2 Cela faisait maintenant trois mois que Bernard, Nicole et Mathilde Villars étaient revenus du Tibet. Monsieur et madame Villars avaient repris leurs occupations qu’ils avaient cédées durant leur absence au vice-président de la holding Villars et la petite Mathilde était retournée à l’école. Elle rentrait, en cette année scolaire 1993, en classe préparatoire. "La cour des grands" comme elle dit le jour où elle franchit les grilles du groupe scolaire Saint Joseph Tivoli. Depuis près d’un mois, Nicole se sentait très souvent mal, mais elle ignorait d'où cela pouvait bien venir, malgré quelques soupçons qu’il lui fallait confirmer, car en mère et femme qu’elle était, elle connaissait tout de même assez bien son corps. Pour cela elle prit la sage décision d'aller consulter son gynécologue, car malgré les soupçons, elle avait peur d’avoir contracté une quelconque maladie qu’elle aurait pu attraper lors de son long séjour au Tibet. Ce pays en voie de développement avait un système d’hygiène et alimentaire relativement rudimentaire et il n’était pas rare que la population attrape une maladie parfois mortelle par manque de soins adaptés. Lorsqu’elle se leva en ce lundi matin et en ce jour de rentrée scolaire pour la petite Mathilde, la première chose qu’elle fit juste après avoir pris son petit déjeuner et une douche, elle s’habilla et se dirigea vers son bureau de la villa. Elle prit le combiné téléphonique et composa le numéro de son gynécologue. Un rendez-vous fut pris pour le matin même vers onze heures. Comme il n’était que neuf heures trente, elle s’occupa de quelques affaires courantes et notamment d’un dossier important concernant le rachat d’un groupe financier qui possédait un pôle presse de grande envergure. C’était ce pôle qui l’intéressait. Elle avait laissé la charge du reste du groupe financier à son mari, mais elle avait du mal à se concentrer sur les différents dossiers. Elle n’oublia pas, au préalable, d’emmener elle même la petite Mathilde à l’école. A dix heures trente, Nicole partit de la villa et se dirigea vers le centre ville de Bordeaux où était situé le cabinet de son gynécologue. A peine arrivée au cabinet du docteur Nathalie Vincent, celle-ci la fit pénétrer dans son bureau. Ce médecin de trente-cinq ans était une ravissante femme avec de magnifiques cheveux bruns coupés au carré et de transperçant yeux verts. Sous sa traditionnelle blouse blanche, elle portait un pantalon noir et un chemisier bleu. Elle avait dans les pieds des escarpins noirs. Elle était de grande stature et de taille mince. Son élégance naturelle aurait pu la conduire sur des podiums plutôt que dans un cabinet médical. " Bonjour Nathalie ! Comme je vous l’ai dit au téléphone, je voudrais savoir ce qui m'arrive, car depuis quelques temps je me trouve un peu bizarre et je crois bien que je suis en retard dans mes menstruations. Je suppose que je suis de nouveau enceinte mais j’aimerai tout de même en être parfaitement certaine. - Bon ! Voyons voir cela ! Je vais d'abord vous faire une prise de sang pour, en premier lieu, voir si vous n'avez pas attrapé une quelconque maladie pendant que vous étiez au Tibet et ensuite vérifier si vous êtes effectivement enceinte, car d'après les symptômes que vous m'avez décrits au téléphone et comme vous le supposait, il se pourrait effectivement que ce soit le cas." Le docteur Vincent fit allonger Nicole Villars sur la table d’auscultation afin de lui prendre un peu de sang et procéder à un examen rapide de son pouls et de sa tension. " Quand aurez-vous les résultats de la prise de sang, demanda Nicole pendant que Nathalie Vincent effectuait le prélèvement. - Nous devrions les connaître d'ici trois jours, mais il ne faut pas vous inquiéter, je vous téléphonerai lorsqu’ils me seront communiqués . - Très bien ! J'attends donc votre appel avec impatience." L’examen de Nicole se poursuit par la prise de la tension, palpation de l’abdomen et une vérification de son rythme cardiaque Une fois tous les examens terminés, madame Villars pris congé du docteur Vincent et retourna à la villa où elle resta toute la journée. Elle se plongea tant bien que mal dans les dossiers qui réclamaient son attention. Le soir, lorsque Bernard fut de retour du bureau, Nicole lui fit part de sa consultation chez le docteur Nathalie Vincent. Monsieur Villars avaient paru inquiet tout au long de la journée et il ne parvenait pas à s’enlever de la tête que s’il devait arriver quelque chose à son épouse ce serait de sa faute pour l’avoir inciter à l’accompagner aussi longtemps et aussi loin. Elle lui avait fait part de ses problèmes de règle et de ces nausées matinales et essaya de rassurer son époux comme elle put. Et par la même occasion elle essaya de se rassurer elle-même. " Chéri, commença Nicole, il se pourrait que je sois de nouveau enceinte, mais Nathalie a préféré faire des analyses plus complètes afin de vérifier si je n'ai pas ramené de maladie du Tibet. Toutefois je ne pense pas que ce soit le cas sinon j’aurais dû avoir des symptômes bien avant mais il faut quand même écarter tous soupçons. - Si tu es enceinte, continua Bernard, comme je le souhaiterais, ce serait merveilleux ! Mais il faudrait vraiment en être sûr avant de faire des projets à longue échéance. Quand auras-tu les résultats de la prise de sang ? - Je les aurai d'ici deux à trois jours, mais Nathalie a dit qu'elle me téléphonerait lorsqu'elle les aura. - Parfait ! Nous n'avons donc plus qu'à patienter en évitant de trop stresser. A propos, demain tu as un conseil d’administration du groupe Baron. - Ok ! Je me mettrai au travail après le dîner. Sinon je pense avoir trouvé un bon compromis pour le rachat du pôle presse du groupe financier. Je dicterai le rapport à la secrétaire demain matin avant le conseil d’administration. Tu me diras ce que tu en penses." Le lendemain, après avoir dicté le rapport pour son mari, qu’il approuva après l’avoir attentivement lu, elle se rendit à son conseil d’administration et ensuite elle retourna à la villa afin de se reposer. Avec tout le travail qu’elle avait fait la veille au soir et ses nausées à répétition, elle dormait assez peu. Sa présence dans les bureaux de la holding n’était pas indispensable puisqu’elle n’avait aucun rendez-vous important de prévu. Durant deux jours, à l'heure des repas, il n'était plus question de parler du travail mais uniquement de la prise de sang et de l'attente incessante des résultats. Mathilde, bien sûr, n'était pas épargnée dans ces conversations d’adultes, car elle ne pouvait pas échapper à ce qui se disait à table, mais elle n'osait pas trop poser de questions. Alors pour lui éviter de le faire, se furent Bernard et Nicole qui le firent. " Mathilde, commença Bernard, tu dois certainement te poser beaucoup de questions quant à ce qui se passe avec maman. - Eh bien ! Saches ma fille, continua Nicole, que j'ai actuellement quelques soucis de santé et j'ai été faire une prise de sang pour savoir ce que j'ai exactement. - Maman, la piqûre t’a fait mal ? - Non ma chérie, pourquoi ? - Je ne veux pas que l’on te fasse mal maman. - Tu es gentille. Mais non, le docteur ne m’a pas fait mal. - Tant mieux. Je n’aime pas les docteurs qui font mal. Ils sont méchants. - Et comme il a été fait plusieurs diagnostics possibles à maman, reprit Bernard, il est probable que maman attende un bébé. - Oui, mais si maman attend un bébé, dit enfin Mathilde, il faudra que quelqu'un s'occupe de maman, parce qu'il ne faudrait pas que le bébé ait des problèmes lorsqu'il va naître. - Si effectivement maman attend un enfant, elle restera à la maison quand elle ne se sentira pas la force de venir travailler avec papa et je m'occuperai de ses sociétés, comme je le fais déjà avec les miennes. - Et pendant que tu t'occuperas du travail de maman, moi je m'occuperai de maman à la maison quand je rentrerai de l’école. Il faudra aussi une nanni pour le bébé. - Si cela ne te dérange pas, le bébé aura la même nourrice que toi. - Super ! Le bébé verra que nanni Mag est très sympa." Magalie Thorn, femme aux cheveux bruns d’une quarantaine d’années de taille moyenne mais élancée, rentrait chez elle tous les soirs, connaissait parfaitement l’état de santé de Nicole puisque celle-ci lui en avait parlé dès le premier jour. Elle lui avait même proposé, si elle était effectivement enceinte, de devenir la nourrice du nouvel enfant avec une augmentation de salaire et une chambre dans la villa. Travaillant pour la famille Villars depuis de nombreuses années maintenant c’est avec plaisir que Nicole accéda à ses exigences. L'attente des résultats sanguins fut longue. Il ne se passait pas un jour sans que Bernard, Nicole ou Mathilde en parle. Et alors que la troisième journée commençait à peine, le téléphone sonna. Nicole Villars se trouvait derrière son bureau au trentième étage de la holding Villars, à côté de celui de son mari et des autres directeurs de groupe. Elle donnait les dernières consignes aux directeurs de son groupe par visioconférence interne. " Madame, un appel important pour vous, dit la secrétaire. - Très bien, dit Nicole à l’adresse de sa secrétaire... Messieurs, mesdames, vous savez ce que vous avez à faire maintenant. Bonne journée à tous. Elle éteignit le visiophone et prit la communication de Nathalie Vincent. Béatrice, tu peux me la passer. - Très bien madame, ligne 2. - Merci Béatrice. - Nicole, c'est le docteur Nathalie Vincent. Je viens de recevoir les résultats de vos analyses sanguines. Pourriez-vous passer à mon cabinet pour que nous en discutions ? - D'accord ! J'arrive tout de suite. Et elle raccrocha le combiné." Nicole Villars prit sa veste, sortit de son bureau et avertit sa secrétaire qu’elle s’absentait pour le reste de la matinée. Elle lui dit aussi de passer à la villa en début d’après-midi pour qu’elle puisse lui dicter du courrier ainsi que quelques notes de service. Près de trois-quarts d’heure plus tard, Nicole fut dans le cabinet du gynécologue Nathalie Vincent. Un large bureau en chêne séparait les deux femmes qui étaient chacune assise dans un fauteuil en cuir noir très confortable. Derrière le fauteuil qu’occupait le docteur Vincent se trouvait son diplôme de médecine accroché au mur. " Nicole ! Merci d'être venue aussi rapidement. - Alors, que disent les analyses. - Je ne sais pas encore quelle est la teneur des résultats, car je vous ai téléphoné dès que j'ai aperçu l'enveloppe qui les contient et je voulais attendre votre arrivée pour l’ouvrir. - Il me tarde de savoir à présent. - Eh bien ! Allons-y, dit le docteur Vincent en ouvrant l'enveloppe avec un coupe papier." Elle lut attentivement le courrier et les résultats d’analyses, puis elle s’adressa de nouveau à Nicole. " Il se trouve, ma chère Nicole, que, comme vous le supposiez, vous attendez un heureux événement. De plus, selon les résultats, il n’y a aucune trace d’un quelconque virus ou bactérie d’origine asiatique ou européenne dans votre sang. Vous êtes seulement enceinte et ce depuis près de deux mois. - Enceinte ! S'émerveilla Nicole. Mais c'est incroyable. Surtout de savoir que cela fait presque deux mois que j'attends ce bébé. - Oui, c'est en effet incroyable que vous ne commenciez que maintenant vos problèmes de santé. Nous allons maintenant vérifier par une échographie si l'enfant se porte bien, mais il faudra revenir dans un mois pour faire une échographie. Celle que nous allons faire tout de suite, ne révélera pas grand chose si ce n’est si le fœtus est bien placé ou non." Pendant qu'elle effectuait l'échographie, le docteur Nathalie Vincent constata que le fœtus était normalement constitué et bien placé. En même temps que le médecin effectué l’examen, Nicole lui demanda si elle pouvait savoir le sexe de l'enfant à venir même si avec seulement deux mois de grossesse, il était impossible à Nathalie Vincent de savoir actuellement si Nicole allait mettre au monde un garçon ou une fille. Cependant elle essaya tout de même de découvrir quel sera le sexe du futur bébé. Mais elle ne réussit pas à donner la moindre certitude à Nicole sur le sexe de l’enfant à naître. Les mois étaient longs jusqu'au jour où elle allait mettre au monde ce second enfant qu'elle était dorénavant pressée de prendre dans ses bras. Ce temps-là fut mis à parti pour chercher un prénom au bébé. Même Mathilde et Bernard cherchèrent comment ils allaient appeler le nourrisson. Et ce fut Mathilde, après trois mois de durs dialogues avec ses parents, qui trouva le prénom de son futur frère. L'enfant s'appellerait alors Quentin. Bernard trouva le petit nom si c’était une future petite fille. Elle se prénommerait Michaëla-Lucia, en hommage à chacune des grands-mères du futur bébé. C'était des prénoms qui plaisaient beaucoup à Mathilde et à ses parents également. Lors de la consultation du quatrième mois, Nicole sut enfin que l’enfant serait un garçon. Elle était si fière de pouvoir donner un petit frère à Mathilde qu’elle prit Nathalie Vincent dans ses bras à l’annonce de cette nouvelle. Mais les jours et les mois qui restèrent jusqu’à l’accouchement passèrent plus vite que Nicole l'avait espérée, si bien qu'elle entamait à présent son huitième mois de grossesse. Lors de sa dernière consultation chez sa gynécologue, celle-ci lui apprit que Quentin était maintenant normalement formé et qu'il ne présentait aucun problème de constitution d’après ce qu’elle pouvait voir à l’échographie. Depuis le sixième mois Nicole Villars restait au domicile pour continuer à s’occuper des affaires de son groupe tout en laissant à son mari le soin de participer aux différentes réunions importantes et à son directeur adjoint les rendez-vous avec les différents fournisseurs et clients mais aussi avec les institutions et les personnalités importantes. Puis arriva le mois de mai et les beaux jours. La fin du mois de ce arborait déjà un chaud soleil et en ce lundi 29 mai 1995, alors que Nicole consultait son horoscope du jour, tout en prenant son petit déjeuner, elle sentit les premières contractions qui annonçaient la naissance du petit Quentin. La nourrice n’étant pas là et le majordome parti faire des courses pour le repas de midi, elle prit aussitôt le combiné et téléphona directement sur la ligne privée de son mari qui se trouvait déjà à la tour Villars afin de préparer une importante réunion sur le rachat d’un nouveau groupe financier et l’intégration au sein de la holding de trois banques, une société de crédit, dix magazines à grand tirage ainsi qu’une maison d’édition et deux sociétés d’assurances. A la nouvelle de l’arrivée imminente de son fils, Bernard sortit en trombe de son bureau. Dans un souffle il avertit son secrétaire d’annuler tous ses rendez-vous de la journée puis il prit le premier ascenseur qui venait à lui et qui le mena jusqu'au rez-de-chaussée et enfin il monta dans sa Ferrari et alla aussi vite qu'il put jusqu'à la villa tout en essayant au maximum de respecter la limitation de vitesse et les panneaux de signalisation. Durant le trajet qui l'amenait chez lui, il téléphona à la police pour savoir s’il leur était possible de venir lui ouvrir la route, car sa femme allait bientôt accoucher et Il avait peur qu’une ambulance non escortée n’est pas le temps d’arriver avant la venue au monde du petit Quentin. Arrivé à destination, il constata
que Nicole avait, tant bien que mal, réussi à faire une valise puisque la nourrice
était partie emmener Mathilde à l’école et que le majordome n’était toujours
pas revenu. Madame Villars avait laissé un message sur la table de la cuisine
pour l’employé afin qu’il sache où elle se trouvait. Lorsqu'ils furent à
l'entrée de la villa, deux motards de la police nationale étaient également
présents et les attendaient patiemment. Bernard Villars changea de véhicule
pour prendre Tout au long du parcours jusqu'au centre hospitalier régional Pellegrin, la police fit arrêter les voitures afin que Bernard et Nicole puissent arriver le plus rapidement possible. Il fallut tout de mêmes vingt minutes au couple pour aller de la villa à l’hôpital. Vingt minutes de souffrance pour Nicole qui était ballottée dans tous les sens dans les virages et qui avait des contractions de plus en plus rapprochées. A peine la voiture fut-elle arrêtée qu’un brancard les attendait et que les infirmiers conduisirent Nicole en salle de travail où le petit Quentin naquit à treize heures dix. C’était un bon gros bébé de quatre kilos sept cent cinquante grammes pour cinquante et un jolis centimètres. En même temps que Nicole était emmenée en salle de travail, Bernard téléphona au domicile de la nourrice afin de la tenir au courant de la situation et de la venue prochaine du bébé. Magalie venait tout juste de rentrer lorsque le téléphone sonna. Elle était ravie et anxieuse de savoir que le petit Quentin allait bientôt naître. Elle devait s’occuper de la villa, avec le majordome, et de Mathilde le temps que Nicole reste à l’hôpital avec le bébé. Bernard ne rentrant qu’au moment des repas puisqu’il allait s’occuper des sociétés de sa femme en son absence. Quand enfin Nicole et Quentin rentrèrent à la villa, Magalie donna son congé de l’appartement qu’elle occupée jusqu’à maintenant pour venir emménager dans une des chambres de la demeure de la famille Villars, à la demande express des époux Villars qui pensaient que ce serait mieux pour elle, et pour eux, qu’elle vienne habiter sous le même toit car ce serait plus pratique pour s’occuper des enfants. Une solution beaucoup plus pratique pour qu’elle puisse s’occuper à la fois de Mathilde et du tout jeune Quentin qui allait avoir besoin d’elle puisque Nicole voulait reprendre son travail assez rapidement. |
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