves. Dès qu'il prenait en main une des feuilles, il demandait à l'élève dont il citait le nom, de se lever afin qu'il puisse mettre un visage sur le nom et savoir de qui il s’agissait exactement. Lorsque vint le tour de Quentin, comme le professeur n'était pas de la région, et même si le nom de famille ne lui était pas inconnu, il lui demanda également de se lever. Les autres élèves, qui connaissaient parfaitement le jeune adolescent, crièrent de joie lorsqu'il se mit debout. Les cris des jeunes gens s’entendirent jusqu’à chacune des extrémités du couloir. En entendant cela, Nicolas Fürscheim exigea, dans un premier temps, le silence le plus complet et regarda ensuite plus attentivement la feuille de Quentin. Lorsqu'il se rendit compte, en lisant plus attentivement la fiche, que Quentin était le fils du célèbre industriel Bernard Villars, il le fit immédiatement asseoir et fut ravi d'avoir un élève aussi prestigieux dans sa classe et pour sa première année d’enseignement. Il était tellement ému d’avoir le fils du plus grand industriel de l’hexagone, qu’il avait beaucoup de mal à parler et à dissimuler la joie qu’il éprouvait à avoir Quentin dans sa classe à tel point qu’il eut du mal à finir d’appeler le reste de ses élèves. Une fois que tous les élèves furent nommés, se présenta à sont tour à l’ensemble de la classe. Il s’appelait Dimitri Paolini, il avait 28 ans et enseignait pour la première fois. Il serait également leur professeur principal pour toute la durée de l’année scolaire. Il expliqua ensuite son rôle en tant que professeur principal. Après cette courte présentation, le professeur donna l'emploi du temps ainsi que les noms des professeurs qu'ils auraient tout au long de l'année scolaire. Dimitri Paolini, en plus d’être leur professeur principal, était celui qui leur ferait étudier les mathématiques et la science physique. Tout jeune diplômé, il poursuivait une thèse en même temps qu’il enseignait. Il étudiait la répercussion de la physique quantique sur le monde moderne. C’était un professeur promit à une belle carrière dans la physique s’il parvenait à mener sa thèse à son terme. Les premiers de cours de la matinée se terminaient. Après avoir passé deux heures avec leur professeur principal, les élèves allèrent en cours de français pendant encore deux heures. Entre ces deux cours, tous les adolescents se retrouvèrent dans la cour de récréation. Damien en profita pour aller rejoindre Quentin et discuter avec lui des deux premières heures de cours et des professeurs qu’ils allaient avoir. Par chance ils avaient trois professeurs en commun. Celui qui leur enseignerait le français, l’anglais et l’histoire-géographie. Cependant Damien semblait inquiet pour le reste des cours. Il était perdu sans Quentin à ses côtés. Il avait beaucoup de mal à gérer cette séparation et son ami s’en rendait bien compte mais ne savait pas comment faire pour rassurer Damien. D’ailleurs lui aussi était perdu sans son meilleur ami. Leur entrée au collège éprouvait durement leur amitié et ni l’un ni l’autre ne savait réellement comment faire pour surmonter cet obstacle afin que leur amitié perdure et qu’elle soit toujours aussi forte malgré la séparation. Du fait de la notoriété du jeune Quentin et aussi de la position délicate qu’occupait Damien, Bernard Villars leur avait octroyé une protection rapprochée efficace mais qui devait se montrer discrète donc durant tous les cours, la consigne donnée aux gardes du corps de Damien et Quentin furent de se faire le plus discret possible sans pour autant les quitter des yeux un instant. Ils assistèrent donc à chaque cours mais du fond de la classe. Toutefois ils étaient toujours positionnés pour intervenir rapidement en cas de besoin. Cette protection avait été minutieusement choisie, il s’agissait de jeunes hommes et femmes qui pouvaient facilement se fondre dans la masse des élèves même s’il était évident qu’ils étaient plus âgés que de simples collégiens. Toutefois afin d’éviter tout problème il y eut une exigence de la part de monsieur Villars. C’était qu’aucun garde du corps ne possède d’arme sur lui afin d’éviter tout problème en leur présence. Pour compenser ce manque, les gardes du corps étaient experts en arts martiaux. Après les dernières heures de la matinée, Quentin, qui était externe, rentra à la villa avec la limousine qui l'attendait devant les grilles du collège. L'après-midi, de retour au collège, il suivit les cours de science de la vie, d'anglais et de sport. Pendant ce dernier cours, il commença à ressentir quelque chose d’étrange se passer en lui envers l’un de ses camarades. Il était dans les vestiaires avec les autres garçons de sa classe. Ils étaient en train de se changer pour se mettre en tenue de sport, certains en short et d’autres en survêtement. Quentin se trouvait à côté de son nouveau copain de classe. Il avait rapidement sympathisé avec Yoann Blanchet qui s’installa à côté de Quentin à chacun des cours. Yoann était un jeune homme déjà un bel adolescent pour son jeune âge même s’il avait tout de même deux ans de plus que Quentin. En effet il avait déjà redoublé une fois sa classe de 6e dans l’ancien établissement où il était avant d’arriver sur bordeaux. Mais comme le dossier scolaire de Yoann n’était pas parvenu à son nouvel établissement suite à un incendie qui avait ravagé les archives de son ancien collège il avait dû refaire une troisième fois son année de 6e. Donc du haut de ses 12 ans, Yoann ressemblait plus à un adolescent qu’à un garçon sortant tout juste de l’enfance comme Quentin. Il était brun aux yeux verts et faisait déjà près d’un mètre soixante. Le rapide attrait de Yoann pour Quentin avait d’abord surpris ce dernier mais au final cela ne le gênait pas tant que ça. Il était même ravi d’avoir un nouvel ami. Tous deux étaient en train de mettre leur short, lorsque Quentin regarda Yoann. Il sentit en lui une sorte de pulsion qui le poussait vers son copain de classe. Il essaya de chasser cette attirance de sa tête. De son côté, Yoann mit son short sans jeter un coup d'œil sur Quentin, mais une légère rougeur à ses joues montrait que l’adolescent était tout de même embarrassé et n’était, de ce fait, pas totalement insensible aux charmes de son camarade. Il se forçait même à ne pas regarder Quentin de peur de commettre l’irréparable. La présence des gardes du corps n’était pas vraiment non plus pour le rassurer. De plus il ne savait pas trop quel type d’attirance il pouvait bien avoir pour Quentin même si pour lui il connaissait déjà ce qu’il pouvait ressentir pour les garçons. D’ailleurs celui-ci ne savait pas trop non plus à quoi s’en tenir avec ce qu’il avait ressenti pour Yoann. Durant toute la séance de sport, Quentin repensa à ce qu'il avait éprouvé lorsqu'il avait vu Yoann en boxer. Cette pensée le torturait tellement qu'il eut beaucoup de mal à se concentrer sur ce que lui disait le professeur et sur les exercices à faire. Lorsque les deux heures d’éducation physique furent terminées, Quentin retourna avec tous les autres élèves dans les vestiaires pour prendre une douche et se changer. Il pénétra dans la pièce sans vraiment trop se presser. A l'intérieur, Quentin se tortura pour empêcher ses attirances, qu’il avait du mal à accepter, pointer au grand jour. Pour cela, il fut le premier à prendre sa douche et à s'habiller afin d'être encore le premier à quitter le gymnase et à regagner le domicile de ses parents dans le véhicule des gardes du corps puisqu’ils refusait dorénavant d’aller au collège en limousine. Arrivé à la villa il alla s'enfermer dans sa chambre et pleura à chaudes larmes jusqu’à l’heure du. Heureusement pour lui, il n’y avait personne dans la maison lorsqu’il franchit le seuil pour aller directement dans sa chambre pour n’en ressortir que pour le dîner. Après le repas du soir, lorsqu’il se réfugia de nouveau dans sa chambre, il se demanda pourquoi il ressentait de telle chose pour un autre garçon. Un adolescent normalement constitué devait éprouver ce genre d’attirance pour une fille. C’était ce que l’on lui avait toujours dit et c’était ce qu’il s’était toujours pensé à croire. Pourquoi alors lui ressentait de tels sentiments pour les garçons. Il se disait qu’il n’était pas normal et qu’il était la honte de sa famille qui espérait tant en lui. Après une nuit de sommeil fort agitée, dès qu’il fermait les yeux il voyait Yoann en sous-vêtements et même parfois tout nu, Quentin retourna au collège où il retrouva Damien mais il lui adressa même pas la parole tellement il était perturbé par sa nuit. Il ne chercha d’ailleurs pas à le sortir de son silence car il voyait bien qu’il n’était pas bien et pour le connaître depuis la maternelle il savait qu’il ne pourrait rien en tirer dans ces conditions. Quentin n’arrivait pas à s’expliquer ce qui lui arrivait et il ne voulait pas admettre, du moins pour le moment, cette attirance pour les garçons et notamment pour son nouveau copain de classe. Et lorsqu'il fut en classe, ce fut la même chose avec Yoann quand il se fut assis à côté de lui. Yoann ne comprenait pas le silence de Quentin même s’il pensait savoir de quoi il s’agissait puisqu’il portait une attention toute particulière à son nouvel ami. Il préféra remettre la discussion qu’il voulait avoir avec Quentin à un peu plus tard. Ce fut lors de la récréation que Quentin alla voir Yoann pour lui parler quelques instants. Avant ça il discuta un petit peu avec Damien puis s’entretint un instant avec ses gardes du corps pour leur demander de se tenir hors d’écoute de la conversation qu’il allait avoir et finalement alla rejoindre Yoann. " Yoann, pourrais-je te parler dans un coin tranquille ? - Bien sûr Quentin ! Je voulais moi aussi te parler. Viens par ici, dit Yoann en entraînant Quentin vers les toilettes. Que t'arrive-t-il ? Demanda-t-il enfin, après qu'il eut vérifié que toutes les cabines étaient totalement libres. Tu as l’air bien perturbé. - Je ne sais pas si tu l'as remarqué hier, pendant le cours de sport, mais je n'étais pas tout à fait dans mon assiette, dit Quentin après avoir demandé à ses protecteurs de l’attendre à l’extérieur et d’interdire à tout le monde de rentrer. - Il aurait fallu être aveugle pour ne pas le remarquer. Tout le monde s’est demandé ce qui t’arrivait. Tes gorilles étaient aussi sur le point de bondir à tout instant. On m’a toujours dit que tu étais un mec attentif, très sérieux dans tes études, et hier en sport c’était loin d’être ça. Enfin ce que j’ai surtout constaté c’est que j’ai cru que tu avais le feu au cul, lorsque je t'ai vu prendre ta douche à une vitesse phénoménale, t'habiller tout aussi vite et partir encore plus vite que le concorde. Alors, qu'est-ce qui t'arrives ? - Voilà ! Mais avant, je voudrais que tu me jures que ce que je vais te dire ne te feras pas rire ou ne te mettras pas en colère et que l'on restera toujours copains, et surtout que tu ne le diras à personne. - Nous ne nous connaissons que depuis hier, mais oui, bien sûr ! Je te le jure ! Mais tu commences sérieusement à m'inquiéter. - Je sais que je peux avoir confiance en toi. Je ne sais pas trop pourquoi mais je le sais. Hier, lorsqu'on se changeait pour le cours de sport, j'ai ressenti comme une attirance envers toi, quand je t'ai vu en boxer. Mais c’est complètement stupide un mec peut pas avoir d’attirance envers un autre mec surtout à notre âge. - Ce n'est que ça ! Mais il ne faut surtout pas dramatiser là-dessus. Je vais moi aussi t'avouer une petite chose. J'ai douze ans, et je dois dire que même si je n'ai que deux ans de plus que toi, j'ai également ressenti une forte attirance pour toi. C'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle je suis à côté de toi à chaque cours. Et tu ne l’as certainement pas remarqué, mais j’étais rouge comme une tomate lorsque tu te changeais et tout au long du cours de sport. J’espérais à chaque minute que tu me remarques et que tu viennes me parler durant le cours mais il n’en a rien été. - Non je ne l’avais pas remarqué. Mais alors, ça veut dire que tu es attiré par les garçons. Moi, ces sentiments me font peur. Non pas que je ne supporte pas les pédés, mais il faut être malade pour penser qu'un garçon peut aimer un autre garçon. - Tu as tort de refouler tes sentiments. Il ne faut pas lutter contre ce que l’on est. De plus, si tu lisais le journal de temps en temps ou même les revues scientifiques, ou encore si tu regardais les reportages à la télé, puisque tu as l'air d'être intelligent, tu t'apercevrais qu'il y a prêt de quinze ans que l'homosexualité, parce qu'il faut appeler les choses par leur nom, n'est plus considérée comme une maladie mentale. - Mais comment espères-tu faire reconnaître ta sexualité, puisque tu es encore mineur ? - Là, je n'ai pas encore trouvé la réponse, mais je pense plutôt que je le dirai à mes parents quand je serai majeur sauf cas imprévu et puis de toute façon pourquoi précipiter les choses. Il faut voir avec le temps comment ça va se passer. - Mais n'as-tu pas peur d'être la risée de toute la classe et que tes parents devinent que tu es pédé ? - Je n'ai pas peur de tout ça ! Et puis je me sens parfaitement bien comme je suis et si les autres ne sont pas contents, je n'en ai rien à foutre. Et puis, regardes par toi-même. Crois-tu qu’avec mon allure et mon visage, je puisse longtemps tromper les autres. Et en ce qui concerne mes parents, je n’ai plus que ma mère. Mon père est décédé il y a presque dix ans dans le crash d’un avion. Il était commandant de bord. Du coup je l’ai à peine connu. Il faut aussi que tu acceptes ma sexualité qui est également la tienne. - Je suis désolé. Je ne voulais pas te blesser mais je ne me sens pas encore prêt pour accepter cet état de fait. Ca me dépasse d’aimer un autre garçon, car j’avais toujours imaginé faire ma vie avec une fille, me marier et avoir des enfants. - Pour ma part, ce n’est pas grave. Avec le temps je l’ai pris sur moi. Et puis ça ne me gêne pas trop de t’en parler, car je t’aime bien. - Pour être totalement honnête avec toi, et vu ce que l’on vient de se dire, je crois que c’est un peu ce que je ressentais pour mon meilleur ami. Mais ça s’est transformé en une très forte amitié pour lui. - Je pense que ça doit souvent commencer comme ça même si ça n’a pas été le cas pour moi. En tout cas ton ami a vraiment beaucoup de chances de t’avoir. - Et j’ai aussi énormément de chances de l’avoir. Il me manque beaucoup depuis que nous sommes entrés au collège. Tu vois nous ne sommes pas dans la même classe et ça m’ennuie." Quentin finit sa phrase au moment même où la cloche qui annonçait la fin de la récréation retentit. Alors ils sortirent des toilettes et regagnèrent la salle de classe et comme si de rien n'était, ils reprirent leur place, toujours assis l'un à côté de l'autre. Il fallait bien reconnaître que Yoann, avec ses cheveux bruns et ses yeux verts, ne ressemblait pas tellement à l’image que l’on pouvait se faire d’un garçon. Il avait les traits du visage fins et son allure générale était assez féminine. Tout ceci était renforcé par un corps mince et une taille relativement élancée. Mais, malgré tout, personne ne semblait vouloir lui faire la moindre remarque ou même l’intimider ou l’insulter. Tout au long de la journée, ils gardèrent le silence sur ce qu'ils s'étaient dit au cours de la récréation du matin dans les toilettes. Toutefois il ne pouvait s’empêcher de se regarder de temps en temps et se sourire en rougissant légèrement. Le soir, lorsque les cours furent terminés, Quentin, avant d'aller rejoindre le véhicule de ses gardes du corps, un magnifique tout terrain noir aux vitres fumées et à la carrosserie blindée, rejoignit Yoann pour lui parler de nouveau en tête en tête. " Yoann, attends-moi ! Dit Quentin qui courait pour le rejoindre. J'ai quelque chose à te demander. - Vas-y, mais dépêches-toi sinon je vais rater le bus. - Je voudrais savoir si tu serais d'accord pour venir chez mes parents ce week-end ? - Pas de problème ! Je serais même ravi d'y aller mais il faut tout de même que je demande l’autorisation à ma mère. - OK ! Alors je te dis à demain en classe. Passes une bonne soirée et une bonne nuit. - Merci ! Toi aussi Quentin ! Et à demain !" Pendant le trajet qui le ramenait à la villa et pendant toute la soirée, Quentin repensa à ce que lui avait dit Yoann le matin même. Alors dès qu’il fut dans sa chambre, il consulta tous les ouvrages qu’il avait en sa possession et qui aurait pu parler de cette chose qu’il n’osait pas encore prononcer : l’homosexualité. Possédant un ordinateur dernière génération depuis peu, il fit même une consultation sur internet sur le sujet. Une fois qu’il eut tout regardé, il se fit un petit dossier personnel sur cette sexualité encore bizarre à ses yeux puis il alla dîner mais il n’oublia pas de sauvegarder ce qu’il avait fait et d’y mettre un mot de passe pour éviter que n’importe qui tombe dessus par mégarde. Au moment d’aller se coucher, il essaya de ne plus penser à cette "différence" qu’il considérait toujours comme anormale, même si son point de vue commençait à changer à ce sujet d’une part grâce à ce que lui avait dit Yoann, à qui il pensait beaucoup, et d’autre part grâce aux recherches qu’il avait fait. Mais même durant son sommeil il ne pouvait s'empêcher de penser à Yoann et à ce qu'ils pourraient faire ensemble. Le lendemain et pendant toute la semaine, Yoann et Quentin s'amusèrent et apprirent leur cours ensemble. Quentin en oublia même son ami d’enfance qui, de son côté, s'était également fait de nouveaux amis au sein même de sa classe et finalement très peu d’ennemis. Damien aussi apprenait ses cours avec des camarades de classe. Leurs heures de cours ne correspondant pas tout le temps, ils finirent petit à petit par se perdre de vue, tout du moins au collège, car lorsque la journée était finie, et comme Sylvie Daguet avait déménagé pour habiter non loin de la demeure de la famille Villars, les deux adolescents se voyaient toujours autant puisqu'ils apprenaient leurs leçons le plus souvent possible ensemble et s'aidaient mutuellement dans les cours qu'ils n'avaient pas très bien compris. A la fin de la semaine, comme prévue et avec l’accord de sa mère, Yoann alla à la villa, emmené par celle-ci. Le samedi après-midi, après les cours et le déjeuner, vers quatorze heures trente, la voiture de madame Blanchet s’arrêta devant la grille de la villa des parents de Quentin Villars. Après identification et vérification ils purent dépasser le portail électrique et s’approcher de la maison. Même en connaissant la notoriété de la famille Villars ils ne s’étaient pas attendus à une si grande sécurité mais cela les rassurait aussi d’un autre côté. Yoann avait apporté avec lui quelques cours à réviser avec son copain ainsi que quelques affaires pour qu'il puisse passer tout le week-end avec Quentin et s’amuser comme deux adolescents. Lorsque Yoann arriva à la villa, Quentin l'attendait impatiemment sur le pas de la porte. Il faisait les cents pas depuis que la sécurité avait annoncé leur arrivée. Lui aussi était très heureux que Yoann vienne passer le weekend end chez ses parents. " Viens Yoann, rentres vite, je vais te présenter à mes parents. - J'arrive ! Dit Yoann qui descendait tout juste de la voiture de sa mère. Laisse-moi tout de même le temps de prendre mes affaires. - Oui, c’est vrai. Excuses-moi ! - Pas de soucis je dis au revoir à ma mère et j’arrive. - OK !" Il prit ses affaires dans le coffre
de " Papa, maman, je vous présente Yoann Blanchet. Il est en cours avec moi. Et c’est... euh... mon nouveau copain. - Bonjour Yoann, dit Bernard en s'avançant vers l’adolescent pour lui serrer la main. Je suis très heureux de faire ta connaissance et de t'accueillir dans ma demeure. - Bonjour monsieur ! Votre accueil me touche beaucoup et vous me voyez enchanté d'avoir accepté l'invitation de votre fils Quentin. - Quel flatteur ! Dit Nicole en riant. Pour te prouver notre joie de te connaître, nous voudrions savoir ce que tu aimerais manger pour le repas de ce soir, demanda-t-elle tout en s'approchant des deux adolescents. - Eh bien... Je ne sais pas trop, mais j'aurais bien aimé manger un soufflet au fromage. Ca fait longtemps que ma mère n’en a pas préparé. - Pas de problème Yoann ! Tu auras ton soufflet au fromage pour le dîner. - Je vous remercie infiniment madame mais ne vous tracassez pas pour le repas je peux m’accommoder de ce que vous allez préparer. - Viens Yoann, dit finalement Quentin. On va aller faire le tour du propriétaire et je montrerai où tu vas dormir. - D’accord Quentin ! Je te suis." Les deux garçons partirent directement vers la chambre de Quentin que Yoann allait partager avec lui malgré que la villa comportait de nombreuses chambres spacieuses et confortables. Ce fut la seule exigence de jeune homme de pouvoir partager sa chambre avec son copain de classe. Là, Quentin fit voir à Yoann sa console de jeux, une PlayStation 2, et immédiatement les deux adolescents jouèrent avec oubliant complètement de poursuivre la visite de la propriété. Pendant trois heures ils jouèrent avec acharnement à un jeu d'action qui était numéro un dans toutes les revues spécialisées dans les jeux pour console. Ce jeu était God of War. Quentin l’avait attendu pendant longtemps et l’avait acheté dès sa sortie à la fin du mois de juin. Ensuite, comme ils en avaient assez de jouer à la console, et qu’ils avaient quasiment fait le tour de tous les jeux qui plaisaient aux deux adolescents, Quentin proposa un choix à Yoann vu que tous deux en avaient un peu marre de jouer à l’intérieur alors qu’il faisait encore beau dehors en ce début septembre. " Qu'est-ce que tu voudrais faire maintenant ? Il nous reste encore deux heures avant que le dîner soit prêt. Je te propose un tennis, la piscine ou encore un sport un peu plus fatiguant puisqu'il s'agit d'un foot. Que choisis-tu ? - Je ne suis pas très porté sur le foot et piquer une tête dans la piscine ne me tente pas trop pour le moment donc je serais plutôt d'accord pour que l'on fasse un tennis. Le temps pour moi de m'habiller dans la tenue adéquat et je suis à toi. - Parfait ! Alors va pour le tennis. Je te laisse te préparer. Moi je vais aller me changer dans la chambre de ma sœur. Ca m’évitera toute tentation comme ça, dit Quentin en faisant un sourire à Yoann tout en rougissant comme une pivoine." Durant les deux heures qui les séparaient du dîner, ils jouèrent au tennis et à la fin du match, ce fut Yoann qui gagna la partie. Il la remporta parce que Nicole les avait appelés pour le repas. Il était un remarquable joueur de tennis et Quentin fut bien content de jouer contre lui-même s’il aurait préféré être le vainqueur. Ce qui n’aurait peut-être pas déplu à Yoann vu les sentiments qu’il éprouvait pour son copain. Mais cela il le gardait bien sagement pour lui parce qu’il ne voulait pas encore le dire ouvertement à Quentin qu’il était follement tombé amoureux de lui depuis le premier jour. En effet, il ne se passait pas un moment sans que Yoann pensait ou regardait son nouvel ami. Même la nuit il rêvait de lui. Des rêves souvent très érotiques qui le mettaient dans tous ses états. Mais contrairement à Quentin il n’avait pas honte de ces rêves même s’il n’en disait rien à personne. Après le repas du soir, que Yoann avait trouvé absolument merveilleux, surtout le soufflet que Nicole avait réussi à préparer, Quentin et lui allèrent dans la chambre, qu’ils partageraient durant toute cette fin de semaine, pour prendre une douche et se changer. Nicole avait elle-même fait le soufflet au fromage puisque, comme tous les weekend end, les époux Villars avaient donné leurs deux jours à leurs employés de maison. Elle avait mis du temps pour réussir ce plat. " Maintenant que nous sommes que tous les deux, commença Yoann, j'aimerais bien que l'on prenne la douche ensemble, si toutefois tu es d'accord. - J'aimerais bien, mais j'ai peur. Je ne sais pas encore si je suis prêt pour ça, même s’il est indéniable que je ressens quelque chose pour toi. - Je comprends et je n'insiste pas. Alors qui y va en premier, toi ou moi ? - Vas-y en premier, j'ai encore une petite chose à faire. - OK Quentin ! C'est comme tu veux." Alors Yoann se déshabilla en présence de Quentin qui ne savait plus trop où se mettre et alla, en boxer, dans la salle de bains, adjacente à la chambre, pour y prendre sa douche. Une demi-heure plus tard, il en ressortit avec sa serviette autour de la taille. Aussitôt Quentin le remplaça sans jeter un regard à Yoann de peur de ne pouvoir se contrôler et il réapparut dans la chambre après vingt minutes. Il avait lui aussi mis sa serviette autour de la taille mais sous celui-ci il avait tout de même mis son boxer. Durant le reste de la soirée, comme les deux jeunes gens s'étaient beaucoup dépensés, ils restèrent bien calmement dans la chambre où ils regardèrent la télévision tout en révisant leurs cours et se couchèrent assez tôt finalement puisqu’il était à peine vingt-deux heures trente lorsque Quentin éteignit télévision et lumière. La chambre ne comportant qu’un seul lit suffisamment grand pour les contenir tous deux, Quentin et Yoann dormirent ensemble. Elle était merveilleusement disposée. Le lit faisait face à la télé qui avait été placé sur un meuble adéquat sur lequel on pouvait également trouver la console de jeux et le lecteur de DVD. A droite du lit il y avait le bureau où se trouvait l’ordinateur de l’autre côté, et parce que la taille de la chambre le permettait, il y avait une table avec 4 chaises qui permettait à Quentin de pouvoir travailler à son aise. Le tout était agrémenté de deux tables de nuit disposées de chaque côté de la tête du lit et d’une grande armoire comportant un immense miroir. Mais, en pleine nuit, Quentin se réveilla en sursaut, car il avait senti quelque chose frôler son corps. Il s'agissait de la main droite de Yoann que celui-ci avait posé sur l'abdomen de Quentin. Ce dernier ne bougea pas d’un centimètre faisant croire à son copain qu’il dormait toujours profondément. Quand Yoann, se réveillant à son tour, s'aperçut que sa main était sur le corps de Quentin, il tenta de l'enlever mais ce dernier, comme par instinct, l'en empêcha. Ainsi ils se blottirent dans les bras l'un de l'autre et finirent la nuit dans cette position. L’un et l’autre se sentaient rassurés de se savoir enlacés. Cela renforcé l’amour naissant qu’ils éprouvaient l’un envers l’autre. Au petit matin, pour éviter des remarques de la part de Nicole lorsqu’elle vint frapper à la porte de la chambre pour les réveiller, ils se séparèrent pour se mettre chacun dans un côté du lit. Lorsqu'elle fut passée, les deux adolescents se levèrent et quand ils furent habillés, ils se rapprochèrent l'un de l'autre et, tout naturellement, ils s'embrassèrent pendant de longues secondes sur la bouche en guise de bonjour. C’était le premier baiser que Quentin faisait à quelqu’un et même si cela lui fit bizarre de le faire à un garçon il trouva cela agréable. Il se rendit compte que Yoann avait les lèvres douces et sensuelles. Le restant de la journée, les deux adolescents jouèrent et mangèrent sans que quiconque puisse deviner ce que les jeunes gens avaient fait le matin même au saut du lit. Cependant Quentin évitait de croiser le regard de son ami Yoann de peur de trahir les sentiments qu’il éprouvait pour lui. Sentiments qu’il ne voulait pas encore totalement admettre mais qu’il ne pouvait plus réprimer non plus complètement. En fin d’après-midi, avant que Yoann ne retourne chez sa mère, ils s'isolèrent tous les deux dans la chambre et discutèrent un long moment. " Quentin, commença Yoann, il ne faut surtout pas dramatiser sur ce que nous avons fait ce matin. Faisons comme si rien ne s'était passé même si j’ai constaté que tu as évité mon regard pendant toute la journée. - Faire comme si rien ne s'était passé. Tu en as de bonnes. Nous nous sommes embrassés tout de même. Donc je ne veux pas et ne peux pas faire comme si rien ne s'était passé et de toute façon, je n’en ai pas envi, car je ne regrette pas le moins du monde ce que nous avons fait. Et puis si j’ai évité ton regard toute la journée, c’était pour éviter de trahir mes sentiments pour toi-même si je ne sais pas trop quels sentiments exactement j’ai pour toi. Je suis encore un peu perdu dans tout ça. C’est tellement nouveau pour moi. - Moi non plus je ne le regrette pas, mais il faut que personne ne sache que nous nous sommes embrassés et que nous sommes attirés l'un par l'autre, car je t’aime mais ça tu le sais déjà, enfin je l’espère. Notre amour doit rester absolument secret. Je suppose que tu devines pourquoi. - Je t’aime aussi, enfin je pense que c’est de l’amour que je ressens pour toi, et je devine parfaitement pourquoi il faut garder le secret. Mais je ne crains plus rien ni personne maintenant, sauf de mes parents peut-être, malgré tout je te jure que je ne dirai pas un mot. Ce sera notre secret. J’espère seulement que nous aurons bientôt l’occasion de pouvoir recommencer et, qui sait, même d’aller un peu plus loin. Même si ça me fait un peu peur." Avant de se séparer, car Yoann avait entendu la voix de sa mère et les bruits de pas qui venaient dans leur direction, ils s'embrassèrent une dernière fois sur la bouche, sans y mettre la langue comme ils avaient fait le matin même, et lorsque la porte s'ouvrit, les deux jeunes gens se séparèrent et se serrèrent la main et Quentin raccompagna Yoann jusqu'à la porte de la villa. " Yoann ! Je te dis à demain au collège. Passe une bonne soirée. - Ouais je vais essayer ! Passes également une bonne soirée et à demain, dit Yoann en faisant un clin d’œil discret à l’adresse de Quentin." Yoann déposa son sac dans le coffre de la Renault Mégane de sa mère et monta dans la voiture, à l’avant, juste à ce moment là, il fit un signe le plus discret possible à Quentin pour lui signaler qu’il l’appellerait le soir même pour discuter avec lui. Madame Blanchet démarra le véhicule après avoir dit quelques mots de gratitude et de reconnaissance aux parents de Quentin et les deux adolescents se dirent un dernier au revoir de la main. Intérieurement Quentin était triste de voir son nouvel ami partir si vite mais il était aussi joyeux de savoir qu’il avait une nouvelle personne sur qui compter et il attendait avec impatience le lendemain pour revoir Yoann au collège.
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