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            Le 06 septembre 2011, Quentin était de retour au lycée pour sa dernière année. Il pensait beaucoup à Yoann qui était parti depuis maintenant un mois. Il essayait de lui écrire ou de lui vidéophoner le plus souvent possible. Mais la distance était longue et leur amour s’effilochait un peu plus chaque jour. En plus, les communications vidéophoniques coûtaient relativement chers, même pour le fils d’un multi millionnaire.

 

            Yoann de son côté pensait également très souvent à Quentin et il était désespéré de le savoir si loin de lui. Il n’arrivait pas à se faire une raison sur sa relation amoureuse avec le fils Villars. Combien de fois lui avait-il écrit qu’il l’aimait toujours et qu’il pensait à lui tout le temps et Quentin de lui répondre que s’était pareil de son côté ?

 

            Cependant avec le temps le jeune Blanchet commença à se rendre compte que la distance posait un problème pour être près de celui qu’il aimait.

 

            Quentin lui aussi restait lucide et il savait parfaitement que son amour pour Yoann ne pouvait pas durer avec les distances qui les séparaient. Donc, afin de ne pas trop penser à lui, il se plongea dans ses cours pour décrocher son baccalauréat en lettres pour pouvoir ensuite se diriger vers une faculté de droit. Il essayait d’avoir une réussite professionnelle à défaut d’avoir une réussite amoureuse.

 

            Malgré tout, dans sa classe, il avait remarqué un jeune homme qui lui semblait connaître et qu'il trouvait particulièrement mignon. Après avoir congédié ses gardes du corps en août, que Bernard Villars accepta avec une certaine réticence, il avait aussi décidé de ne plus rentrer déjeuner à la villa et préférait prendre ses repas parmi les autres lycéens comme n’importe quel autre adolescent et là non plus et n’y avait aucun compromis possible.

 

            Ce fut donc lors du déjeuner qu’il alla s'asseoir à ses côtés et entama la conversation. Vêtu d’un pantalon et d’une chemise blanche, il était chaussé de baskets de marque Adidas. C’était un charmant jeune homme châtain aux yeux marron et de grande stature. Le large sourire qu’arborait le garçon faisait complètement chavirer Quentin.

 

            " Salut ! Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression de t'avoir déjà vu en quelque part, dit Quentin pour commencer la conversation.

            - C'est fort probable, puisque j'ai souvent fait la une de divers magazines. Je m'appelle François Delpreut.

            - C'est ce qu'il me semblait. Tu es le plus jeune français champion olympique en tir à la carabine. J'ai suivi chacune de tes compétitions depuis que j'ai vu que tu avais un aussi beau corps.

            - Je te remercie pour ton compliment qui me fait plaisir et il me semble comprendre que tu t'intéresses beaucoup à la beauté masculine. Eh bien ! Je vais te dire une chose, c'est que je ne te trouve pas mal du tout non plus.

            - Merci ! Ca te dirait de venir chez mes parents à la fin des cours afin d’essayer de travailler au calme ?, s’étonnant de parler aussi franchement à quelqu’un encore inconnu. Mais tu dis n’importe quoi, ajouta-t-il  pour lui-même.

            - Ouais ! Pourquoi pas !"

 

            Intérieurement Quentin était fou de joie que François ait accepté son invitation. François semblait lui aussi radieux de pouvoir connaître plus amplement le fils Villars qui ne le laissait pas totalement indifférent apparemment. Il n’ignorait qui était son interlocuteur puisque sa famille faisait régulièrement la une de différentes presses et il avait déjà vu à plusieurs reprises la photo de Quentin.

 

            Après le repas, ils continuèrent à parler ensemble dans la cours de récréation. Pour les cours de l'après-midi, ils essayèrent de se mettre l'un à côté de l'autre dans la mesure où cela était possible. Visiblement toutes les filles de la classe voulait se retrouvait à côté du jeune homme et il était parfois difficile à Quentin d’approcher François ce qui l’énerver et faisait pointer une certaine jalousie.

 

            En fin d'après-midi, une fois leurs cours terminés, ils prirent la limousine pour aller à la villa. Dès qu'ils furent arrivés, ils se dirigèrent immédiatement vers la chambre de Quentin sans se préoccuper de savoir si un membre de la famille était présent ou même prendre un encas en attendant le dîner.

 

            La porte refermée, ils se mirent au travail. Les classeurs, les cahiers et les livres ouverts sur le lit de Quentin. François pensa très vite à un autre style de cours. Il commença par s'approcher de Quentin et lui caressa la cuisse. Quentin le laissa faire et lorsque François voulut l'embrasser, Nicole Villars entra dans la chambre, sans prendre la peine de frapper, pour annoncer à Quentin qu’elle sortait pour aller à une réunion d’affaire. Aussitôt les deux adolescents se remirent à distance respectable et quand elle ressortit, François proposa à Quentin de venir passer la soirée dans son appartement. Quentin accepta immédiatement et comme il se trouvait seul dans la grande demeure, il laissa un mot à ses parents, puis les deux adolescents allèrent dans le centre ville de Bordeaux où François avait un splendide appartement de quatre pièces rien qu’à lui. Quentin se dit que son nouvel ami avait vraiment beaucoup de chances.

 

            Durant la soirée, les deux jeunes hommes firent leurs devoirs pour le lendemain et s'avancèrent même pour la semaine et après le dîner, ils regardèrent la télévision où ils passaient la rediffusion d'un film des années quatre-vingt-dix et qui s'intitulait "Pédale douce" sur Ciné Cinéma culte, une des centaines de chaînes de Canal Satellite numérique, Quentin la tête posée sur les cuisses de François et ce dernier lui caressant délicatement les cheveux tout en suivant le film.

 

            Celui-ci était suivi d’un documentaire que les deux adolescents ne souhaitaient pas regarder alors, à la fin du film, ils allèrent tranquillement se coucher dans le seul lit de l’appartement. Mais ils n’avaient pas vraiment envi de dormir, car ils espéraient bien qu'il arriverait quelque chose entre eux au cours de cette nuit. Ce qu'ils désiraient ne tarda effectivement pas à arriver.

 

            François avait éteint la lumière depuis à peine cinq minutes que déjà il commençait à caresser le corps dénudé de Quentin qui fit de même sur le corps de François. Doucement ils se rapprochèrent l'un de l'autre et s'embrassèrent. Leurs sexes érigés au maximum réclamaient également un besoin de caresses. François et Quentin s'empressèrent de s'emparer du sexe de l'autre et ils se masturbèrent jusqu'à éjaculation. Après ce premier contact, les deux adolescents s'endormirent, dans les bras l’un de l’autre, du sommeil du juste satisfait de ce premier échange intime.

 

            Le lendemain matin, ils prirent une bonne douche sous laquelle ils s'embrassèrent et se caressèrent tout en se lavant tout en restant sage. Ensuite ils prirent un copieux petit-déjeuner et allèrent en cours.

 

            Durant toute la journée ils furent inséparables. Cette fois-ci c’étaient les filles qui étaient jalouse que François les ignore pour passer tout son temps en compagnie de Quentin. Par contre lui était aux anges de se savoir avec celui qui le fascinait tant. A tous les cours ils furent assis l’un côté de l’autre et ils suivaient toutes les leçons avec beaucoup d’attention tout en s’échangeant discrètement des petits mots doux.

 

            Le soir, avant de regagner la villa, Quentin demanda à François s'il était d'accord pour qu'ils se voient plus régulièrement en dehors des cours. François accepta sans hésiter un seul instant. Il avait beaucoup de choses à raconter à celui qui avait partagé son lit. Il était également intimidé par sa présence. Il y avait en Quentin un je ne sais quoi qui impressionnait François au point de le faire rougir quasiment à chaque parole du fils Villars.

 

            Dès qu'il fut rentré chez ses parents, Quentin dit à ceux-ci qu'il devait voir assez souvent un copain de classe pour l'aider dans certains cours qu'il avait du mal à comprendre. Les parents acceptèrent que Quentin rende service à un de ses camarades de classe. Cependant ils ne voulaient pas que Quentin s'absente tous les soirs car ils désiraient savoir ce qu'il comptait faire plus tard et ils voulaient connaître toute la vérité sur sa vie privée.

 

            C'était ce que Quentin avait le plus redouté depuis le départ de Yoann. Il se demandait pourquoi ils remettaient cette question dans la conversation.

 

            Il comprit très vite la raison de cette insistance de vouloir connaître la vérité. A peine avait-il eu fini de parler avec ses parents que le vidéophone de sa chambre retentit.

 

            " Salut Quentin ! Dit Yoann qui l'appelait de New-York.

            - Bonjour Yoann ! Ca faisait un petit moment que je n'avais pas eu de tes nouvelles. Qu'est-ce que tu deviens ?

            - Tu rigoles ou quoi ! Si je t'appelle s'est justement pour savoir ce que toi tu deviens ! Je t'ai envoyé plusieurs courriers et tu n'as pas répondu.

            - Je comprends mieux alors.

            - Qu'est-ce que tu comprends mieux ?

            - Ce sont mes parents ils m'ont demandé de leur dire toute la vérité sur ma vie privée.

            - Très bien ! Alors dis-leur tout, mais à ma façon. Tu leur raconteras que j'étais amoureux de toi mais que tu n'as jamais voulu accepter mes avances. Tu leur diras aussi que tu aimais Géraldine et qu'elle t'a plaqué parce qu'elle aimait quelqu'un d'autre.

            - Tu crois qu'ils vont croire à cette histoire ?!

            - Il le faudra bien parce que s'ils n'y croient pas, tu devras affronter cette question à chaque fois que tu regarderas un mec d'un peu trop près.

            - Tiens, puisque tu parles de ça. Où en es-tu dans tes amours ?

            - Il m'est assez difficile d'oublier notre liaison, mais j'ai rencontré un mec qui est le fils de notre voisin, il est aussi le fils du plus gros client du groupe où travaille ma mère et je crois que je l’aime. Nous n'avons encore rien fait de vraiment sérieux ensemble, mais j'ai l'impression que je vais bientôt craquer parce qu'il est vraiment super mignon et très romantique. Et toi tu en es où, et est-ce que les cours ne sont pas trop durs maintenant que je ne suis plus là ?

            - Si c’est assez dur de ne plus être avec toi en cours. Mais j’ai fait la connaissance de quelqu’un. Tu ne me croiras jamais lorsque je vais te le dire, mais il y a dans ma classe quelqu'un d'exceptionnel. C'est le plus jeune français champion olympique de tir à la carabine.

            - Ce n'est pas vrai ! Ne me dis pas qu’il s’agit de François Delpreut. Et il est homo ?

            - Il s’agit tout à fait de lui. Je peux même te dire que j'ai osé le draguer dès le premier jour de classe sans avoir aucune honte de ce que je faisais. Mais tout comme toi, il ne s'est pas encore passé beaucoup de choses vraiment sérieuses. Toutefois, ça ne saurait tarder puisque je vais l'aider dans certains cours. Je vais même t'avouer quelque chose, c'est qu'il me fait complètement fantasmer. Sinon pour les cours, je n'ai pas trop de difficultés et puis François m'aide également.

            - Je suis bien content pour toi et je suis surpris de ton audace. Tu coures des risques insensés. Ca ne te ressemble pas trop pourtant. Tu m’étonneras tous les jours mon petit Quentin d’amour.

            - Moi aussi ! Et c’est vrai que ça ne me ressemble pas  beaucoup mais y a tellement de choses qui ont changé depuis ton départ. Peut-être que je fais tout ça pour dire que j’existe. Bon il faut que je te laisse mon cœur car j'entends des bruits de pas qui viennent par ici. Je te rappelle très vite. Gros bisous !

            - Gros bisous ! A bientôt !"

 

            Au même moment où il raccrochait le combiné, Mathilde fit irruption dans la chambre faisant ainsi sursauter son jeune frère.

 

            " Quelles sont les dernières nouvelles à propos de François et de Yoann.

            - Je viens tout juste d'avoir Yoann. Il a peut-être trouvé quelqu'un. Mais comment es-tu au courant pour François. Je ne l’ai rencontré qu’hier.

            - J’ai mes informateurs. Non, en fait, je vous ai vu partir de la maison hier en fin d’après-midi. Et comme tu n’es pas rentré de la nuit, j’en ai donc supposé que vous vous êtes bien amusés ensemble, dit-elle en faisant un clin d’œil à Quentin.

            - Pour satisfaire ta curiosité, j’espère bien que les choses vont devenir plus sérieuses entre François et moi mais je veux prendre mon temps aussi. Yoann est encore très présent dans mon esprit. Difficile à oublier du jour au lendemain six ans de couple.

            - J’en suis ravie. Autant pour toi que pour Yoann. Vous ne méritiez pas de rester toute votre vie seul sans quelqu’un à aimer. Vous êtes beaucoup trop tendre et sensibles pour ne pas rapidement trouver quelqu’un."

 

            Elle se rapprocha alors de son frère et lui fit un bisou sur le front en signe de reconnaissance et pour lui porter chance dans son bonheur à venir. Ensuite elle partit dans sa chambre laissant Quentin seul dans ses pensées.

 

            Après le repas du soir, et comme Quentin commençait à être sérieusement fatigué, il faut dire qu’il avait tout de même peu dormi la nuit précédente, il se coucha et s’endormit presque aussitôt. Il passa une excellente nuit et le lendemain, après les cours de la journée, il alla chez François pour faire ses devoirs. Mais avant de commencer, celui-ci voulut lui raconter une partie de sa vie.

 

            " Quentin, avant que l'on ne commence nos devoirs, je voudrais te raconter certaines choses qui me concernent.

            - Vas-y François ! Tu m’inquiètes mais je t'écoute.

            - Le problème c'est que je ne sais pas trop par où commencer.

            - Bah je pense que le plus simple serait de commencer par ce que tu crois être le plus facile à dire pour toi.

            - Je crois en effet que c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Alors voilà ! Tout commence pour moi par une soirée d'été. J'avais à l'époque à peine dix ans. J'étais en vacances chez des cousins. Nous venions de nous coucher quand le plus vieux vint vers moi et commença à me caresser un peu partout. Ne sachant pas quoi faire, je l'ai laissé continuer et quand il a essayé de me déshabiller, j'ai résisté. Là, il m'a attrapé, a déchiré mes vêtements et il m'a sucé. A ce moment-là, j'ai éprouvé une sensation étrange qui m'envahissait. Je l'ai encouragé à continuer et quand il m'a demandé si je voulais aller plus loin, je lui ai répondu oui. Alors nous nous sommes retrouvés dans la position qui m'a fait avoir son sexe dans la bouche et lui le mien dans la sienne.

            - Mais il a été plus loin que ça ce soir-là ?

            - Justement ! Comme je lui avais dit que je voulais aller plus loin, il a cru par là que j'acceptais qu'il me sodomise. Et quand j'ai senti qu'il essayait de faire rentrer sa queue, j'ai tenté de lui dire que je ne voulais pas, mais il n'a rien voulu savoir et il m'a violé. Il a recommencé tous les soirs pendant que j’étais chez mes cousins. Depuis j'avais peur de cette pratique quand je me sentais bien avec un mec. Et puis je me suis toujours demandé si je suis homo à cause de ce que m’a fait subir mon cousin ou si c’est parce que c’est en moi depuis toujours.

            - Donc tu as changé de point de vue ?

            - Oui ! C'est arrivé pendant les jeux olympiques de 2008. Je logeais avec un collègue qui faisait du tir au pistolet. Nous étions dans les vestiaires quand il m'a demandé de l'attendre après qu'il soit passé. Comme il a été éliminé assez rapidement, je n'ai pas eu à l'attendre bien longtemps. Moi j’avais été qualifié peu avant son retour mais bon tu as suivi les jeux je présume donc tu le sais.

            - Ne s’agirait-il pas de Vincent Carbosq ?

            - Si c’est lui. Je vois que tu connais bien les sportifs français. Mais laisses-moi continuer s’il te plaît.

            - Oui ! Excuses-moi !

            - Alors il a pris une douche rapide et nous avons regagné la chambre. Il n'a pas tardé à me dire ce qu'il voulait exactement. Quand il a su ce qui m’était arrivé, il m'a rassuré en me disant que s'il y avait quelque chose que je ne voulais pas faire il me respecterait. C'est lui qui m'a permis d'aimer les hommes pour leur corps et leur gentillesse. Il a su attendre que je veuille vraiment la sodomie pour la pratiquer, tant en tant qu'actif que passif. Il m'a fait prendre goût à la vie et à accepter ma vraie sexualité. Maintenant grâce à lui je sais que j’ai toujours été homo et que même si mon cousin m’a violé ce n’est pas à cause de lui que j’aime être en compagnie des mecs.

            - Eh bien ! Je vois que tu as eu une adolescence plus dure que je ne l’avais supposé. Moi qui pensais que tu avais dû être super heureux, je m'aperçois maintenant que la vie pour toi n'a pas été rose tous les jours. Ce que t’a fait ton cousin est ignoble et il mériterait qu’on lui fasse la même chose par contre je ne me doutais pas que Vincent pouvait être gay. Là pour le coup tu m’en bouches un coin comme on dit.

            - Mais tout ceci c'est du passé maintenant. J'essaie d'oublier les mauvais souvenirs. Mais je tenais absolument à te le dire pour qu'il y ait une totale confiance entre nous deux. Et puis en ce qui concerne Vincent il faut que ça reste secret il ne veut pas avoir de pressions de la part des médias. Regarde le nageur australien, Matthew Mitcham, qui a fait son coming out juste avant les jeux, il a fait la une de tous les tabloïds pendant tous les jeux. Les chinois ont beaux dires qu’ils sont ouverts d’esprit je peux t’assurer que non. Il était surveillé en permanence. Bien plus que les autres athlètes de toutes les délégations.

            - Puisque tu parles de complète confiance, c’est à mon tour de te parler un peu de mon passé. Il faut que tu saches que je sors d'une très longue expérience qui s'est assez mal terminée. Jusqu'au mois de juillet j'étais avec un garçon et nous avons dû rompre, car il devait déménager pour aller habiter aux Etats-Unis. Depuis j'essaie de refaire surface. Mais il ne faut pas croire que je t'ai abordé pour cette raison. Si je l'ai fait, c'est parce que tu me plais vraiment. Il y a autre chose que je voudrais te dire. C'est à propos de mes parents. Ils se posent pas mal de questions quant à ma sexualité. Alors si un jour ils te demandent quelles sont nos relations, ne dis pas que nous sortons ensemble, car je ne leur ai pas encore dis que je suis gay.

            - Ne t'inquiètes pas là-dessus, je sais être muet comme une tombe quand il le faut. Mais tu as bien de la chance d'avoir tes parents. Tu ne peux pas savoir ce que je donnerais pour avoir des parents qui s'inquiète pour moi.

            - Tu n'as jamais connu tes parents ?

            - Non, ils sont morts peu après ma naissance. J'ai vécu chez un oncle et une tante.

            - Ceux chez qui ton cousin a abusé de toi ?

            - Oui ! C'est chez ses parents que j'ai eu ma première expérience et mes premiers problèmes. C'est pour cela que lorsque j'ai réussi à faire parti de la sélection olympique et que j'ai décroché la médaille d'or, j'ai essayé d'économiser un maximum et de prendre mon propre appartement, même si je reste sous le tutorat de mon oncle et ma tante jusqu’à ma majorité. En fait, mon oncle et ma tante savent très bien ce qui s’est passé entre mon cousin et moi et ça n’a duré que l’espace d’un été puisqu’à la rentrée scolaire je ne l’ai pratiquement plus jamais revu."

 

            Après que François eut fini de faire ses aveux, il était encore suffisamment tôt pour qu'ils fassent leurs devoirs. Quand ils furent terminés, Quentin invita François au restaurant. A l'issu, ils regagnèrent le domicile et ils ne tardèrent pas à se coucher. Seulement ils ne s'endormirent pas immédiatement. Ils préférèrent se faire quelques câlins avant de sombrer dans le sommeil.

 

            Mais au bout milieu de la nuit, François se réveilla en sursaut et se redressa dans le lit. Cette réaction fit aussitôt réveiller Quentin qui s'inquiéta de savoir ce qu'avait François. Celui-ci lui répondit qu'il venait de faire un cauchemar. Il venait de repenser à cette terrible époque où son cousin avait abusé de lui. Quentin essaya de le consoler et pour cela il blottit François dans ses bras en essayant de le calmer et d’essuyer ses larmes. Tranquillement il tenta de le rassurer que tout ce qu'il avait vécu auparavant était du passé et qu'il ne devait plus y penser.

 

            Ce que dit Quentin à François eut l'air de faire très plaisir à ce dernier. Un sourire pointa même au coin de ses lèvres, ce qui ravi le fils Villars. Lorsque tout fut effacé, ils s'embrassèrent et François voulut même aller un peu plus loin. Ce ne fut que vers la fin de la nuit qu'ils finirent par s'endormir. Comme ils n'avaient pas cours de la matinée, ils purent rester au lit plus longtemps. En effet les cours de cette matinée étaient destinés aux langues que tous deux maîtrisaient parfaitement et dont ils avaient réussi à se faire exempter.

 

            Tout au long de l'année scolaire, ils essayèrent de se voir aussi souvent que possible tout en évitant que les parents de Quentin ne soupçonnent quoi que ce soit entre eux. Ce qui fut parfois le parcours du combattant, surtout en période de révision et juste après le passage du baccalauréat. Ils se laissèrent également beaucoup de temps pour apprendre leurs cours et arriver dans les meilleures conditions aux examens du baccalauréat de lettres.

 

            Entre temps Quentin ne put échapper à ses parents qui lui rappelèrent la courte discussion qu’ils avaient eue en début d’année scolaire. Cette dernière conversation avant les examens de fin d’année pour Quentin n’était peut-être probablement pas le meilleur moment pour lui mais il n’avait pas vraiment le choix. Elle eu lieu dans le courant du mois de mai, un soir après le repas alors que Bernard, Nicole et Quentin étaient seuls dans le salon.

 

            " Quentin, commença Nicole

            - Oui maman, qui y a-t-il ?

            - Tu le sais très bien ce qu’il y a. Nous voulons toujours une explication.

            - Que voulez-vous que je vous dise. Soit je vous dis un mensonge et ce sera pire qu’avant soit vous me foutez la paix.

            - Comment oses-tu nous parler de la sorte Quentin ? Dit Bernard en haussant la voix.

            - J’en ai plus que marre que vous vous mêliez de ma vie privée et rendez moi les courriers de Yoann sur le champ car je sais que c’est vous qui les avez, cria Quentin

            - Quentin ! S’offusqua Nicole.

            - Quoi ! Je sais que vous avez intercepté les courriers de Yoann qui m’étaient destinés et je les veux. Ils sont à moi.

            - Tu ne les auras pas, affirma Nicole.

            - Très bien puisque c’est comme je fais mes bagages et je me casse de cette maison de despotes, dit Quentin en commençant à partir.

            - Attends Quentin, intervint Bernard en retenant le bras gauche de son fils. Tu les auras mais on veut savoir.

            - Savoir quoi bordel de merde. Si je suis pédé. Et bien non. Yoann était un ami. Lui était amoureux de moi mais moi j’aimais Géraldine jusqu’à ce qu’elle me quitte pour Mélanie. Voila vous êtes content. Bonne nuit ! "

 

            Il conclut la conversation et monta sans plus attendre dans sa chambre énervé au possible. Il verrouilla la porte à clé et appela aussitôt Yoann pour le tenir au courant de la situation. A la fin de la communication il s’était calmé, heureux d’avoir pu parler à Yoann.

 

            Il révisa quelques cours avant d’aller se coucher pour sombrer dans un sommeil agité. Le lendemain quand il rentra des cours il trouva toutes les lettres de son premier amour sur son lit. Il passa toute la soirée à lire attentivement.

 

            Cette année scolaire vit aussi arriver un drame pour Quentin. A quelques jours du début des examens, madame Daguet appela en larmes pour annoncer le décès de son fils unique. Il s’était suicidé en laissant un long courrier à destination de sa mère et de Quentin. La lettre était aussi destinée à une autre personne que ni Quentin ni Sylvie ne semblaient connaître. Il s’agissait de Nicolaï Vladimirsian.

 

            C’était un jeune homme qui avait semblait beaucoup compter dans la vie de Damien. Ce garçon était arrivé en cours d’année scolaire en France après que ses parents soient partis en exil de leur Russie natale. Roux aux yeux verts, Nicolaï ressemblait peu à un russe tel que l’on pouvait se l’imaginer. Ce fut véritablement un choc pour tout le monde d’apprendre ainsi le décès de son premier ami.

 

            Dans sa lettre d’adieu il disait à sa mère qu’il n’arrivait plus à supporter de lui mentir sur sa vie. Il lui avoua donc son homosexualité. Il lui dit également que s’était trop dur pour lui de gérer la disparition de son père et le tremblement de terre qui a vu disparaître tous les souvenirs qu’il avait conservé de lui. Dans celle qu’il avait destiné à Quentin il lui mettait qu’il regrettait de partir sans lui avoir dit au revoir et qu’il espérait qu’il ne lui en voudrait pas. Il lui écrivait aussi qu’il l’aimait du plus profond de son cœur et qu’il avait été ravi d’avoir un ami tel que lui qui a toujours été là dans les moments difficiles.

 

            Quant à celle pour Nicolaï il y disait tout son amour pour lui et qu’il ne fallait pas qu’il s’en veuille de leur séparation. Il n’y était pour rien. Damien, selon ce qu’il avait écrit au jeune Vladimirsian, était le seul responsable de tout ce qui s’était passé depuis son arrivée au collège. Qu’il était le seul à avoir voulu tout ce qui s’était passé et que sa mort prématurée était la conclusion logique d’une vie chaotique qu’il ne pouvait plus supporter.

 

            L’enterrement de Damien Daguet eu lieu la veille des examens. Toute sa classe était présente y compris Nicolaï qui était inconsolable. Sylvie était en pleurs elle aussi et soutenue par Bernard et Nicole qui s’étaient également déplacés pour cette funeste occasion. Le seul absent était Quentin. Il avait refusé d’accompagner son ami jusqu’à sa dernière demeure. Il était resté à la villa où, enfermé dans sa chambre, il pleurait toutes les larmes de son corps aux souvenirs de Damien.

 

            Jamais de sa vie il ne pensait vivre une telle souffrance. Il se repassa inlassablement tous les films de vacances qu’ils avaient fait ensemble, les diapositives de leurs exploits et écoutait toutes les musiques en boucle. Il mangea très peu ce jour là. Tellement fatigué d’avoir tant pleuré il s’endormit très tôt. Mais il passa une nuit agitée à revoir inlassablement Damien partout et l’imaginant dans tous les lieux qu’il aurait pu fréquenter et même les lieux que seul Quentin connaissait et où il avait été avec Yoann.

 

            Il s’était demandé au cours de cette interminable journée comment il n’avait pu se rendre compte de la douleur de vivre de son ami d’enfance. Bien sûr il savait ce qu’il avait traversé et il était également vrai qu’ils ne s’étaient plus vraiment vus depuis leur entrée au collège mais il ne pensait pas que ça allait si mal que ça et il s’en voulait beaucoup de ne pas avoir pu le soutenir et éviter qu’il n’en arrive à une telle extrémité.

 

            Le lendemain quand il se réveilla il se dit qu’il allait avoir son bac en mémoire de son ami pour qu’il soit fier de lui. Il se promit même de décrocher une mention pour que Damien soit encore plus satisfait de lui. Il pensa à son ami d’enfance pendant toute la période d’examen se rappelant la promesse qu’il s’était fait pour que, là-haut, Damien soit fier de lui.

 

            Quand ils eurent les résultats des examens, au début du mois de juillet, et qu'ils virent qu'ils avaient tous deux obtenus leur baccalauréat avec mention bien pour François et Quentin, ils firent une superbe fête pour célébrer cet événement.

 

            Durant la soirée Quentin leva son verre et fit un toast en l’honneur de son ami Damien. Mais au mois d'août, pour les inscriptions en faculté, Quentin réussit à s'inscrire à la faculté de droit de Bordeaux, mais François ne put s'inscrire qu'à la faculté de Toulouse. Lorsque Quentin apprit cette nouvelle, il fut triste de savoir qu'il ne le verrait plus à la prochaine rentrée scolaire. François lui dit qu'ils pourraient toujours se voir pour les vacances et que lui avait également la possibilité de venir le voir à tout moment. Quentin le remercia et il dit aussi qu'il serait heureux de le voir quand il le souhaiterait.

 

            De plus, Quentin avait toujours la possibilité de voir François à la télévision puisqu’il continuait, malgré tout à faire son sport et les compétitions de tir à la carabine. Il ne manquait aucune compétition grâce à Eurosport qui diffusait tout le championnat.

 


 

 

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