9 Toute sa deuxième année de cours élémentaire, Quentin la passa à Nice tandis que Damien était loin de lui et de son amitié à Clermont-Ferrand. Mathilde pour sa part semblait heureuse à Melun dans le collège où elle passait son année scolaire. Elle devenait une magnifique jeune adolescente. Elle avait une silhouette fine avec une poitrine naissante et avait de longs cheveux châtains clairs et de charmants yeux verts, les mêmes que ceux de sa mère. Ils étaient tous deux très tristes d’être séparés l’un de l’autre par des centaines de kilomètres même si les deux enfants essayaient de rester en contact le plus souvent possible malgré la distance et les problèmes d’horaires de cours. Damien partit à peine une semaine après le tremblement de terre. L’hélicoptère privé de Bernard Villars vint le récupérer sur le terrain du stade Chaban-Delmas. Quentin était présent lorsqu’il vit son ami s’envoler pour Limoges et de là partir, par le train pour Clermont-Ferrand. Quant à Quentin, il partit trois jours plus tard en direction de Nice avec un transit à Toulouse où il prit le train le lendemain matin de son arrivée après avoir passé une nuit dans un hôtel appartenant à son père. L’hélicoptère familial l’avait déposé sur le toit du somptueux hôtel. Ce fut pareil pour Mathilde qui partit deux jours après son frère. De nombreuses familles à travers tout le pays se portèrent volontaire pour accueillir les enfants sinistrés et leur offrir un toit et de la nourriture pour qu’ils puissent continuer à vivre et à être scolarisés normalement. Ce fut ainsi que monsieur et madame Ladame ainsi que leurs deux garçons accueillirent Damien Daguet et que toute la famille Bariot accepta Quentin Villars chez elle, même si celui-ci pouvait loger dans un des hôtels de son père mais ce dernier ne l’autorisa pas de le faire d’une part pour son bien et permettre et aussi pour qu’il puisse suivre sa scolarité le plus normalement possible. Mathilde fut accueillit par la famille Duchemin qui vivait à peine à deux cent mètres de l’établissement où l’adolescente serait scolarisée durant les travaux sur Bordeaux. Pour leur permettre la meilleure adaptation possible, ils ne reprirent le chemin de l’école qu’à la rentrée de septembre 2002. Damien se trouvait au sein d’une famille aimante et désireuse qu’il se sente au mieux. Ils étaient au courant de sa situation familiale. Il avait été nécessaire que chaque famille d’accueil sache le passé du ou des enfants qu’elles allaient avoir afin de s’adapter à eux. Pour Quentin, il n’y avait pas grand chose à apprendre pour la famille. L’enfant était connu de tous et sa vie aussi. Sa famille était d’un milieu aisé mais proche de toutes les catégories socioprofessionnelles tout comme la famille Villars. Ce qui fut également le cas pour la famille qui accueillait Mathilde. Malgré toute la distance qui les séparait, Quentin essaya d’apprendre le plus de choses impossibles. Les cours enseignaient par l’institutrice de cette école niçoise étaient très complets. Elles les emmenaient même sur les contreforts de la ville pour leur apprendre la nature. " Les enfants, aujourd’hui nous allons essayer d’identifier les plantes et les arbres qui poussent par ici. - Madame, dit Quentin, comme je ne suis pas de la région, je ne sais pas si je vais pouvoir trouver. - Ce n’est pas grave Quentin. Comme chacun des élèves, tu feras de ton mieux. Mais je suis sûr que si tu réfléchis bien, tu arriveras à trouver certaines plantes si ce n’est le nom des arbres. - Je ferai de mon mieux. - Je n’en doute pas un seul instant et je suis sûre que tous tes petits camarades feront la même chose." Durant toute la matinée du 15 octobre 2002, les élèves apprirent à identifier les plantes et les arbres des environs de Nice. Quentin réussit à trouver la plupart des noms des plantes que l’institutrice désignait. Il aimait bien passer du temps dans la nature et apprendre la faune et la flore locale. Toutefois Bordeaux lui manquait et il avait hâte d’y retourner. Le soir dans son lit il ne cessait de penser à son ami Damien et se demandait ce qu’il pouvait bien faire au même moment. Il espérait toutefois qu’il s’amuser un peu. * * * Dans le même temps, Damien apprenait la lecture d’un ouvrage d’un auteur régional qui écrivait des livres pour enfants. Seulement Damien se sentait toujours seul et abandonné malgré toute l’attention que les autres pouvaient lui porter. Son éloignement de Bordeaux et de sa mère l’avait beaucoup affecté et cet éloignement lui faisait remonter à la mémoire le décès tragique de son père par des terroristes islamiques. Il avait vu son père se faire tuer sous ses yeux. Ensuite il avait été traumatisé par l’attentat terroriste sur le World Trade Center et finalement il avait assisté au tremblement de terre qui avait ravagé sa région natale. Et maintenant il se retrouvait éloigné de plusieurs centaines de kilomètres de son meilleur ami. Quentin était le seul à pouvoir le soutenir dans les moments les plus difficiles. Il était la personne en qui il tenait le plus au monde, à part sa mère. Il voulait être auprès de lui en ce moment même pour qu’il le réconforte et lui remonte le moral. Damien apprenait tous ses cours mais sans joie. Il n’avait pas le cœur à apprendre des cours loin de chez lui et de ceux qu’il aime même s’il avait régulièrement des nouvelles de sa mère et de Quentin qui l’appelait ou lui écrivait aussi souvent qu’il le pouvait. A la fin de sa journée de classe, il rentrait dans la famille qui l’accueillait durant les travaux de réfection de Bordeaux. La famille Ladame était très gentille avec Damien, mais il ne semblait pas vouloir faire d’efforts pour être de nouveau heureux. Pour lui, sa courte vie se résumait pour le moment en une succession de malheur. Les deux garçons de la famille essayaient pourtant de faire le maximum. " Tu sais Jérémy, dit l’aîné des enfants de la famille Ladame, je pense que Damien ne veut pas devenir notre ami. - Yoann, lui répondit l’autre, il faut lui laisser le temps. Tu sais, ce n’est pas évident de surmonter ce qu’il a traversé. Depuis son arrivée, en mars, il n’y a pas une nuit où il ne fait pas de cauchemar. Je l’entends pleurer et crier toutes les nuits et c’est souvent la mort de son père qui le traumatise le plus. Tiens, quand on parle du loup... - Bonjour, dit poliment Damien - Salut Damien, tu as passé une bonne journée. - Ouais, répondit-il tout en continuant à se diriger vers sa chambre. - Ca te dirait de jouer à la console, demanda Jérémy. - Non merci, répondit Damien en refermant la porte de sa chambre qui donnait sur le salon. - Bon ! Tant pis, répondirent en chœur Yoann et Jérémy derrière la porte." Damien ferma la porte de sa chambre laissant Yoann et Jérémy, âgés respectivement de douze et dix ans, dans le couloir. Manifestement il voulait rester seul, une fois de plus. Les deux garçons ne savaient plus quoi faire pour que Damien sorte de sa mélancolie quotidienne et qu’il reprenne goût à la vie. Les deux enfants Ladame se ressemblaient comme deux gouttes d’eau malgré leurs deux ans de différence. Aussi blond l’un que l’autre mais tandis que Yoann avait les yeux bleus Jérémy lui les avait verts. L’ainé des garçons était plus grand que l’autre d’une dizaine de centimètres. Quant à la mère des deux enfants elle avait une petite trentaine d’année. C’était une belle femme très élégante qui prenait soin d’elle. Son poste de directrice commerciale lui permettait de faire attention à son corps. Pas très grande elle compensait sa taille par un fort caractère qui impressionnait beaucoup le personnel masculin. Blonde elle aussi elle avait les mêmes yeux que son fils aîné. Elle élevait seule Jérémy et Yoann depuis la mort prématuré de son époux et père des deux enfants.
* * * En janvier, Quentin assista aux derniers préparatifs du carnaval qui allait avoir lieu fin février. Il était fou de joie de pouvoir assister, dans les coulisses, aux dernières touches apportées aux chars du carnaval. Il trouvait le char qu’il avait préparé, en compagnie d’autres élèves, le plus beaux de tous. De jours en jours, il repensait au fait qu’il allait bientôt retourner sur Bordeaux. Il pouvait voir les différentes entreprises de son père œuvrer en ville pour installer des vidéophones en échanges des vieux appareils téléphoniques. Cela le réjouissait de voir toutes ces sociétés travailler car cela signifiait que les travaux de réfection étaient bientôt terminés. Enfin il reverrait ceux qu’il aime et surtout Damien qui lui manquait énormément et il s’inquiétait de savoir comment il allait au plus profond de lui car en surface, dans les courriers comme lorsqu’il l’appelait, Damien ne laissait rien transparaître. Quentin recevait régulièrement des nouvelles de Damien et il ne savait plus comment faire pour lui remonter le moral en étant aussi loin de son ami. Il essayait pourtant de faire de son mieux par l’intermédiaire des courriers qu’il lui expédiait. Seulement les réponses qu’il en avait n’étaient pas très encourageantes malgré tout ce qu’il pouvait lui écrire. Il était toujours morose et il repensait sans cesse à la mort de son père et au tremblement de terre. Lorsque Quentin annonça à Damien que les travaux à Bordeaux étaient presque terminés et qu’ils pourraient bientôt se revoir, il espérait que cela ferait plaisir à son meilleur ami. Malheureusement la réponse ne fut, encore une fois, pas celle escomptée. Damien était toujours aussi triste et n’émettait pas particulièrement le souhait de vouloir revenir à Bordeaux. Cette ville lui rappelait tellement de mauvais souvenirs. Toutefois il serait ravi de pouvoir enfin revoir son meilleur ami ainsi que sa mère mais pas Bordeaux. Il aurait préféré pouvoir les revoir ailleurs que dans cette ville maudite pour lui. Quentin ne cessa de lui rappeler que la ville avait presque complètement été modifiée avec le tremblement de terre et les rénovations apportées et qu’il reverrait une ville toute neuve où il pourrait avoir de nouveaux souvenirs plus heureux. * * * A Clermont-Ferrand, la vie s’écoulait également paisiblement même si Damien ne semblait pas aussi heureux que Jérémy et Yoann. Les courriers de Quentin ne l’encourageaient pas. Il ne voulut plus revoir Bordeaux. Dans sa tête c’était tout à fait clair. Mais il ne voulait pas non plus laisser sa mère et son meilleur ami. Il ne savait plus quoi faire. " Damien, tu pars dans trois mois et on a vraiment l’impression que tu t’ai toujours ennuyé chez nous. - Ce n’est pas ça ! Mais j’ai beaucoup trop souffert pour être de nouveau heureux. En plus je ne tiens pas vraiment à retourner dans cette ville maudite. Il n’y a que le malheur qui m’attend là-bas. - Il ne faut surtout pas dire ça et
il ne faut pas non plus t’enfermer dans la morosité sinon tu ne feras pas de
vieux os. Tu veux venir jouer à - Ou à - Je vous remercie mais je ne veux jouer ni à l’un, ni à l’autre. Je préfère rester seul. La solitude c’est le seul endroit où je me sente bien. - Tu ne voudras même pas essayer les nouvelles consoles que ma mère va nous acheter. - Je ne sais pas, mais je ne pense pas. - Viens au moins avec nous pour les acheter. - D’accord ! Je viens, dit finalement Damien par dépit." Les deux enfants furent vraiment ravis au contraire de Damien. Au moins ils passeraient toute une après-midi ensemble même si c’était pour faire les magasins. L’après-midi de ce samedi 12 avril 2003, madame Ladame, ses deux enfants et Damien allèrent dans un centre commercial de Clermont-Ferrand pour acheter la Xbox à Jérémy, et la Game Cube à Yoann. Leur mère acheta même une Game Boy Advance avec trois jeux, pour que Damien soit un peu moins malheureux. Sa situation professionnelle lui permettait de pouvoir acheter tous ces jeux à ces enfants ainsi qu’à Damien. Toutefois, tous ces jeux n’empêchaient pas madame Ladame d’être stricte avec ses enfants. L’argent n’était pas un moteur pour la famille Ladame car même s’ils n’en manquaient pas les enfants avaient été élevés dans l’esprit où chaque euro compte. De retour au domicile de sa famille d’accueil, Damien alla directement jusqu’à sa chambre où il s’enferma jusqu’au dîner et aussitôt le repas terminé, il y retourna et y resta jusqu’au moment de retourner en classe le surlendemain. Les seuls moments où il en sortait, c’était pour le petit-déjeuner, les repas du midi et du soir ou pour aller se laver ou encore aller aux toilettes. Durant les trois mois qu’il lui restait à vivre à Clermont-Ferrand, il agit ainsi. Toutefois, lorsqu’il était dans sa chambre, il se mettait sur son lit et s’évadait du monde réel en jouant à la console. Il réalisa que madame Ladame avait eu une bonne idée en lui achetant la console portable et les jeux. Il passait des heures et des nuits entières à s’escrimer avec les commandes des différents jeux. Il retrouvait le sourire à battre les ennemis, mais dés qu’il arrêtait de jouer il redevenait le garçon triste et renfermé qu’il était avant. Quentin lui manquait terriblement dans ces moments là. Il était le seul à pouvoir réussir à lui redonner la joie de vivre. Damien semblait ne plus abattu que jamais avec ce qui venait d’arriver. Il se demandait se que pouvait bien faire son ami Quentin. S’il s’amusait ou s’il pensait à lui. Sa mère lui manquait aussi. La photo qu’il avait d’elle ne pouvait remplacer ses bras affectueux pour le consoler quand ça n’allait pas. Que pouvait-elle faire à ce moment précis. Pensait-elle à son fils ou se préoccupait-elle seulement de son travail. Le jeune Daguet était complètement perdu et ne savait plus quoi penser des personnes qui l’entouraient d’ordinaire. Au moment du départ, et malgré son manque de communication avec la mère et les deux garçons qui l’avait accueilli, Damien leur exprima sa reconnaissance de l’avoir hébergé pendant aussi longtemps sans jamais lui poser de question même s’il savait parfaitement qu’ils devaient être au courant de son passé. " Je n’ai pas été de très bonne compagnie et je m’en excuse, dit Damien juste avant de partir. - Ce n’est pas bien grave mon garçon, affirma monsieur Ladame au moment où il s’en allait travailler. - Même si tu parlais peu tu restais toujours poli et c’est vraiment le plus important pour nous, continua madame Ladame. - Tu seras toujours le bienvenu et on veut de tes nouvelles régulièrement, conclurent les deux frères en chœur. - Merci à tous pour votre accueil. Peut-être à un de ces jours. Au revoir." Donc, en ce 10 juillet 2003, sur le quai de la gare, qui l’emmènerait dans un premier temps à Montluçon puis à Bordeaux, il fit la bise à Catherine Ladame et serra la main de Yoann et Jérémy dans l’espoir qu’ils pourraient se revoir un jour, loin de Bordeaux. * * * Quentin aussi faisait ses adieux à la famille qui l’avait accueilli. " Martine et Jean-Pierre, merci de m’avoir accueilli dans votre famille. Et vous Vanessa, Lucas et Lionel, je vous remercie de m’avoir distrait aussi bien que vous l’avez pu. - C’est nous qui te remercions d’avoir bien voulu de nous et de nous avoir apporté ta joie de vivre malgré ce que tu as traversé. - Ce que j’ai pu traverser n’est rien en comparaison de ce qu’a traversé mon meilleur ami toutes ces années. J’ai hâte de le revoir pour enfin accomplir mon devoir d’ami pour veiller sur lui et le réconforter." Le train parti peu de temps après et en guise de cadeaux de départ, ils offrirent à Quentin trois cadeaux qu’il ne devait pas ouvrir avant le départ du train. Il fut très touché de cette attention et promit de respecter leur souhait. Damien aussi avait reçu des présents de la part de sa famille d’accueil et encore un l’attendait chez sa mère qui remercia aussitôt madame Ladame de sa générosité grâce au tout nouveau système de communication : le vidéophone. Il s’agissait d’une console de jeux, une X-Box avec tous les accessoires. Ce fut lorsque le train arriva aux alentours de Toulouse que Quentin décida d’ouvrir les paquets qu’ils avaient soigneusement mis dans son sac de voyage. Il découvrit ainsi un téléphone portable sur lequel avait déjà été enregistré le numéro de la famille Bariot qui l’avait accueilli pendant quatorze mois, une Game Boy Advance avec deux jeux et pour terminer il y avait une enveloppe qui contenait un billet de train aller-retour pour Nice, valable jusqu’à la mi-septembre, ainsi que trois photos sur lesquelles il se trouvait en compagnie des membres de la famille Bariot. Il se promit de retourner voir cette famille le plus rapidement possible. Mathilde avait passé 14 mois sans difficulté dans la famille Duchemin. Une famille agréable avec quatre enfants : trois garçons et une fille. Elle partagea d’ailleurs sa chambre avec elle. Marina avait son âge. Elle avait la peau mate comme l’ensemble de la famille. Elle avait des cheveux frisés bruns avec des yeux marron. Elle était toutefois un peu plus petite que Mathilde bien que tout aussi fine. Les trois garçons étaient des triplés. Ce ne fut pas toujours facile pour l’adolescente de les différencier surtout qu’ils aimaient bien jouer avec leur ressemblance. Anthony, Benjamin et Clovis étaient de vrais bouts en train de 8 ans toujours partant pour faire une bêtise. Benjamin était le plus petit des trois et c’était bien là leur seule réelle différence puisqu’à part ça ils étaient tous les trois bruns aux yeux noirs. A son départ de cette famille, Mathilde reçut elle aussi des cadeaux plus féminins et adaptés à son âge toutefois. Il y avait entre autres toute une mallette de maquillage, des robes mais aussi un cadeau inattendu du nom de Tootsie, une petite chatte tigrée de 6 mois. Le samedi 20 juillet 2003, en
présence de toute la population de la communauté urbaine de Bordeaux, ainsi que
de toutes les familles d’accueil, eu lieu l’inauguration de la ville
nouvellement reconstruite. Pour cette occasion, le maire avait réservé une
surprise à son bienfaiteur et réparateur. En plein centre ville, sur la place
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