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            A la rentrée scolaire suivante, le trio était donc devenu un duo puisque leur ami Benjamin Tranchet se trouvait, à présent, à plus de mille kilomètres de Bordeaux. Il était scolarisé, en ce début septembre 1998, dans une école française à Amsterdam.

 

            Alors le duo reprit ses habitudes de l'année précédente et les deux enfants restèrent sages comme des images. Une forte amitié les liait dorénavant. A tel point que pour les vacances de cette fin d’année 1998, Damien Daguet fut invité, avec ses parents, à célébrer Noël et la nouvelle année dans la demeure de la famille Villars. Ce furent de splendides fêtes que tout le monde apprécia. De magnifiques décorations illuminaient le sapin et la façade de la villa scintillait de mille feux. Même le père Noël avait été généreux avec Quentin et Damien. Il leur avait apporté tout ce qu’ils désiraient sans la moindre exception. Ce fut des vacances de fin d’année d’autant plus magnifiques pour Damien puisque son père était présent en cette période festive. Ainsi toute la famille Villars put enfin faire la connaissance de Patrick Daguet. Il s’agissait d’un homme d’une structure imposante tant par sa taille que par sa carrure. Il était aussi brun que Damien pouvait être blond. Sous son apparence d’homme un peu bourru se cachait un cœur d’or toujours prêt à rendre service. Ces yeux noirs de jais et sa voix puissante et grave renforcés son personnage d’homme peu aimable au premier abord.

 

            Une fois que les fêtes de fin d'année furent passées, Quentin et Damien reprirent le chemin de l'école maternelle. Là, leur complicité et leur amitié leur permit de faire face à un tragique événement qui allait complètement changer la vie du jeune Damien Daguet.

 

            C'était le mardi 09 février 1999. Damien se rendait à l’école en tenant la main de son père. Rarement chez lui, Patrick Daguet était en vacances au moment de la reprise des cours alors il en avait profité pour emmener son fils. Il revenait d’un long voyage en Afrique du Nord qui l’avait éloigné près de deux mois de son épouse et de son fils. Ses supérieurs lui avaient accordé deux semaines de repos amplement méritées.

 

            Patrick Daguet était un homme jeune puisqu’il avait à peine trente ans. Il était de carrure imposante grâce à la pratique de nombreux sports de combats et sa taille de géant inspirait le respect que tout le monde n’hésitait pas à lui manifester. C’était aussi un homme au grand cœur puisqu’il donnait régulièrement des fonds à des associations humanitaires.

 

            L’enfant allait franchir la grille de la maternelle lorsque, tout à coup, Damien sentit la main de son père lui échapper sans qu'il puisse comprendre pourquoi. Quand il tourna la tête dans la direction de son père, il vit que celui-ci était à terre et se tenait la poitrine d'où s'écoulait du sang.

 

            A l'intérieur de l'école, l'institutrice attendait l'arrivée de Damien et des derniers élèves sur le pas de la porte d'entrée de l'école. En l’espace de quelques instants, elle vit, ou crut voir, une lueur, comme si le soleil, qui brillait pleinement ce jour-là, avait frappé un miroir, depuis un immeuble situé en face de l’établissement. Ce dont elle était absolument sûr, ce fut de voir le père de Damien s’écrouler. Elle aperçut aussi un homme mince et de grande stature s’enfuir en courant avec un objet long caché sous son manteau mais elle ne put déterminer ce que pouvait être cet objet. Elle vit également une voiture noire démarrer à toute allure faisant crisser ses pneus. Lorsqu'elle vit ceci et qu’elle eut prit conscience de ce qui venait de se passer sous ses yeux, elle courut aussitôt dans le bureau du directeur.

 

            "Mon... Monsieur le directeur ! Monsieur le directeur ! Dit l'institutrice complètement affolée et essoufflée. Il faut... vite... téléphoner... aux pompiers... et à la police.

            - Pourquoi donc, mademoiselle Lavroca, demanda le directeur surpris par le comportement de l’enseignante.

            - Je viens de voir le père de l'un de mes élèves se faire assassiner de l'autre côté de la rue, dit-elle sèchement.

            - Je vous demande pardon, répondit le directeur abasourdi.

            - C’est la stricte vérité monsieur le directeur.

            - Vous en êtes vraiment sûr ?

            - Puisque je vous le dis.

            - Bon ! Très bien mademoiselle ! Je les préviens immédiatement, dit le directeur aussi calmement que possible, mais dont les doigts tremblaient sur les touches pour composer le numéro. Pouvez-vous me dire de qui il s’agit.

            - C’est le père de Damien Daguet."

 

            Le directeur de l’école, monsieur Julien Bardaud, était un homme d’une cinquantaine d’année grand et costaud impeccablement habillé dans un costume clair. Mademoiselle Lavroca, quant à elle, était une jeune femme élégante, de taille moyenne et fluette. Elle avait environ trente ans et une chevelure brune et courte.

 

            Pendant que l'institutrice informait le directeur de ce qui venait de se dérouler sous ses yeux et juste devant l’école, un groupe de badauds s'était rassemblé autour de Damien et de son père. Le garçonnet n'arrivait pas à comprendre pourquoi il y avait tant de personnes autour d'eux. Il ne cessait de regarder sa main puis de tourner son regard vers son père toujours allongé à ses côtés et qui, à présent, ne bougeait plus et ne respirait plus non plus. Ses yeux grands ouverts étaient tournés vers son fils et semblaient lui demander pardon pour tout ce qu’il avait fait. Damien semblait étrangement calme devant une telle situation mais en fait c’est qu’il ne comprenait pas du tout ce qui venait de se passer.

 

            A peine cinq minutes plus tard, trois véhicules de la police ainsi qu'une ambulance du S.A.M.U. et un véhicule des pompiers, arrivèrent sur les lieux de la tragédie. Immédiatement les policiers firent s'écarter les passants pour laisser les ambulanciers emmener le corps de monsieur Daguet vers les services compétents afin de savoir les causes exactes de son décès que le médecin du S.A.M.U. venait de constater à neuf heures trois minutes du matin.

 

            En même temps que l'ambulance repartait pour le centre médico-légal de Bordeaux, une voiture banalisée de la police nationale arriva devant l'école et pénétra dans la cours. Aussitôt le véhicule arrêté un homme d'une trentaine d'années, de taille moyenne et de carrure élancée même s’il commençait à avoir un peu de ventre, vêtu d'un costume gris en descendit et se dirigea vers le bureau du directeur accompagné par un commissaire de la police nationale, petit et assez corpulent et approchant de la cinquantaine, habillé, quant à lui, d’un complet noir.

 

            " Bonjour monsieur ! Commandant Lambert de la direction générale des services extérieurs et le commissaire principal Durand de la police nationale, dit l'homme en costume gris en entrant dans le bureau du directeur et en montrant sa carte et en désignant le petit homme rondouillard.

            - Bonjour messieurs ! Monsieur Bardaud, directeur de l’établissement, et mademoiselle Lavroca, institutrice, qui a vu toute la scène, dit le directeur en présentant la jeune femme et stupéfait qu'un agent des services secrets français vienne en personne sur les lieux du meurtre d’un simple père de famille.

            - Très bien ! Mademoiselle pourrions-nous vous parler dans un endroit au calme, demanda le commissaire principal en se tournant vers la jeune femme.

            - Allons dans ma salle de classe. Les enfants ont été mis dans une autre afin qu'ils ne sachent pas ce qui vient de se passer, dit Véronique encore bouleversée. Les cours pour la journée ont été annulés et leurs parents respectifs vont venir les récupérer un peu plus tard.

            - Parfait ! Nous vous suivons ! Mais pourrions-nous tout d'abord aller voir l'endroit où la victime est tombée, intervint l'agent de la D.G.S.E.

            - Bien sûr ! Je vous y conduis tout de suite. Au passage, je voudrais vous signaler que monsieur Daguet amenait son fils à l'école lorsqu’on je l’ai vu s’écrouler. Peut-être voudriez-vous aussi voir le jeune Damien.

            - Je vous remercie, mais je ne pense pas que l'enfant ait pu remarquer grand chose. Toutefois nous irons lui parler quand nous aurons vu les lieux de l'assassinat et que vous aurez répondu à nos questions, répondit le commandant Lambert."

 

            Ils sortirent alors de l’établissement et allèrent tous les trois sur l'autre trottoir pour constater que Patrick Daguet n'avait aucune chance de pouvoir échapper à son assassin. L'endroit était complètement à découvert et d'après la position dans laquelle était le corps, le commandant de la D.G.S.E. en conclut qu'il avait été tué par une personne située sur l'un des toits environnant l'école et que le tireur avait utilisé un fusil à lunettes longue portée certainement muni d’un silencieux pour que personne n’entende le coup de feu.

 

            Cette conclusion, il l’établit sur le simple témoignage des passants qui n’avaient entendu aucun bruit suspect mis à part le départ en trombe de la voiture qui était garée non loin du lieu du meurtre. Il constata effectivement qu’il y avait très nettement des traces de pneus à peine une dizaine de mètres plus loin. Cela signifiait que si le tireur au fusil avait raté sa cible, celui qui se trouvait dans la voiture serait arrivé et aurait abattu l'agent spécial Daguet sans qu'il puisse faire quoi que ce soit pour l'éviter.

 

            En extrapolant les dires de l’institutrice et des passants, il comprit qu’il n’y avait pas eu un mais deux tireurs. Une fois cette constatation faite, il nota le tout sur un calepin ajoutant quelques croquis du secteur puis le commandant Lambert et le commissaire principal Durand retournèrent à l'intérieur de l'école maternelle, pour prendre la déposition de l'institutrice et aller parler avec le jeune Damien.

 

            En revenant vers la cours de l’école le commandant Lambert remarqua un détail près de l’emplacement du corps. En effet il y avait des traces de sang qui partaient  dans une direction opposée à la scène de crime ainsi qu’un mégot de cigarette qu’il ramassa consciencieusement pour qu’il soit analysé plus tard dans le laboratoire de la D.G.S.E.

 

            Pendant que tous les trois allaient dans la salle de classe, mademoiselle Lavroca leur dit qu'elle avait vu un homme, dont elle fit une description détaillée, partir en courant tout de suite après le meurtre en bousculant plusieurs personnes sans s’excuser. Elle put donner une description assez conforme à la réalité sur la voiture qui avait démarrée à toute vitesse. Il s’agissait d’une berline de couleur noire de forte cylindrée. Il sembla à mademoiselle Lavroca qu’il s’agissait d’une voiture de marque allemande. Après ces nouveaux faits, le commandant en conclut alors qu'il devait y avoir au moins trois personnes sur les lieux ce qui confortait ce qu’il avait constaté. Celui-ci lui rappela aussitôt la méthode de travail de plusieurs groupes terroristes. Il en déduisit également que le capitaine Patrick Daguet devait être sur une enquête très explosive. Le commandant Lambert nota également ce fait sur son calepin.

 

            Après avoir fini d’interroger mademoiselle Lavroca, ils allèrent voir le jeune Damien. L'enfant se trouvait avec le psychologue de l'école. Il ne réalisait pas encore ce qui venait d'arriver à son père. Il semblait dans un autre monde. Il ne cessait de regarder autour de lui à la recherche d’un père qui ne reviendrait plus mais il restait complètement silencieux. Le commissaire principal Durand et le commandant Lambert en conclurent qu'ils n'apprendraient rien de nouveau sur le mystérieux meurtre du capitaine Patrick Daguet, agent spécial de la D.G.S.E. Le commissaire principal essaya tout de même d’interroger l’enfant mais le psychologue lui interdit de le faire pour éviter un plus grand traumatisme.

 

            Une semaine après son assassinat, le capitaine Daguet fut enterré avec tous les honneurs dû à son rang. Il fut même fait chevalier de la légion d'honneur à titre posthume. Tout ceci fut fait dans la plus stricte intimité en présence d’une veuve et d’un jeune garçon en pleurs et sous le choc de la nouvelle. Il pleuvait à torrent pour cet enterrement.

 

            Madame Daguet, jeune femme d’à peine vingt cinq ans, blonde aux yeux verts maquillés, élancée, portait en ce jour funeste un ensemble noir comprenant une jupe serrée, des escarpins un tailleur et un chapeau avec un voile.

 

            Au fil des jours et des mois, Damien apprit que son père n'était pas le simple ingénieur en informatique qu'il prétendait être. Il était en réalité un agent des services secrets, spécialiste du décryptage et des missions périlleuses. Il était, au moment de son meurtre, sur une importante affaire très délicate en relation avec les pays du Maghreb. Et en fait au moment où Patrick Daguet fut en congé dans sa famille coïncidait avec une information reçut par ses supérieurs selon laquelle il aurait été démasqué au sein de l’organisation terroriste mais sans avoir pu réussir à confirmer cette information.

 

            Après plus de cinq mois d’enquête, les services du RAID en collaboration avec les services spéciaux de la D.G.S.E., mettaient la main sur une dizaine de personnes susceptibles d’être responsable du décès du capitaine Daguet. Il s’agissait d’un groupuscule irakien et à leur domicile les policiers retrouvèrent un important stock d’armes et de munitions, plus de trois millions de francs en petites coupures ainsi que les plans du quartier où était située l’école de Damien. Seulement il ne s’agissait là que des hommes de paille. Les têtes pensantes n’étaient pas en France et ne seraient sûrement jamais inquiétées par de quelconques représailles bien que des soupçons planaient sur certains noms.

 

            Damien Daguet, grâce à la présence constante de sa mère, de Quentin, du psychologue et de monsieur et madame Villars, sut surmonter cette épreuve qui le frappait directement au plus profond de son jeune esprit d'enfant, même si cela était parfois difficile mais, ce qu'il n'arrivait toujours pas à comprendre, c'était pourquoi son père avait été tué en pleine rue et devant autant de personnes. Il ne comprenait pas non plus pourquoi son père qui était un simple ingénieur en informatique, pouvait être un agent des services secrets français. Et que cette situation durait depuis plus de dix ans. Tout était plutôt embrouillé dans son esprit. La seule chose de vraiment claire pour lui c’était qu’il ne pourrait plus jamais voir et parler à son père et qu’il ne pourrait plus jamais faire autant confiance en des personnes qui sont proches de lui de peur d’être déçu par la suite par des révélations qui pourraient le blesser au plus profond de sa chair.

 

            La fin de cette deuxième année scolaire arriva avec soulagement pour Damien et Quentin. Ce qui allait leur permettre de s’évader loin de tout ce monde de violence et d’injustice qui les dépassait et qu’ils ne comprenaient pas.

 

            Pour faciliter cette évasion, ils allèrent se changer les idées dans les montagnes de la Forêt Noire. Cet endroit avait vu le jour de toute la famille maternelle de Bernard Villars. Le grand-père de ce puissant industriel était né dans cette contrée. Allemand de pure souche, il avait été l'un des partisans les plus farouches de la lutte contre le nazisme et avait d’ailleurs perdu un bras lors d’un raid sur un dépôt de munitions allemand. Sa mère, pour l’aider à s’endormir, lui racontait les exploits du "Loup Blanc", nom de code qu’avait son grand-père dans la résistance et qui lui valut de recevoir la Croix de fer des mains du président Adenauer en 1950.

 

            Quentin était ravi de revenir dans ce lieu plein de souvenirs familiaux et il aimait se balader dans cette immense forêt où se trouvait la propriété familiale. Et c’était l’occasion pour Damien de penser à autre chose qu’au décès de son papa et de ce qu’il avait été en réalité.

 

            Trois cent hectares de propriété dont plus de la moitié était une épaisse forêt. La villa comptait une cinquantaine de pièces, largement de quoi faire pour deux enfants et à l’extérieur il y avait piscine, terrain de tennis et de basket.

 

            Tout ce petit monde étaient partis très tôt. Quentin et Damien s’endormirent très vite après le début du voyage. Ils arrivèrent en fin de matinée, après plus de six heures de route, sur leur lieu de vacances, la demeure des Valkenburg, nom de jeune fille de la mère de Bernard Villars, décédée le 5 juillet 1998 et enterrée dans le petit cimetière situé non loin de la villa mais à l’abri des regards des visiteur du domaine. L’emplacement de la sépulture avait été soigneusement choisi. Katerina Valkenburg aimait beaucoup les ballades dans la forêt domaniale. Ce fut donc proche de celle-ci qu’avait été placé l’ensemble des tombes de la famille.

 

            Ils avaient préféré prendre la voiture plutôt que l’avion afin de permettre aux enfants de voir tous les différents paysages des régions qu’ils allaient traverser mais aussi pour visiter certains lieux historiques.

 

            A peine les bagages furent-ils rentrés dans l’immense maison, que Quentin prit Damien par la main et qu’ils coururent jusqu’au premier étage où il y avait une grande pièce qui leur était entièrement consacrée. On pouvait y trouver tout ce qu’un bambin avait besoin pour s’amuser. Des jeux, des jouets, des consoles de jeux, ainsi qu’une télévision, un magnétoscope et un lecteur de DVD. Il y avait beaucoup plus qu’un enfant pouvait en utiliser mais Quentin et Damien feraient en sorte de s’amuser avec tout ce qu’il y avait durant leur séjour dans la Forêt Noire. Toutefois avant de commencer à jouer, ils devaient manger car le voyage avait été long et ils avaient tous très faim.

 

            Ils passèrent tous à table où ils prirent un buffet froid sur l’immense terrasse ensoleillée. Les tomates, le jambon, les chips et les fruits furent avalés en un rien de temps. Durant le déjeuner, les adultes essayèrent d’organiser leur séjour. Comme Damien et sa mère ne connaissaient pas la région, Bernard, Nicole Mathilde et Quentin se firent un devoir de leur faire découvrir cette magnifique région riche par son architecture mais également en monuments historiques et fief du roi de Bavière et de l’impératrice Elisabeth de Wittelsbach, dite Sissi.

 

            L’après-midi passa rapidement pour Quentin et Damien et l’heure du dîner arriva. Ils n’arrêtèrent de jouer que lorsque leurs parents leur demandèrent de descendre pour manger. Les deux enfants mangèrent en silence et commençaient même à s’endormir à table et, sitôt après le repas, ils allèrent chacun dans leur chambre et se couchèrent sans plus attendre tellement ils étaient fatigués des nombreux jeux qu’ils avaient fait et du voyage. Il était à peine vingt et une heures.

 

            Pendant ce temps-là, les parents de Quentin et Sylvie Daguet, qui était venue avec eux pour les vacances, s’étaient retirés dans le petit salon d’été pour discuter de choses et d’autres et notamment du petit Damien.

 

            " Comment va Damien en ce moment, demanda Nicole.

            - Ca peut aller, mais il fait souvent des cauchemars et des crises d’angoisse en journée.

            - Si vous voulez nous pouvons vous conseiller un très bon pédopsychiatre qui est très compétent.

            - Je vous remercie. Le pédopsychiatre de l’école s’occupe déjà très bien de lui et il le voit même en dehors de l’établissement. Ce que je n’arrive pas à saisir c’est pourquoi mon mari ne m’a jamais dit qu’il faisait parti des services secrets français.

            - Simplement pour votre sécurité je suppose, dit Bernard. Il devait certainement se dire que moins vous en sauriez sur ses activités et moins vous risqueriez de vous trouver mêlés dans des affaires d’importance nationale et c’était également aussi pour éviter que vous vous inquiétiez lorsqu’il partait en mission.

            - Vous devez certainement avoir raison, mais tout de même. Et qu’est-ce que l’on va devenir maintenant, dit Sylvie en commençant à pleurer.

            - Ne vous inquiétez surtout pas pour ça. Si vous avez besoin d’un travail je m’arrangerai. En plus, il me semble que l’état vous versera une rente mensuelle. Je sais que ça ne ramènera pas votre mari mais ce sera toujours ça. En plus vous avez l’assurance vie que votre défunt époux avait contractée pour des cas comme celui-là. Et avec la légion d’honneur Damien pourra intégrer gracieusement des établissements de prestige pour se forger un avenir. Mais ce qu’il vous faut surtout pour le moment, c’est un soutien psychologique. Vous irez voir de ma part le docteur Legay lorsque nous rentrerons à Bordeaux, dit Bernard.

            - Mais dans l’immédiat, coupa Nicole, il faut vous détendre et profiter pleinement de ces vacances.

            - Je ne vous remercierai jamais assez pour tout ce que vous faites.

            - Ce n’est rien. Ca nous fait plaisir d’aider ceux qui en ont réellement besoin, affirma Nicole en serrant madame Daguet contre elle pour la consoler. Au moins comme ça on sait que l’argent que nous possédons sert à quelque chose. Vous savez je suis peut-être une aristocrate et Bernard un grand industriel, nous sommes aussi et avant tout des êtres humains et la peine des autres nous touche aussi donc si avec notre fortune nous pouvons aider alors nous sommes récompensés par ce que nous gagnons.

            - Bon ! Il commence à se faire tard. Allons nous coucher, conclut Bernard Villars en se levant. "

 

            Ils se levèrent alors tous les trois et se dirigèrent vers le premier étage pour aller se coucher à leur tour. Chacune des chambres était mitoyenne les unes des autres et communiquaient toutes entres elles. Comme ça en cas de besoin, ils étaient tous à côté. Celles des enfants se situaient entre celles de Bernard et Nicole et celle de madame Daguet.

 

            Le lendemain et les jours suivants, les deux enfants s’amusèrent toujours autant. Ils visitèrent également tous la région. Madame Daguet et Damien purent admirer l’incroyable architecture et l’immensité de la forêt. Ils se rendirent ainsi compte de la grande diversité qu’offrait cette région si verdoyante et où les plus beaux palais royaux se mêlaient à la flore locale. C’est ainsi qu’ils visitèrent certains des demeures du roi fou, Louis II de Bavière. Ils firent également un saut jusqu’à la propriété de l’impératrice Sissi. Le mois de juillet passa rapidement et le mois d’août encore plus vite. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, les vacances allaient bientôt se terminer. Ils repartirent donc en direction de Bordeaux le 26 août pour pouvoir préparer la nouvelle rentrée des classes.

 

            Et lors de leur dernière rentrée en école maternelle, Quentin et Damien reprirent leurs habitudes. Mais l'attention de Quentin sur son camarade était bien plus importante que durant les deux années précédentes. Damien avait toujours en mémoire ce qui était arrivé à son père, même s’il s’était fait à l’idée qu’il avait été un agent secret, et Quentin s'en rendait bien compte. Il le voyait par les dessins que faisait Damien, qu'il trouvait d'ailleurs curieux, mais aussi par ses gestes et sa peur de regarder de l'autre côté de la rue, et plus précisément l'endroit même où son père avait été tué. Le psychologue de l’école avait réussi à lui faire comprendre la situation et il avait évité que Damien se renferme sur lui-même. Tout ceci montrait l’intelligence précoce que possédait le jeune Quentin vis à vis de la vie. Il était le plus merveilleux des amis que Damien ait pu avoir. Celui-ci le savait très bien par ailleurs même s’il ne le lui montrait pas très souvent.

 

            Depuis la mort de Patrick Daguet, Damien était incapable de venir à l'école à pieds. Le meurtre de son père était toujours présent à son esprit et il avait énormément de mal à s’en défaire. A chaque coin de rue, il s’imaginait être la proie d’un tireur embusqué. A tel point qu’il faisait des cauchemars incessants sur le drame de son père.

 

Sa mère le conduisait donc chaque matin en voiture jusque devant la porte de l’établissement, où il était ensuite pris en charge par le personnel enseignant, avant de partir, elle-même, à son travail. Elle était secrétaire de direction dans l’une des sociétés de Nicole Villars. Elle avait démissionné de son poste de secrétaire du garage automobile où elle travaillait avant pour prendre le poste de secrétaire de direction que Nicole lui offrait. Il était même impossible à Damien de marcher sur un trottoir sans regarder sans cesse autour de lui de peur que quelqu’un surgisse de la foule et vienne également le tuer. Quand Sylvie ne pouvait pas emmener son fils à l’école c’était le chauffeur personnel de la famille Villars qui venait prendre le petit Damien chez lui pour le déposer juste devant la grille de l’école et il pouvait ainsi faire tout le voyage en compagnie de son meilleur et unique ami, Quentin.

 

            Tout au long de cette année scolaire, Quentin surveilla son copain Damien Daguet. A la moindre alerte de détresse, qu’il avait réussi à repérer, il avertissait l'institutrice. Le garçonnet, depuis ce terrible événement, suivait une psychothérapie avec le pédopsychiatre de l'école. Et dès qu'il sentait qu'il perdait pied avec la réalité, il allait le voir.

 

            Le thérapeute était disponible à tout moment pour Damien et ça le réconfortait. Cependant William Santos, un homme d’une trentaine d’année avec une épaisse chevelure brune et des yeux tout aussi marron, ne pouvait s’empêcher de venir aussi à l’improviste, soit dans la classe soit au domicile du petit Daguet pour savoir comment il vivait sa situation en dehors des heures où il le voyait dans son bureau.

 

            Le pédopsychiatre du haut de son mètre soixante-dix arrivait à se fondre dans la masse des élèves et pouvait ainsi observait Damien sans le gêner. Toutefois il était inquiet par certains comportement du garçonnet car malgré tout il s’était forgé une carapace qu’il était difficile à briser. Monsieur Santos dut se rendre à l’évidence que jamais plus le jeune Daguet ne pourrait être aussi souriant qu’il avait pu l’être avant le décès de son père.

 

            A la fin de cette dernière année d'école maternelle, Damien et Quentin firent un cadeau à leur institutrice. Ils avaient fait un superbe dessin qui symbolisait tout l'amour qu'ils avaient eu à l'avoir comme enseignante. Véronique Lavroca fut très touchée de cette attention.

 


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