4 En ce mardi 06 septembre 2000, c'était la première rentrée scolaire du jeune Loïc. Malgré quelques difficultés d'élocution il faisait une rentrée normale. Comme il semblait très intelligent pour son jeune âge, Martine ne se faisait pas trop de soucis quant à son suivi scolaire. Sa mère l'accompagna jusque dans la classe où elle s'entretint pendant quelques minutes avec la maîtresse pour la tenir au courant de l'état de santé dans lequel se trouvait Loïc et de ce qu'il fallait faire en cas de crise. Mademoiselle Granville, qui était l’institutrice de la classe de Loïc, savait parfaitement quoi faire dans ce genre de cas. Elle avait déjà été mise au courant de l’état de santé du jeune Sanders lors d’un entretien qu’elle avait eu avec le directeur trois jours avant et elle avait demandé à l’infirmière de l’école où Loïc allait étudier ce qu’elle devait faire si l’enfant avait une crise d’asthme. Une fois qu'elle eut fini de lui donner quelques conseils, malgré ce que lui avait dit l’institutrice, ainsi que le médicament contre l'asthme que le docteur N'Guyen avait prescrit à sa sortie du centre au jeune Loïc, Martine Sanders quitta la salle de classe en laissant son fils entre les mains de l'institutrice. Loïc ne pleura même pas lorsqu’il vit sa mère s’éloigner petit à petit de l’école maternelle le laissant ainsi seul au milieu d’inconnus. Comme le lui avait appris le docteur N’Guyen, il essaya de se contrôler pour faire face au stress qui monter en lui. La journée se passa sans problème.
Lorsque Martine vint récupérer Loïc, celui-ci semblait être en pleine forme et
ne pas souffrir de son asthme. Il était, encore à ce moment-là, un enfant comme
tous les autres. Mais dès que la porte de l'appartement fut franchie, une
violente crise d'asthme frappa Loïc. Aussitôt Martine sortit Dans un dernier recours, elle se décida à appeler les pompiers qui arrivèrent à peine deux minutes plus tard, sirènes hurlantes et gyrophares allumés, devant la petite maison que la famille Sanders habitait avec l’argent que Dominique Sanders avait gagné grâce à son entreprise. Immédiatement mis sous perfusion et placé sous respirateur artificiel, les infirmiers le transportèrent dans l'ambulance du SAMU 33, appelée en renfort, et celle-ci partit dans un tintamarre indescriptible en direction du CHU de Bordeaux où le docteur Valenberg attendait avec impatience son jeune patient. Dès qu'ils furent arrivés, le médecin alla voir Loïc, et il ne put que constater que celui-ci était tombé dans le coma. Il demanda alors une surveillance constante grâce à un électrocardiogramme et un électroencéphalogramme. Il demanda aussi toute une batterie d’examen pour connaître la cause exacte de la crise d’asthme. Il lui fallait le plus de renseignements possible pour savoir quoi faire et administrer à Loïc. Lorsque Martine eut terminé de
remplir les papiers d'admission, le médecin s'avança vers elle et lui demanda
si Loïc avait déjà eu des crises d'asthme aussi violentes. Madame Sanders lui
répondit que son fils avait déjà fait des crises d'asthme, mais elles n'avaient
jamais été aussi fulgurantes. Elle lui dit également que Loïc avait son propre
médecin qui connaissait tout son dossier médical et que celui-ci se trouvait à Une fois le numéro de téléphone donné, il alla immédiatement dans son bureau, pour être au calme afin d'entrer en communication avec le médecin personnel de Loïc et essayer de trouver un début de solution sur un éventuel traitement. Il fallut à peine deux sonneries pour qu’une voix féminine s’entende dans l’écouteur du combiné. " Bonjour ! Centre spécialisé
de - Bonjour ! Ici le docteur Valenberg de l'hôpital Pellegrin de Bordeaux. Puis-je parler avec le docteur N'Guyen ? - Un instant je vous prie, dit la secrétaire. - Docteur N'Guyen ! Que puis-je pour vous cher confrère ? Répondit le médecin après moins d’une minute d’attente. - J'ai en ce moment dans mon service de soins intensifs un de vos patients. Il se prénomme Loïc Sanders. Sujet asthmatique, il est arrivé à l'hôpital voilà maintenant près d'une heure dans un état de coma avancé. Je l'ai fait placer sous assistance respiratoire et cardiaque. Cependant, ne connaissant pas son dossier personnel, je voudrais avoir un peu plus de renseignements le concernant. Tout ce que je peux vous dire le concernant, c'est qu'à la lecture des premiers examens que nous avons faits, il ressort, qu'il a purement et simplement fait une crise d'angoisse si importante qu'elle lui a déclenchée une crise d'asthme qui l'a mis dans le coma. - Très bien ! Alors, attendez que je regarde dans mon fichier informatique. Voilà, le jeune Loïc Sanders est un patient très particulier. Cela fait maintenant plus de trois ans que je le suis pour son asthme. Pendant les trois années où il était au centre, nous avons essayé de diminuer la charge de ces gênes, mais les seuls que nous n'avons pas réussis à soigner, puisqu'il dépend exclusivement de Loïc, ce sont les crises d'asthme dû au stress, à l'angoisse et à un effort physique important. Et puisque mon patient est chez vous actuellement, je vais en profiter pour venir voir comment il a réagi aux différents traitements que nous lui avons administrés durant son séjour au centre. - Parfait ! Sachant maintenant cela, je vais essayer de trouver, avec l'aide de notre allergologue, le professeur Jourdain, une solution pour le faire sortir du coma au plus vite et j'attends votre venue avec impatience. Je vous remercie pour les renseignements apportés cher confrère au plaisir de pouvoir discuter de ce cas de vive voix. - Le plaisir est partagé. A très vite !" Dès que la communication fut terminée, le docteur Valenberg sortit de son bureau et se dirigea vers le bureau du professeur Jourdain et les deux médecins allèrent dans la chambre de Loïc afin de voir s'il était, par hasard, sorti du coma. Hélas, ce ne fut pas le cas. Cependant le garçonnet semblait bien supporter la présence de l'assistance respiratoire et cardiaque bien que ses pulsations ne nécessitaient plus vraiment la présence de ce dernier appareil. Sa respiration et son rythme cardiaque étaient toujours légèrement au-dessus de la normale, mais n’y avait rien de très inquiétant en soit. Le lendemain, pendant que Martine Sanders se dirigeait vers l'hôpital, le docteur Valenberg reçut un appel de son confrère de l'hôpital universitaire de Limoges. " Bonjour cher confrère, je suis le docteur Dolto. Je viens de consulter le dossier de l'un de vos patients qui a été admis chez nous de toute urgence. - De qui s'agit-il ? - Le patient s'appelle Nicolas Goldstein. Il souffre d'une insuffisance respiratoire congénitale. - A présent je vois mieux de qui vous parlez. Son passé thérapeutique est déjà long et il n'est pourtant âgé que de vingt et un ans. Le traitement que nous lui avons donné consistait en des séances de kinésithérapie respiratoire. Il avait d'abord eu une série de quinze séances puis deux séries de trente. Mais le plus simple serait que je vous envoie tout son dossier par fax. - Le fax sera le plus rapide je pense, car sans soins immédiats, je crains qu'il ne passe pas la matinée. - Très bien ! Je vous expédie ceci tout de suite. Pendant que vous recevez le dossier médical de Goldstein, Je voudrais savoir si vous n'avez pas quelques informations sur les derniers traitements de lutte contre l'asthme, car j'ai actuellement dans mon service un enfant qui a fait une importante crise et qui se trouve maintenant dans le coma. - Je crois avoir la solution pour vous. Un tout nouveau médicament est sorti dans le milieu hospitalier et il conviendrait tout à fait au cas de cet enfant. Ce médicament s'appelle le Ventotropane. Il est administré aux patients souffrant d'asthme et qui sont justement dans le coma. Seulement il y a un seuil comateux à ne pas dépasser. Le professeur Jourdain, qui travaillait avant au CHU de Limoges et qui doit être chez vous maintenant, doit être au courant de ce produit. J'ai eu moi-même l'occasion d'utiliser ce produit sur un jeune patient asthmatique et, dans les vingt-quatre heures où il a reçu la dose, il est sorti du coma et il a pu sortir de l'hôpital après trois jours de traitement intensif. Nous l'avons suivi sur plusieurs mois et nous avons pu constater une légère régression de son asthme. - Je vous remercie pour cette précieuse information et vais immédiatement en parler avec le professeur Jourdain afin de me procurer ce produit pour sauver ce jeune garçon. Au revoir cher confrère ! - Au revoir !" A peine le docteur Valenberg eut-il raccroché que la secrétaire l'avertit que le docteur N'Guyen venait d'arriver. Immédiatement il le fit entrer dans son cabinet. " Bonjour Docteur ! Heureux que vous ayez pu arriver aussi rapidement. - Bonjour cher confrère ! Je suis également content d'avoir réussi à venir le plus vite possible. Comment va le jeune Loïc Sanders ? - Il est toujours dans le coma. Mais je viens d'avoir un autre confrère du CHU de Limoges qui m'a dit qu'il existait un tout nouveau produit qui pouvait parfaitement convenir à la situation actuelle de Loïc. - Quel est le nom de ce produit ? - Il s'agit du Ventotropane. - J'ai déjà entendu parler de ce médicament. C'est vrai qu'il serait parfait pour le cas du jeune Sanders. Comme c'est un tout nouveau produit, il sera assez difficile de le trouver dans les pharmacies généralistes, il sera plus pratique de le commander en urgence par l'intermédiaire de votre allergologue et de la pharmacie de l'hôpital. - Je le sais bien ! C'est pour cela que j'avais l'intention d'aller en parler avec le professeur Jourdain, notre allergologue, pour qu'il en fasse tout la commande sur la liste prioritaire. La liste bleue nous permettra d'obtenir le Ventotropane dans les vingt-quatre à quarante-huit heures - En attendant la réception de ce médicament, comment espérez-vous maintenir le jeune Loïc dans un coma suffisamment léger. - Nous allons le stimuler par des séances de rééducation et par une présence constante des personnes de sa famille. - De ce côté-là, je vous souhaite bon courage. - Mais pourquoi donc ? - Il se trouve que lorsque Loïc Sanders était au centre, son père n'est venu que peu de temps. En fait il n'est venu que cinq ou six fois en plus de trois ans d'hospitalisation de son fils. De plus il a du mal à supporter que sa femme s'occupe plus de leur enfant que de la maison et de son mari. Le macho pur et dur. Je crains qu'il ne vous faille compter que sur madame Sanders, elle est une femme très dévouée pour le seul enfant qu'elle ait et qu'elle peut avoir d’après ce que j’ai cru comprendre lors d’entretiens que j’ai eu avec cette jeune mère. Toutefois, comme elle travaille, je ne suis pas sûr qu’elle puisse venir tous les jours. -J’ai eu aussi un bref entretien avec madame Sander, j’étais donc au courant des tensions qu’il y a au sein de leur couple. Cependant je ne savais pas que s’en était à ce point-là. Donc, si je comprends bien ce que vous me dites, je ne pourrais compter que sur sa mère pour stimuler le jeune Loïc. Cela ne fait pas beaucoup, mais je pense que sa seule présence devrait suffire." Martine Sanders fut alors contactée et mise au courant des dernières nouvelles concernant le petit Loïc. Elle promit de passer le plus souvent possible en fonction de son emploi du temps et des caprices de son époux. * * * Au même moment dans le bureau du professeur Jourdain, celui-ci passait un appel téléphonique auprès de son fournisseur et de la pharmacie centrale des hôpitaux publics afin d’avoir en urgence le médicament qui pourrait permettre un fils Sanders de sortir du coma. " Bonjour ! Ici le professeur Jourdain je désire passer en liste prioritaire un produit encore expérimental appelé Ventotropane pour un jeune patient. Je suis le chef du service de pneumologie-allergologie du CHU de Bordeaux mon numéro identifiant est le 33 1 350 850. Il me faudrait ce produit dans les plus brefs délais. - Professeur nous allons faire le nécessaire auprès de nos services pour que vous ayez ce produit. Veuillez toutefois nous confirmer votre demande par courrier que vous nous faxerez. Merci ! Ce sera fait dans quelques minutes. Merci à vous ! Au revoir ! - Au revoir, lui répondit la voix féminine qui avait pris la communication." A peine le combiné raccroché il tapa sur son ordinateur professionnel le courrier pour la pharmacie centrale et demanda ensuite à la secrétaire de le faxer immédiatement. Ce qu’elle fit sans plus attendre. * * * Deux jours après avoir passé la commande du Ventotropane, le médicament arriva. Celui-ci fut, après enregistrement sur les registres informatiques de la pharmacie de l'hôpital, immédiatement donné, dans au premier temps au professeur Jourdain puis au docteur Valenberg qui alla immédiatement en administrer un centimètre cube à Loïc Sanders. Durant près d'une semaine, des doses identiques lui furent injectées. Et à peine trois jours plus tard après la dernière injection, Loïc sortit enfin du coma dans lequel il était plongé depuis près de deux semaines. Après quelques examens pratiqués par le docteur Laurent Schmidt, diplômé en neurologie, pour s'assurer que Loïc n'avait aucune séquelle de son coma, et des résultats on ne peut plus satisfaisant, le docteur Valenberg laissa son patient sortir de l'hôpital après toutefois quarante-huit heures d'observation. Et après encore une semaine de repos chez ses parents, le jeune Loïc reprit le chemin des écoliers. Dès qu'il fut dans la salle de classe, tous les élèves ainsi que son institutrice saluèrent le retour de Loïc. Toute la journée se passa sans problème grâce à la surveillance constante de mademoiselle Granville et de l'infirmière de l'école. Le soir, de retour chez ses parents, il n’y eu aucun souci à signaler concernant le jeune Sanders. Loïc passa une merveilleuse nuit et le lendemain le garçonnet retourna à l’école sans le moindre inconvénient. L’année scolaire se déroula bien. La crise que Loïc avait eu en début de rentrée, avait été dû au fait qu’il se retrouvait pour la première fois dans un environnement autre qu’une chambre d’hôpital. Loïc avait été également stressé par tout le bruit qui régnait autour de lui et auquel il n’était pas habitué lui qui, durant trois ans, avait simplement entendu le silence, les chuchotements et le bruit des pas des infirmières et des médecins dans les couloirs du centre de La Bourboule. Là, dans la cour de récréation, il y avait les cris, les chahutements et les bousculades. Malgré tout l’entraînement qu’il avait pu avoir pour contrôler son stress la décompression en arrivant chez ses parents fut de trop pour son jeune corps qui réagit très violemment. Lorsqu'il retourna en cours l'année suivante, il fut ravi de pouvoir suivre les cours sans éprouver la moindre gêne même si au printemps le pollen allait beaucoup le perturber sans toutefois lui faire manquer une seule journée de classe. Toutefois cette année scolaire n’allait pas se passer sous les meilleurs jours tant pour Loïc que pour le restant des habitants de Bordeaux. Martine Sanders craignit même que ces événements ne soient fatals pour son fils mais ce dernier avait bien des ressources cachées.
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